La musique congolaise en chute libre?

En se passant des instruments à vent, la musique congolaise a perdu, sans nul doute, une bonne partie de sa saveur, la facilité ayant pris le dessus sur la recherche et la finesse qui l’a classée, pratiquement, au même rang que la musique latino-américaine qui à su conserver jalousement, ses intonations, mieux, son tempo.

Génériquement appelés instruments à vent, le saxophone, la trompette, la trombone ou la flûte, autrefois instruments indispensables pour donner de la saveur à la musique, sont de nos jours, tout simplement,  délaissés en faveur de ce qui peut s’apparenter à la facilité, en l’occurrence, le synthé ou des cris d’animations.

Lesquels cris, ont crée, une autre,  race d’artistes musiciens appelés  «  Atalaku ». Un nom dépourvu de sens, mais qui tire son origine d’un cri jadis lancé par un animateur du groupe Zaïko Langa-Langa, à ses débuts.

Depuis là, il a fait du chemin, jusqu’à se forger un espace dans le vocable de la musique congolaise moderne. Rien d’étonnant, sauf que les nostalgiques de la musique d’hier, celle appelée  « Ya ba kulutu », le désapprouve.

Cette catégorie de mélomanes, ne va pas par quatre chemins, pour dire qu’ils ne se retrouvent pas dans cette musique dite moderne, dépouillée, du reste, de toute la saveur que procurait les instruments à vent, dont l’accompagnement donnait du tonus.

Mais que peut-on face à l’adage selon lequel, autres temps, autres mœurs ? Réalité, pour  le moins immuable mais discutable dans une moindre mesure, s’agissant de certaines choses, destinées, à  demeurer dans l’état.
Argument soutenue par Pierre Mabanza dit ya  Peck Dolina, mélomane, pas comme deux, que nous avons surpris,  au gré de nos randonnées, dans un bistrot, savourant avec délectation, une compilation de la musique nostalgique  ».

Mais, que a-t-on fait de l’héritage musical  légué à la jeunesse par des ténors comme Grand Kallé, Franco, Rochereau, Nico et autres dont la musique jouée par leurs orchestres bénéficiait assez souvent, de l’apport des instruments à vent ?  » S’est-il interrogé, au moment où les décibels du bistrot émettaient les sons d’une chanson de l’African Jazz, dans laquelle le saxo et les trompettes rivalisaient d’ardeur, dans une harmonie à faire danser même un saint homme.

Il en est sorti de l’échange que nous avons eu avec Peck Dolina que le lien entre la génération de la bonne musique des aînés de celle de leurs successeurs,  ne s’est brisé qu’après une génération intermédiaire, pétrie celle-là des talents.

C’était celle des orchestres comme Bella-Bella, Kamale, Lipua-Lipua, Festival des Maquisards, Negro Succès, Diamant-Bleu, Continental, Grand Maquisard, Zembe-Zembe, Sosolio, Makinaloka, Bambula. (…)

A cette époque, l’on avait connu des redoutables trompettistes et saxophoniste du genre : Willy Mbembe, Jeef, Pierrot, Biolo, Menga André, Maproko, Issac Musekiwa (Zimbabwéen), Manu Dibango (Camerounais), Africandrix (Belge), Empompo  Loway, Verckys, Mbole, Benazo, Ruben, Beya Maduma,  Michel Sax, Jean Trompette etc.

Retenez que cette liste n’est qu’un échantillon.

Tout ce beau monde a été  « créateurs» des sonorités qui ont élevé la musique congolaise, à un niveau qui se passe de tout commentaire. Rien à comparer avec la musique produite, de nos jours. Mais que peut-on. Engager un débat, sur cette question, pourrait même conduire à susciter un conflit de génération.

C’est comme nous l’avons dit plus haut, la réalité, serait, sans nul doute, d’avouer que les mœurs ont évolué avec le temps. Dans ce contexte, la musique ne fait pas non plus exception. Il y a tout simplement  à regretter, l’absence aujourd’hui de ces instruments à vent qui contribuaient énormément dans la production des sons agréables à l’oreille.

Un autre regret vient du fait que les jeunes en formation à l’Institut national des arts (INA) pour la section cuivre ont un avenir hypothétique quant à leur utilité dans les orchestres de la génération en cours.

En un mot, nous dirons qu’en se passant des instruments à vent, la musique congolaise a perdu, sans nul doute, une bonne partie de sa saveur, la facilité ayant pris le dessus sur la recherche et la finesse qui l’a classée, pratiquement, au même rang que la musique latino-américaine qui à su conserver jalousement, ses intonations, mieux, son tempo.

Maurice Bakeba/L’Observateur

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