L’improvisation de l’accueil de l’équipe nationale de football à Goma, suite à sa victoire au CHAN, était-elle une manœuvre du gouvernement pour saboter l’opération “ville-morte”, le mouvement de grève initié par les opposants au régime?

Ce mardi, on pourrait dire de la ville de Goma que c’est une maison où l’on fête à la fois un enterrement et un mariage“, commente le chauffeur de mototaxi qui nous emmène du marché des Virunga, presque désert, jusqu’au centre-ville, où des milliers de personnes s’apprêtent à accueillir l’équipe nationale de football. Ils viennent de gagner le Championnat d’Afrique des nations (CHAN) sur le terrain de leurs voisins rwandais. Un exploit.

Mais l’opération “ville morte”, mouvement de contestation populaire à l’encontre du pouvoir en place, s’étend à la manifestation sportive. Posté d’un côté du boulevard Kanyamuhanga, un groupe de jeunes fixe d’un œil noir les portes drapeaux des partis de la majorité. “C’est une fête nationale, pourquoi ne pas brandir l’emblème de la RDC plutôt que les bannières du régime?“, s’interroge l’un d’eux.

Si je porte le drapeau jaune du P.P.R.D., c’est parce qu’au moment de le ramener au bureau du parti, je recevrai jusqu’à 5 dollars“, répond une frêle demoiselle. “Il s’agit moins d’un choix politique que d’une question de survie“, insiste un adolescent qui n’a pas encore mangé de la journée.

Mouvements de foule et arrestations arbitraires

Après plus d’une heure à patienter sous le soleil vertical, au son de la musique d’un artiste local, arrivent enfin les “Léopards” exhibant leur trophée. La police force leur passage parmi la foule, ce qui entraine des bousculades, voire des mouvements de panique ainsi que des bagarres et des jets de pierres.

Selon les premières informations, on ne déplore aucun blessé, et les festivités peuvent continuer. Mais, quand un joueur de l’équipe de foot prend le micro pour remercier “papa Kabila”, c’en est trop pour les opposants au régime, qui contestent particulièrement le retardement des élections en vue d’un troisième mandat anticonstitutionnel du président congolais. Ils désertent les lieux et, à vrai dire, ils ne sont pas les seuls ; peu importe que les Gomatraciens soient fans de football, il semble qu’ils choisissent de bouder l’exploit de leur équipe dès qu’elle se mêle de politique.

Puis, de toute façon, quand apparaît Werrason, le chanteur kinois qu’on surnomme “le roi de la forêt”, des problèmes techniques achèvent de gâcher la fête.

Les grosses ficelles du pouvoir

Pour la “Lucha”, un groupe d’activistes qui milite pour le respect de la constitution, l’improvisation de la présentation de la Coupe du CHAN 2016 ainsi que le concert du musicien Werrason à Goma ne sont rien d’autres que « des manœuvres de distraction et de sabotage de cette journée (de désobéissance populaire)“. Et, si l’événement a fait un “flop”, “la RDC a montré à la face du monde son attachement au respect de sa constitution et à l’alternance démocratique dans les délais (des élections présidentielles), ainsi que sa détermination à les défendre quoiqu’il nous en coûte“.

La “Lucha” doit effectivement panser ses plaies. Alors que la nuit précédente, six amis étaient réunis dans les locaux de l’association Etoile Du Sud (EDS), afin de préparer entre autres des banderoles et des cartons avec des messages contestataires, les forces de l’ordre les ont accusés de troubler l’ordre public, avant de les emmener.

Il y a presqu’un an, les militants congolais du même groupe Fred Bauma et Yves Makwambala étaient, eux, arrêtés à Kinshasa. Depuis, ils sont incarcérés à la prison de Makala, même si la communauté internationale, l’ONU en tête, ne cesse de demander leur libération.