Que cache la visite de Kabila à Gizenga?

Le chef de l’Etat congolais, Joseph Kabila, a rendu visite à l’ancien Premier ministre, le Patriarche Antoine Gizenga, hier mercredi 13 janvier à sa résidence de Ngaliema. Officiellement, le Joseph Kabila était allé « s’enquérir de son état de santé » et examiner l’avenir du pays maintenant que les échéances électorales pointent à l’horizon. Mais il semblerait que Kabila avait d’autres plans.

Le président Kabila a également passé en revue avec son hôte la situation politique, économique et sociale du pays ainsi que la nouvelle configuration des alliances au sein de la Majorité présidentielle dont le Raïs est l’Autorité morale.

Cette visite inattendue du chef de l’Etat dit tout des rapports qui lient les deux personnalités. C’est dire qu’en 2016, elles seront ensemble, marchant la main dans la main. Avec recul, Antoine Gizenga et le Palu restent le meilleur allié pour le Président Joseph Kabila pour les enjeux futurs.

Cela n’aura échappé à personne, que cette rencontre intervient la veille des commémorations des l’assassinats de nos deux Héros nationaux, Mzee Laurent-Désiré Kabila et Patrice-Emery Lumumba, tous les deux de la même lignée.

Près de deux semaines plus tôt, les principaux dirigeants de la Majorité présidentielle, du PPRD et du Palu étaient allés présenter leurs civilités au Patriarche.

A cette occasion, le patriarche de la Gauche congolaise avait exhorté ses hôtes à l’unité.

Un sermon qui tombe à pic. Car en 2016, le camp nationaliste-lumumbiste sera confronté à des défis existentiels. Elections ou pas.

Comment conserver le pouvoir sans une stratégie unitaire ? Aujourd’hui plus qu’hier, le tandem MP -Palu est condamné à se serrer les coudes pour survivre aux échéances-couperet qui avancent à grands pas. Dans l’hypothèse de la tenue d’élections, aucune composante du bloc nationaliste-lumumbiste ne sortirait gagnante toute seule. Comme en 1960, comme plus près de nous en 2006 et en 2011, seule l’union garantit la victoire.

Les réalités sociologiques de ce pays-continent font qu’aucune personnalité pas qu’aucun parti politique ne saurait à elle toute seule- à lui tout seul- remporter l’élection présidentielle ou détenir la majorité à la Chambre. Le MNC de Patrice Lumumba avait dû faire alliance avec d’autres forces nationalistes (PSA, CEREA, Balubakat…) pour l’emporter.

En 2006, il a fallu le mariage de cœur entre les deux figures du nationalisme lumumbiste- kabiliste à savoir le vétéran Gizenga et le jeune Kabila fils pour vaincre le néo-mobutiste Jean-Pierre Bemba. Rebelote en 2011.

Le front nationaliste s’impose également dans l’hypothèse de plus en plus vraisemblable de la non- tenue d’élections dans le délai.

Dans l’épreuve de force qui se dessine, sans un axe MP- Palu consolidé, il serait difficile au Pouvoir de contenir les assauts de ses opposants.

Le Parti d’Antoine Gizenga ayant la stratégique caractéristique d’être particulièrement implanté dans la capitale et son hinterland bandundois. En particulier dans sa dimension Kwango- Kwilu.

Ce qui n’est pas rien. Car l’essentiel du combat aura pour champ de bataille Kinshasa. Même si la solution doit passer par la case Dialogue, le rapport de force autour de la table nécessiterait que les forces nationalistes lumumbistes fassent bloc.

UN ALLIE NATUREL QUELQUE PEU MARGINALISE

Reste que pour indispensable qu’elle soit, la dynamique unitaire requiert tout de même des réajustements dans la façon de se dispatcher les responsabilités dans l’exercice du pouvoir. Par exemple, l’on comprend toujours difficilement que la kabilie soit plus encline à soigner aux petits oignons certains partenaires politiques circonstanciels que son allié naturel et décisif qu’est le Palu.

La distribution des cartes post-Concertations nationales a encore mis en lumière le traitement a minima réservé au parti d’Antoine Gizenga. Est -ce parce que le Palu par conséquence idéologique et cohérence avec sa présence au sein du Gouvernement ne se plaint pas ? Et ce faisant, il a cessé de constituer un problème ? Ce qui arrive au Palu est comparable à ces hommes à la main généreuse hors foyer et chiches voire pingres envers les siens.

Ce n’est pas tout. Il arrive même que des personnalités estampillées  » kabilistes  » s’évertuent à déstabiliser la formation d’Antoine Gizenga. Ce qui, en définitive, revient à se tirer une balle dans le pied. Car avec un Palu démotivé, pas sûr que le Pouvoir trouve du répondant ou même un succédané pour colmater cette brèche.

N’empêche. 2016 est là. Dans la série  » ou ça passe ou ça casse « , la MP, le PPRD et le Palu ont destin lié. Et le sort du pays dépendra en grande partie de la façon dont ces trois composantes du bloc nationaliste lumumbiste auront négocié les échéances, les différents fronts prévisibles comme imprévisibles bref les enjeux liés à la fin du quinquennat.

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