Joseph Kabila est acculé! Une large coalition de dirigeants d’opposition congolais et d’associations de la société civile, réunis au sein d’un nouveau “Front citoyen 2016“, a exigé samedi la publication “au plus tard le 31 janvier prochain d’un calendrier électoral “consensuel” prévoyant la tenue d’une élection présidentielle incertaine en République démocratique du Congo (RDC) qui devrait avoir lieu en 2016.

Ce “Front citoyen” a aussi, dans une déclaration publiée à Bruxelles où séjournent une partie des opposants, réclamé “le démarrage de la mise à jour du fichier électoral – un préalable indispensable à la tenue de différents scrutins prévus en RDC avant la fin du mandat du président Joseph Kabila, le 19 décembre 2016 – au plus tard le 10 février”, qualifiant cette date de “ligne rouge”.

Un troisième mandat pour Kabila
“A la date ultime du 16 février, un calendrier d’actions non violentes (…) sera rendu public”, ajoute la déclaration signée notamment par le président de l’Union pour la Nation congolaise (UNC, le troisième parti de l’opposition en termes d’élus à l’Assemblée nationale), Vital Kamerhe, le secrétaire national aux relations extérieures de l’Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS), Félix Tshisekedi (le fils du chef de cet important parti, Etienne Tsisekedi wa Lulumba), la secrétaire générale du Mouvement de Libération du Congo (MLC, de Jean-Pierre Bemba), Eve Bazaiba, et l’ex-gouverneur de l’ancienne province du Katanga, Moïse Katumbi, un ex-allié de M. Kabila.

Le 16 janvier est la date fixée par la puissante Eglise catholique congolaise pour la tenue d’une marche pacifique des chrétiens à Kinshasa, pour honorer la mémoire des victimes du massacre de 1992, alors qu’elles protestaient contre la volonté du dictateur zaïrois Mobutu Sese Seko de mettre fin à la Conférence nationale souveraine (CNS) destinée à démocratiser l’ex-Congo belge.

Aucune date n’est fixée pour la présidentielle devant permettre d’élire le successeur du président Kabila, à qui la Constitution interdit de se représenter pour un troisième quinquennat et dont le mandat s’achève dans un an jour pour jour, le 19 décembre 2016.

Le “Front citoyen 2016” regroupe de nombreuses composantes: le parti historique d’opposition, UDPS, la Dynamique de l’opposition, fédération active depuis plusieurs mois et regroupant des opposants de plus ou moins longue date à M. Kabila; le G7, groupe de sept partis ayant claqué en septembre la porte de la majorité, mais aussi les membres de la société civile et défenseurs congolais des droits de l’Homme.

“La République est en péril”

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Pour ce regroupement, M. Kabila, au pouvoir depuis 2001, “ne fait plus mystère de son intention délibérée de renverser le régime constitutionnel en vigueur pour se maintenir” à la tête du pays au-delà du terme de son mandat.

“La paix, l’unité et la stabilité de la RDC sont gravement menacées. La République est en péril”, s’est alarmé ce groupe, appelant le peuple à faire usage de l’article 64 de la constitution qui stipule que “tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions” de la loi fondamentale.

Début décembre, le pouvoir a mis en garde l’Église catholique et une large coalition d’opposition après que l’une et l’autre eurent publiquement invoqué cette disposition constitutionnelle.

La RDC traverse une crise politique profonde depuis la réélection de M. Kabila en novembre 2011. L’opposition le soupçonne depuis des mois de chercher à tout faire pour se maintenir en poste.

Le parti présidentiel a pour sa part déclaré vendredi se préparer à contrer toute tentative d'”insurrection” dans un pays sous tension.

Le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD, la formation de M. Kabila) organise “un ensemble d’activités pour réveiller la flamme militante de ses membres, mettre à niveau la capacité d’agir et contrer l’insurrection qui nous est promise” par certains “leaders politiques” d’opposition, a déclaré son secrétaire-général, Henri Mova Sakanyi – jusqu’il y a peu ambassadeur de RDC en Belgique.

“Nous devons faire échec à tous ceux qui” chercheraient à “nous ramener aux années d’obscurantisme”, nous “préparons la base à être alertée” contre “certains discours déstabilisateurs”, a-t-il ajouté.