Brazzaville, 25ème commune de Kinshasa ?

La capitale de la République du Congo, Brazzaville, vit sous la forte influence de sa voisine de l’autre rive du fleuve, Kinshasa. Musique, théâtre populaire, pasteurs d’en face ont conquis Brazza, au point d’en faire la «vingt-cinquième» commune de Kinshasa.

Rue Yakoma, Poto-Poto, quartier nord de Brazzaville. Du matin au soir, cette rue baptisée «Lieu sans frontière», ne désemplit pas. Phénomène incroyable ici : cette rue s’est transformée en une place forte, où des dizaine de jeunes de Kinshasa, vendeurs ambulants, porteurs, garçons de ménage, viennent «polémiquer» sur la musique du pays, ou des productions des orchestres kinois à Paris, à Bruxelles ou à Londres. «Nous venons ici nous retrouver, nous distraire, parler de la musique du pays, après nos petits boulots», explique Passy Mobinga Dieudonné, un jeune kinois de 21 ans, qui travaille comme maçon dans un chantier de Mme Sassou Nguesso.

Cet envahissement des Kinois et de leur musique à Brazzaville suscite parfois des commentaires. «Au début, les débats passionnés entre fans des stars de la musique. La musique kinoise étaient considérés comme un dérangement, de la délinquance.

On nous traitait de voyous, puis, les Congolais s’en sont accommodés», témoigne Passy Mobinga. Au point que certains en sont devenus fanatiques, à l’exemple du jeune Biazabu Ruffin, Brazzavillois qui est affublé du titre de « directeur de marketing» d’un fan-club de soutien d’un musicien kinois n’a pas de frontière, avoue-t-il. C’est l’air du temps qui plaît à tout le monde. Rien d’étonnant qu’à Brazzaville, la musique de Kinshasa fasse la loi. Car ils ont des orchestres qui rasent tout sur leur passage. Nous, ici, n’avons que Extra-Musica comme orchestre porte-étandard, il ne peut, hélas, faire le poids devant la vague de la musique d’en face». Dans les boîtes, les bistrots, foula-foula (mini-bus), la musique kinoise est omniprésente. Quand un orchestre de Kinshasa arrive ici, une foule monstre accompagne les cortèges motorisés des musiciens ou envahit les lieux de production.

Pour les propriétaires des vidéo-Club de la rue Yakoma, tous des Brazzavillois, cette musique est une véritable aubaine. «Auparavant, nous projetions des films pornos, des films d’action ou le mapouka (danse obscène de la Côte d’Ivoire). Les autorités nous ont mené la vie dure. Avec les émissions de musique de Kinshasa, cela ne dérange personne. Et ça marche d’ailleurs très fort au point que tout le monde fait comme moi», se réjouit Bemba Adrien, tenancier du plus célèbre vidéoClub de la rue Yakoma, le «Hoollywood vidéo-polémique générale».

Les droits d’entrée dans ces cinés de fortune varient, selon l’importance des émissions proposées, de 50 à500 Fcfa. Pionnier dans ce domaine, Bemba ne cache pas sa satisfaction d’avoir exploité cette opportunité. «Aujourd’hui je suis jalouse parce que mon affaire marche très fort. Parfois je réalise des recettes de 50.000 Fcfa par jour (le plus bas salaire du fonctionnaire est de 40.000 Fcfa). Certains racontent que j’ai des fétiches. Il y a quatre jours, l’affluence de jeunes kinois était si grande que la police est descendue chez moi. On m’a même reproché de faire de la politique pour déstabiliser Kabila. Il n’en est rien. C’est une bénédiction divine».

Les pasteurs aussi populaires que la musique

Avant d’investir dans le ciné-vidéo, Bemba Adrien a connu bien des galères. Il attribue sa réussite aux prières du pasteur François Kapenda, représentant à Brazzaville de l’Eglise Armée de Victoire. La présence des églises dites de «réveil» est une autre facette de l’influence de Kinshasa à Brazzaville. Elles se sont implantées sans difficulté, aidées en cela par un important flux migratoire quotidien des Kinois à Brazza, et surtout par la télévision, Kinshasa compte en effet une dizaine, de chaînes dont quatre appartiennent à des églises, qui inondent les deux rives du Congo de leurs messages enchanteurs. L’unique télévision publique de Brazzaville ne fait pas le poids.

Comme les musiciens, les pasteurs kinois descendent aussi en grande pompe à Brazzaville. Ils sont précédés par des campagnes médiatiques assourdissantes. «Les gens vont en masse les rencontrer, dans l’espoir de voir le cours de leur vie se transformer. Pour rencontrer et recevoir le «nzondo» (mot très à la mode qui signifie onction) de ces pasteurs, il faut payer 5.000, 10.000 Fcfa, voir plus, pour ceux qui espèrent voire leur petit commerce prospérer, leurs problèmes de mariage ou d’emploi être résolus», explique un Congolais.

Entrent aussi dans cette valse les troupes de théâtre populaire kinois, qui envahissent les écrans des télévisions. Brazzaville n’échappe pas à leur emprise. Nombreux sont les téléspectateurs qui restent rivés devant leur écran toute la journée pour suivre des pièces inspirées de faits de société. «Nous n’avons pas le choix, avoue Paola Makiniouka, une Congolaise friande de ces «lisolo» pièces populaires) jouées par les troupes kinoises. Dans ce domaine elles sont vraiment créatives. Elles ont le théâtre dans le sang. Nous ne pouvons pas échapper à cette invasion culturelle véhiculée par leurs télés.

Avec moins d’un million d’habitants, Brazza a l’air d’une «naine» face à Kinshasa qui en compte plus de six millions. Pas étonnant que la musique, le théâtre populaire et les pasteurs kinois traversent le fleuve dans une ambiance bon enfant. Ce qui fait dire aux Kinois que Brazzaville est la vingt cinquième commune de Kinshasa, qui en compte vingt-quatre.

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