Comment Zoé Kabila a « tué » Sakombi Inongo

Mort à 70 ans à Bruxelles, en septembre 2010, Dominique Sakombi Inongo, le légendaire ministre d’informations sous Mobutu et Kabila, aurait peut-être vécu plus longtemps si un certain… Zoé Kabila ne lui avait pas spolié sa résidence à Kinshasa. Retour sur une affaire aussi incroyable qu’invraisemblable.

KINSHASA, AVRIL 2010. Au Quartier «Ma campagne», dans la commune de Ngaliema, toutes les conversations tournent autour du déguerpissement manu militari de l’ancien ministre de l’Information, Dominique Sakombi Inongo de sa villa dont il est propriétaire depuis une trentaine d’années. Le nouvel acquéreur n’est autre que Zoé Kabila, le jeune frère du «raïs»

Une semaine plus tôt, le tout nouveau directeur du cabinet présidentiel, Gustave Beya Siku, s’était fendu d’un communiqué assez étrange appelant la vigilance de la population congolaise suite à la recrudescence «des cas d’escroquerie et de chantage commis ces derniers temps par des personnes se présentant comme mandataires de la présidence de la République.» Selon lui, «ces escrocs procèdent par des actes de chantage et de trafic d’influence, commis au détriment de simples citoyens.» «Ils se présentent soit comme des mandataires de la présidence de la République, soit comme de proches collaborateurs du chef de l’Etat.»

Pour éradiquer ces actes d’escroquerie qui sont loin d’être nouveaux, le «dircab» invite la population à «ne pas se laisser abuser par des sollicitations téléphoniques, verbales, SMS ou des messages transmis par Internet» et «à dénoncer ces délinquants pour qu’ils soient déférés devant la justice.»

Ce communiqué de la Présidence de la République était manifestement reçu cinq sur cinq par les Kinois. Une source locale au Quartier Ma Campagne a contacté, vendredi 23 avril 2010, par mail, la rédaction de Congoindependant.com.

«Des militaires de la garde présidentielle, raconte-t-il, ont été déployés hier au Quartier Ma Campagne. Ils ont été envoyés par Zoé Kabila pour faire déguerpir l’ancien ministre Dominique Sakombi-Inongo.» Pourquoi ? Après recoupements, il a bel est bien semblé qu’un «contentieux immobilier» serait au centre d’un «bras de fer» entre Sakombi Inongo et le frère cadet du chef de l’Etat congolais. En un mot, «Zoé» prétend avoir acheté auprès d’un «quidam» la villa qu’occupe Sakombi depuis trente ans. Villa que celui-ci aurait lui-même achetée auprès d’un ancien gouverneur de la Banque du Zaïre. Il s’agirait de Pierre Pay-Pay wa Syakasighe.

Après multiples tractations, les interventions de la justice et même celles des personnalités pourtant haut placées du régime, rien ne fera reculer le frère du président.

Dominique Sakombi s’éteindra le 27 septembre 2010, après s’être réfugié à Bruxelles ont, surement, l’insolence de l’injustice d’un pays et surtout d’un régime qu’il a pourtant beaucoup servit auront eu raison de son solide coeur.
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«Domsak», s’il faut encore le rappeler, a été plusieurs fois ministre de l’Information sous le régime Mobutu. Après la prise du pouvoir par l’AFDL, il a été promu conseiller en communication du président Laurent-Désiré Kabila. Lors du décès de celui-ci, Sakombi assumait les fonctions de ministre de la Communication. Durant la transition (2003-2006), il a fait partie du staff dirigeant de la Haute autorité des médias en tant que cadre du parti présidentiel le PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie).

Quand à Zoé Kabila, deuxième fils de « maman » Sifa Mahanya, le frère cadet du président ne s’est pas contenté de ses succès dans le monde des affaires. En 2011, il se lance en politique et, comme Jaynet, sa soeur aînée, se fait élire député dans le fief familial du Katanga. Comme elle, il a beaucoup d’influence sur le président. Mais selon un diplomate européen à Kinshasa, il aurait tendance à inciter son frère à lutter pour rester au pouvoir.

Son compte Twitter confirme en tout cas cet esprit combatif. Le 26 janvier, alors que le Parlement venait de reculer sur la loi électorale controversée, il s’est indigné : « Kinshasa a plus de 10 millions d’habitants, deux ou trois mille sortent dans la rue et pillent, et [imposent leur] choix à la nation. »

Et comme pour conclure dans cette affaire tristement incompréhensible, le frère du président n’a jamais occupé la maison arrachée au feu Sakombi… allez-y comprendre.

Oko-Kanga Tiokolemba,
Direct.cd

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