DIRECT.CD — Triste symbole. Notre classe politique, dominée par les seniors, peine à se renouveler ; caractérisée par une gérontocratie où les fils succèdent aux vieux qui ont tous connus le départ des Belges. Comment y remédier ? Faut-il une retraite obligatoire pour les politiciens ? En attendant, les papys de la politique congolaise.

1. Etienne Tshisekedi wa Mulumba, 83 ans

tshisekedi et mobutuL’éternel et unique président de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), a fait ses vœux la semaine dernière.

Figé et parlant d’une voix lente, l’inamovible président de l’UDPS, en convalescence à Bruxelles depuis août 2014, bafouille ou s’arrête à plusieurs reprises dans cette vidéo de trois minutes faisant apparaître plusieurs coupes.

“Je fais appel à tous ceux qui veulent le changement : qu’ils soient ensemble afin de trouver les solutions adéquates (aux) problèmes (du pays). Le reste du message vous sera transmis par la voie de la presse”, déclare M. Tshisekedi, fidèlement coiffé d’une casquette.

Opposant sous la dictature de Mobutu Sese Seko (1965-1997), Tshisekedi, né 14 décembre 1932, est
l’un des plus vieux politiques encore en activité en République démocratique du Congo.

S’il n’y a pas de limite d’âge pour la politique en RDC, le poids des années se font néanmoins sentir dans ses prises de décisions de plus en plus contradictoires et incompréhensibles, comme le fameux appel aux militaires de lui amener le président Kabila ligoté, en novembre 2011.

Démocrate, Tshisekedi dirige pourtant son parti d’une main de fer depuis sa création. A ce jour, il impose son fils Felix, du même nom, écartant toutes les voix discordantes du parti.

2. Léon Kengo wa Dondo, 80 ans.

Premier-Ministre-Kengo-wa-Dondo-Alphonsine-Nganga-Masitu-Nsoko-Paul-H.-De-Buck-Marie-Rose-1200x550Le mystèreLéon Kengo wa Dondo, né Léon Lubicz, d’un père médecin juif polonais formé à l’université de Liège, et d’une mère métisse congolo-rwandaise, est le deuxième papy-politicien de la RD Congo.

L’homme, qui a fait l’essentiel de sa carrière sous Mobutu, va allègrement sur ses 81 ans, qu’il fêtera en mai prochain.  Trois fois Premier ministre de Mobutu, il est parvenu à ne pas couler avec le régime du maréchal grâce à une qualité que tous les congolais lui reconnaissent : sa rigueur de gestionnaire. En mai 2007, il réussit un coup d’éclat. Elu sénateur quelques mois plus tôt, il bat le kabiliste She Okitundu dans la bataille pour la présidence de la Chambre haute. Par quel miracle ? Son habileté a payé, mais plus encore peut-être sa réputation d’homme d’Etat.

Il est surtout, aujourd’hui, le président du Sénat congolais.  Deuxième personnage de l’Etat, un titre protocolaire mais qui lui ouvre des horizons en ces temps si troublés. En fin stratège, Kengo, le libéral, même s’il préfère le qualificatif de centriste, n’a jamais perdu cette perspective qui lui a notamment permis de peser de tout son poids lors de l’élaboration de l’actuel gouvernement où il a réussi à caser quatre de ses hommes malgré la faible représentation de son parti.

Lui, par contre, reste lucide, préférant jouer son jeu politique derrière les caméras, en coulisses. Kengo, n’a pas encore d’héritier désigné. Ses fils? Il n’en a pas voulu en politique. Preuve que le vieux n’a pas (encore) prévu de raccrocher les crampons?

3. Charles Mwando Nsimba, 80 ans

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Dès l’accession de la RDC à l’indépendance en 1960, Charles Mwando Simba embrasse la carrière politique. En 1965, il est élu député national, sans blague!

Deux ans plus tard, il occupe un poste de cadre à la Générale des carrières des mines (Gecamines).

Il retournera dans la politique quelques années après pour faire carrière dans l’administration publique comme gouverneur du Kivu dans les années 80.

Depuis 1995, Charles Mwando Simba est quasi permanent dans les différents gouvernements. Il a notamment dirigé les ministères des Travaux publics, de Transports et communication, de développement rural et de la défense nationale, poste qu’il occupait jusque mardi dernier.

Et il ne semble visiblement pas être prêt à arrêter.

Originaire de Moba, dans la province du Katanga, le tout nouvel opposant au président Kabila a un diplôme en sciences économiques et consulaires obtenu à Anvers en Belgique.

4. Gabriel Kyungu wa Kumwanza, 77 ans

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Le “chien méchant” du Katanga, a,  comme tous les autres, fait ses preuves sous Mobutu.  A son actif politique il faut mentionner son engagement en tant que Député dans l’opposition non armée. Il a fait partie des 13 parlementaires signataires de la fameuse lettre envoyée à Mobutu, et qui a été à l’origine de la création de l’UDPS. Par la suite il avait été nommé Gouverneur du Katanga et Ambassadeur au Mozambique.

Kyungu  s’était rallié à Nguz-karl-i-Bond avec qui ils avaient fondé l’UFERI avant de s’illustrer par la chasse aux ressortissants du Kasaï vivant au Katanga. Attitude qu’il avait désapprouvée lui-même au point de demander pardon à ses frères Kasaïens.

Né le 24 octobre 1938 à Ankoro, au Katanga, de père Portugais et de mére Luba du Katanga, Kyungu a de nouveau fait parler son caractère fougueux, en faisant partie des frondeurs de la Majorité Présidentielle qui ont formé la G7, qui appelle désormais au départ du président Kabila à la fin de son actuel en décembre 2016.

Avant le recours à l’authenticité, il portait encore son nom portugais D’Oliveira(nom de son père)  avant d’opter pour celui de Kyungu wa Kumwanza en 1971.

Comment inciter les jeunes à s’engager davantage dans la vie publique ?

Dans une République démocratique du Congo où le métier de la politique se transmet de père en fils, souvent au détriment des normes démocratiques, les jeunes venant de familles “pas très connues”, peinent à s’y initier.

Le phénomène n’est toutefois pas que congolais. En France, par exemple, un rapport du ministre chargé de la jeunesse (2014), qui s’est penchée sur le sujet, estime urgent de donner aux jeunes les moyens de prendre la place qui leur revient de droit.

Et pour atteindre cet objectif, 25 propositions étaient formulées, entre autres: la retraite obligatoire à 70 ans pour les hommes politiques. 

Une proposition qui est restée en débat à ce jour.

Faut-il une retraite obligatoire aux politiciens congolais?

Benjamin Litsani Choukran,
Direct.cd