Des échauffourées ont éclaté mardi entre supporteurs du Tout-Puissant Mazembe, club de football de Lubumbashi, et la police qui les empêchait d’assister à un match. Les autorités ont jugé que le rassemblement, convoqué par Moïse Katumbi, le président du club mais aussi un candidat potentiel à la prochaine présidentielle congolaise, avait un caractère politique.

L’incident couvait depuis plusieurs jours à Lubumbashi. Le TP Mazembe, très populaire en République démocratique du Congo et champion d’Afrique 2015, avait organisé un match de gala entre son équipe première et son équipe réserve au stade Kamalondo. L’équipe souhaitait offrir un dernier spectacle à ses supporteurs avant de s’envoler pour le Japon, où elle participera au mondial des clubs du 10 au 20 décembre. Le président du club, Moïse Katumbi, devait s’adresser aux supporteurs et donner des informations à ceux souhaitant effectuer le voyage au Japon.

Mais la mairie lushoise n’a pas donné d’autorisation pour ce rassemblement et a même déployé un important dispositif policier autour du stade mardi. Malgré l’interdiction, certains supporteurs ont tenté mardi à la mi-journée de forcer les barrages.

Le président du TP Mazembe, Moïse Katumbi, a lui-même publié une vidéo montrant le barrage de police empêchant les fans du club de se rendre au rassemblement sportif.

“Les policiers ont dit qu’ils avaient ordre de repousser tout ceux ‘vêtus de noir et blanc’ “

Marcel L.

Marcel L.

Marcel L. (pseudonyme) a été témoin des affrontements entre la police et les fans.

Les supporters ont demandé aux policiers pourquoi ils ne pouvaient pas passer. Ils leur ont répondu ‘nous avons ordre de bloquer tout ceux qui sont en noir et blanc’ [les couleurs du maillot du TP Mazembe, NDLR]. Certains fans ont commencé à jeter des pierres sur les policiers, en touchant un à la tête. D’autres les provoquaient en chantant des slogans anti-Joseph Kabila [l’actuel président congolais], disant par exemple “Kabila devant la CPI” [Cour Pénale Internationale, chargée de juger les personnes accusées de génocide ou de crime contre l’humanité, NDLR]. La police a alors chargé en lançant des gaz lacrymogènes. J’ai vu certains agents en profiter pour dépouiller des marchands de rue [les échauffourées ont fait quatre blessés selon la porte-parole de la police, 17 personnes ont été interpellées].

C’est assez étonnant que ce rassemblement sportif ait été interdit, car ce n’est pas la première fois que le TP Mazembe organise un tel match de gala à l’issue de la Ligue des champions africaine. En 2009 et 2010, le club avait déjà remporté cette compétition et avait organisé le même genre de rassemblement sans que ça pose de problème.

Images tournées par notre Observateur hier à Lubumbashi, aux abords du stade montrant des supporters et des passants s’enfuir face aux policiers. Montage France 24.

La mairie de Lubumbashi a indiqué dans un communiqué avoir interdit la manifestation pour “préserver la paix sociale”. Toutefois, la décision sonne comme un message envoyé à Moïse Katumbi, le riche président du club du TP Mazembe. Le businessman, ancien membre du parti présidentiel, est récemment passé dans l’opposition. Il est présenté comme un candidat sérieux pour la prochaine présidentielle congolaise, prévue le 27 novembre 2016, bien qu’il n’ait pas encore annoncé sa candidature. Mardi, après les heurts, il a estimé dans les médias que la rencontre sportive avait été annulée car jugée “politique” et affirmé que la décision des autorités était “irresponsable”.

“Le TP Mazembe donne un capital sympathie important à Moïse Katumbi, qui en fait un argument politique”

Patient Ligodi

Patient Ligodi

Patient Ligodi est un doctorant en communication sociale originaire de Lubumbashi. Il a étudié de près les liens entre football et politique en République démocratique du Congo.

Moïse Katumbi est avant tout un businessman qui a fait fortune dans l’industrie de la pêche et le secteur minier au Katanga, région dont il a été le gouverneur. Cette fortune lui a permis d’investir, notamment dans le milieu du football à travers le TP Mazembe, dont il est président depuis 1997. Il est mordu de ce sport, mais cet intérêt est aussi stratégique : il a redonné des galons à ce club, lui a permis de remporter neuf fois le championnat, trois fois la Ligue des champions africaine. Le TP Mazembe est le seul club d’Afrique subsaharienne à être arrivé en finale du mondial des clubs en 2010 [finale perdue 3-0 contre l’Inter Milan, le représentant européen NDLR]. Ces résultats, obtenus grâce à de gros investissements sur ses deniers personnels, ont clairement permis à Moïse Katumbi d’avoir un capital sympathie important.

Il est aujourd’hui difficile de distinguer les supporteurs du ‘Moïse Katumbi président de club’, et ceux de ‘l’homme politique’. L’année dernière, alors qu’il revenait à Lubumbashi après plusieurs mois d’absence pour des problèmes de santé, il a rassemblé ses partisans, dont des supporters du TP Mazembe. Il a alors utilisé cette métaphore footballistique : “Un arbitre siffle un pénalty, puis un deuxième. Les deux sont arrêtés par le gardien de but. Mais si l’arbitre accorde un troisième pénalty à la même équipe, que va t-il se passer ?”. C’était une allusion à peine voilée à un troisième mandat du président Kabila, un coup d’éclat médiatique qui avait été très peu apprécié par les autorités.

“Des supporters de football étaient impliqués dans les événements sanglants qui ont mené à l’indépendance du Congo”

Moïse Katumbi est loin d’être le seul homme politique à avoir investi dans le sport. La plupart des grands clubs congolais sont soutenus par des députés, ou par des militaires. L’AS Vita, le plus gros club de Kinshasa, a pour président le général Gabriel Amisi, ancien membre des forces terrestres congolaises. Cependant, aucun de ces investissements sportifs n’a encore eu de réelle répercussion en politique.

Sport et politique sont plus que jamais liés en RDC. Le 4 janvier 1959 à Kinshasa, à l’époque du Congo belge, des supporters de l’AS Vita, qui sortaient d’un match perdu par leur équipe, s’étaient mêlés aux partisans d’un parti politique indépendantiste, mécontents de l’annulation d’un de leurs meetings. Il y avait eu au moins 50 morts et cela avait été le point de départ de l’indépendance de la République démocratique du Congo.

Ainsi, à chaque fois que politique et football sont liés, la crainte d’un mouvement insurrectionnel surgit. C’est peut-être ce qu’ont voulu canaliser les autorités hier en annulant ce rassemblement.

Ces échauffourées interviennent alors que Joseph Kabila a convoqué un “dialogue national” avec les différents partis politiques qui doit se tenir à Kinshasa en décembre. Les opposants au président, dont Moïse Katumbi, accusent le camp présidentiel de vouloir gagner du temps pour maintenir Joseph Kabila au… la suite sur France24 Observateurs