Le « One-man-show » de Joseph Kabila

DIRECT.CD — Dans une adresse à la nation, sans surprise et sans l’opposition, le président Joseph Kabila a semblé faire un « show » pour soi-même, éludant, une fois de plus, les questions de fonds, et surtout, préférant entretenir le flou sur ses réelles intentions pour 2016. Explications.

Le président congolais, Joseph Kabila, a prononcé, hier, 14 décembre 2015, son discours sur l’état de la Nation, devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en congrès. Le  moins que l’on puisse dire, c’est que l’homme a encore botté en touche. Car, très attendu sur les élections de 2016, Joseph Kabila qui a, selon toute vraisemblance, fait l’école de l’ex-président burkinabè Blaise Compaoré, a fait languir les Congolais, se refusant à se prononcer clairement sur sa volonté ou non de briguer un troisième mandat. Et en pareille occurrence, la recette est la même.

Feignant d’ignorer que le problème de la RDC, c’est lui, et rien que lui, Kabila souhaite que toute action politique s’inscrive dans le cadre d’un dialogue qu’il appelle de tous ses vœux ; seul moyen, selon lui, de parvenir à une solution « congolaise ». Morceaux choisis : « Ce n’est pas des Nations unies, de l’Orient ou de l’Occident que viendront les solutions à nos problèmes, mais plutôt de nous-mêmes et par le dialogue entre Congolaises et Congolais ». C’est du déjà vu et entendu.

Généralement, quand ils sont acculés, les dictateurs africains, dans leur quasi- totalité, surfent sur la fibre nationaliste, espérant ainsi pouvoir s’attirer la sympathie de leur peuple. En ce qui concerne Kabila, son attitude vis-à-vis de la communauté internationale n’a rien d’étonnant ; lui qui se retrouve de plus en plus lâché de toutes parts, aussi bien au plan interne qu’externe. En effet, on se rappelle que manifestement outré, Kabila, il y a peine un an, avait mis en garde les différentes chancelleries occidentales contre toute ingérence dans les affaires intérieures de son pays.

Un strict respect de la Constitution aurait l’avantage d’éviter à la RD Congo une autre tragédie

Et aujourd’hui, il a maille à partir avec son opposition et la société civile qui, rappelons-le, en plus d’avoir boycotté son discours à la Nation, a décidé de se réunir à Dakar, au Sénégal, pour parler, avec d’autres participants africains, des élections en Afrique. Il n’en fallait pas plus pour rendre frileuses les autorités congolaises pour qui, « l’opposition et la société civile se préparent à jeter les gens dans la rue et à lancer une insurrection ».

D’où le ton offensif voire martial utilisé par Kabila dans son discours. « Je ne permettrai pas que le sacrifice consenti ensemble au cours des dernières années, soit compromis par ceux qui, de mauvaise foi et de manière délibérée, choisiront de rester enfermés dans leur posture négativiste, refusant le dialogue au profit de la République et en promettant sang et sueur à notre peuple. Il n’y aura ni l’un ni l’autre », a-t-il lancé à l’endroit de l’opposition et de la société civile soutenues dans leur combat par l’Eglise catholique. Dont acte. Joseph Kabila voudrait éviter « larmes et sang » à son peuple qu’il s’y prendrait autrement, notamment en annonçant clairement qu’il ne briguera pas un nouveau mandat, en 2016.

L’équation est très simple ; un strict respect de la Constitution aurait l’avantage d’éviter à la RD Congo une autre tragédie, quand on sait que le débat autour d’un éventuel glissement du calendrier électoral avait déjà coûté la vie à des dizaines de Congolais lors des manifestations de janvier dernier. Car les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, Kabila, à défaut d’être chassé du pouvoir comme l’a été Blaise Compaoré, pourrait, à l’instar du boucher de Bujumbura, dresser un bûcher pour son propre peuple, avec toutes les conséquences qui vont avec.

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