De la visite improvisée dans le centre-ville de Lubumbahi, retour sur les chances de l’ex-gouverneur du Katanga pour succéder à Joseph Kabila à la tété de la RDC.

 

II est des faits indéniables sur le destin d’un homme, surtout quand celui-ci a su prouver au cours de son parcours qu’il est un leader, un meneur d’hommes et un manager. Cette assertion, s’applique bel et bien à l’endroit de Moïse Katumbi Chapwe, président du TP Mazembe et dernier gouverneur de la province du Katanga.

Son parcours est des plus élogieux. Il a réussi et réalise des exploits aussi bien en affaires, dans le football qu’en politique. Dans ce dernier domaine, il a entretenu suspense après avoir démissionné de son poste de gouverneur avant de quitter le bateau battant pavillon PPRD.

L’opinion nationale et internationale piaffait d’impatience de voir l’homme de trois penaltys annoncer ses couleurs quant aux échéances électorales prochaines. Il avait beau se réfugier derrière l’engagement du TP Mazembe dans les compétitions continentales et mondiales du football, la population a fini par le coincer.

L’opportunité est arrivée samedi dernier. Revenu incognito au pays après avoir accompagné son club à Osaka (Japon), Moïse Katumbi a reçu un bain de foule spontané alors qu’il faisait du shopping dans la ville de Lubumbashi. Les activités se sont arrêtées, car tout le monde cherchait à le voir, à le toucher. Preuve s’il est encore, que sa popularité demeure intacte malgré toute la diabolisation dont il est l’objet de la part de ses anciens sociétaires du PPRD et de la MP.

Tous les témoins sont formels : la foule scandait à tue-tête : “Moïse, Président !“ Le message était clair, la foule le poussait à se prononcer très rapidement sur sa candidature à la présidentielle de 2016. Va-t-il le faire dans les prochains jours ou les prochaines semaines? Difficile à dire. Toutefois, son électorat disséminé à travers toute la RDC attend sa réponse. Avec impatience.

LES ATOUTS D’UN POTÈNTIEL PRÉSIDENTIABLE

Moïse Katumbi n’est pas le fruit d’une génération spontanée. Le phénomène Katumbi est une construction et toutes les étapes de son parcours politique suivent une logique implacable. Dès qu’il avait mis les pieds dans l’étrier politique, Moïse Katumbi savait où aller, où marcher afin d’avancer.

Elu député en 2006, le stratège s’est vite rendu compte qu’à l’hémicycle, il ne pourra pas prouver ses réelles capacités. Il s’est donc consacré à la gestion de la province du Katanga. En moins d’une année, l’homme a pu mobiliser des recettes à caractère national qui sont passées de quelques millions à un milliard VSD. Le management du type privé qu’il avait instauré a fait du Katanga une province modèle de la République. Des messages existent, attestant de cette gestion différente de ce qui a toujours caractérisé les autres provinces de la RDC. Il ne se passait jamais un jour, sans qu’une inauguration ne soit enregistrée dans la capitale du cuivre.

S’étant rendu compte qu’une déviation de la ligne qu’il s’était tracée commençait à voir le jour au PPRD, il s’est refusé de se présenter aux législatives de 2011. «Il ne voulait plus se souiller», a déclaré l’un de ses proches lieutenants. Puis, il s’est déclenché en face, une machine pour le mettre à plat. Très subtilement, il a surfé entre les lignes afin de poursuivre son travail de gestion de la province et incarner l’espoir de tout un peuple. Catholique, Moïse Katumbi séduit les 40% de ceux qui se réclament de cette confession religieuse. D’ailleurs, certaines langues l’accusent de « collusion » avec les évêques! Pince sans rire. Tout simplement parce qu’il est catholique pratiquant!

La popularité de Moïse Katumbi, que ses détracteurs confondent à du populisme, fait de lui l’acteur politique capable de drainer des foules à du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest en passant par le centre du pays. Dans toutes les provinces, anciennes et nouvelles, des clubs, fondations ou groupes d’opinion ont été créés in tempore non suspecta Du Katanga à la Province Orientale, du Kongo Central à l’Equateur, via les Kasaï et les Kivu, Katumbi n’a pas besoin de payer pour que les foules viennent à sa rencontre. A l’extérieur du pays, le carnet d’adresses de l’homme d’affaires rassure quant .à ses soutiens. Il pourrait le mettre au service de la nation. Un énorme avantage d’autant plus que Moïse Katumbi tutoie certains dirigeants du monde, avant d’être investi du pouvoir suprême. C’est ce qui justifie toutes les distinctions et autres trophées qui ornent sa demeure. Lauréat de Blak stars of Africa en 2012, les lecteurs de Jeune Afrique l’on récemment plébiscité l’Africain de l’année 2015.

Qu’en sera-t-il une fois investi d’une légitimité populaire? Son humilité pour le bien de la République et de la nation va le propulser au devant de la scène inévitablement. La visite auprès d’Etienne Tshisekedi est la preuve que pour Moïse Katumbi, il faut fédérer sans nécessairement que tout se focalise sur sa modeste personne. Ce pèlerinage de Bruxelles démontre qu’en se faisant petit, il sortira grand. Ces atouts, aucun homme politique congolais depuis 1960 ne les a alignés en lui seul, pendant une période cruciale de l’histoire du pays. Mobutu s’est illustré par la violence ; mais Katumbi s’est forgé une voie, une identité, une popularité, un style et un avenir politique.

LE POTENTIEL