Paul Kagamé annonce sa candidature à un troisième mandat

Homme fort du Rwanda depuis 1994, le président Paul Kagamé rejoint le club des chefs d’Etat dont le premier dessein est le maintien au pouvoir. Jeudi 31 décembre au soir, lors de ses vœux à la nation, M. Kagamé a annoncé qu’il se présenterait à l’élection présidentielle de 2017 pour un troisième mandat, comme l’autorise la nouvelle Constitution, approuvée massivement lors du référendum du 18 décembre.

« Vous m’avez demandé de diriger à nouveau ce pays après 2017. Etant donné l’importance que vous y accordez, je ne peux qu’accepter », a-t-il déclaré lors d’un discours délivré à minuit sur la télé nationale. Le 18 décembre, les Rwandais ont approuvé, à 98,4 % des voix, une révision de la Constitution qui permet en théorie à M. Kagamé, 58 ans, de semaintenir à la tête du pays jusqu’en 2034. Cette révision l’autorise en effet àbriguer un nouveau mandat de sept ans en 2017 puis après cette période qualifiée d’intermédiaire avant le passage au quinquennat, de postulerencore à deux reprises à la magistrature suprême.

Lire aussi : Paul Kagamé s’ouvre la voie d’une présidence à vie

« Ceux qui cherchent un troisième mandat en cherchent un quatrième puis un cinquième »

La révision constitutionnelle a été sévèrement critiquée par les partenaires internationaux du Rwanda, Etats-Unis en tête, qui ont appelé M. Kagamé à quitter le pouvoir en 2017.

La révision avait été présentée par les autorités comme une initiative populaire, 3,7 millions de Rwandais ayant demandé par pétition un maintien au pouvoir de M. Kagamé. « L’unité de ce peuple est inébranlable et le travail de construction de la nation continue à allure régulière », s’est défendu jeudi soir le président.

En 2010, M. Kagamé avait laissé entendre que ce serait pour lui un échec s’il ne trouvait personne pour le remplacer avant la fin de son mandat.« Ceux qui cherchent un troisième mandat en cherchent un quatrième puis un cinquième », disait-il alors.

Président du pays depuis 2003, M. Kagamé en est l’homme fort depuis juillet 1994 : à l’époque, sa rébellion du Front patriotique rwandais (FPR) avait chassé de Kigali les extrémistes hutu et mis fin au génocide qu’ils avaient déclenché trois mois auparavant (huit cent mille morts, essentiellement membres de la minorité tutsi).

M. Kagamé est crédité de la stabilité et des performances économiques affichées de façon continue depuis plus de dix ans par ce petit pays de l’Afrique des Grands lacs. La transformation du pays y est menée à travers le développement des services et des nouvelles technologies. De vastes programmes agricoles ont aussi été engagés. Cette stratégie lui avait jusqu’à présent valu le soutien des bailleurs internationaux. Quitte à fermerles yeux sur le verrouillage politique du régime.

Après avoir cultivé sur le continent une image de dirigeant différent, M. Kagamé vient d’ajouter son nom à la liste des présidents ayant choisi decontourner la constitution pour se maintenir au pouvoir. Le congolais Denis Sassou-Nguesso et son voisin burundais Pierre Nkurunziza l’ayant précédé de quelques mois pour la période la plus récente. Au prix dans le cas de ce dernier, d’une crise politique et de violences à l’origine de plus d’une centaine de morts.

Commenter

Cliquez-ici pour commenter

Laisser un commentaire