Dialogue: voici comment Kabila compte berner l’ONU!

Les dictateurs sont ainsi faits. Ils usent de ruses et de subterfuges pour avoir la mainmise sur leurs populations, consolider et éterniser leur pouvoir. Joseph Kabila, le président de la République démocratique du Congo (RDC), ne déroge pas à la règle. Sa trouvaille : un dialogue politique national.

Annoncé depuis quelques mois, ce dialogue devra permettre de discuter, entre autres, du budget des élections, du nouveau fichier électoral et de l’enrôlement de citoyens devenus entre-temps majeurs. L’idée est très controversée au sein de la classe politique. Certains y sont favorables, mais s’impatientent de voir ce dialogue s’ouvrir pour éviter un éventuel glissement du calendrier électoral au bénéfice de Kabila. D’autres y voient des manœuvres dilatoires du camp présidentiel pour se maintenir au pouvoir et ne veulent donc pas en entendre parler. A travers le dialogue à venir, Kabila espère éviter le malaise de son voisin Sassou Nguesso qui a imposé son référendum sans la moindre «élégance» à l’opposition.

L’ONU doit éviter de servir d’aval à un dictateur

Et pour que ce dialogue ait un effet certain à l’égard de la communauté internationale, le président de la RDC a également eu l’ingénieuse idée de mettre les Nations unies dans la danse. En effet, ce dialogue est prévu pour se tenir sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU) et la houlette d’un médiateur international. C’est dire si l’ONU sera bientôt dans la nasse de Kabila. En tout cas, si les choses se passent comme prévu, Kabila pourra se frotter les mains parce qu’il bénéficiera d’une sorte d’onction des Nations unies dans sa volonté de se soustraire à l’emprise des dispositions constitutionnelles en vigueur dans son pays.

En réalité, le problème de la RDC aujourd’hui, c’est Joseph Kabila et sa boulimie du pouvoir. C’est parce qu’il veut briguer un autre mandat au mépris des textes fondamentaux, que son pays court le risque de sombrer dans une crise. Si Kabila renonce à son idée de tripatouillage constitutionnel, la crise qui couve en RDC va se désamorcer aussitôt et le dialogue sera sans objet. L’idée d’un dialogue entre fils et filles d’un même pays est, par principe, une bonne chose, certes. C’est dans l’unité et le dialogue qu’on construit une nation, qu’on trouve les moyens de faire face aux défis immenses qui s’imposent à son pays. Mais, un dialogue digne de ce nom, ne doit pas être un marché de dupes. Les sujets à débattre  ne doivent pas poser un problème d’éthique ni de morale politique.

Mener un dialogue national sur fond de calculs égoïstes  au seul profit du prince régnant n’est pas acceptable. Et c’est un grave mépris pour les populations et pour l’intérêt général. Il est absurde de polluer un débat national par les lubies d’un satrape entouré d’une bande de Raspoutine. L’ONU doit éviter de servir d’aval à un dictateur. Elle doit donc ouvrir l’œil et le bon et ne pas servir de caution à cette vaste supercherie savamment concoctée et orchestrée par Kabila et ses officines secrètes. Car, point n’est besoin d’être grand clerc pour savoir que Kabila veut se servir de ce prétendu dialogue pour légitimer un passage en force. Il est certainement en train de ruser et de jouer avec le temps. Le président Kabila souhaite certainement un glissement du calendrier électoral qui lui profiterait. Ce dialogue en vue est donc une manœuvre dilatoire. Le seul dialogue qui vaille actuellement en RDC, devrait être celui qui assurerait le respect de la Constitution de la RDC.

Kabila ne pouvait pas rêver d’un meilleur contexte international pour avancer ses pions

De ce fait, la communauté internationale appelée à jouer les arbitres, doit poser clairement les règles du jeu. Comme préalable, les Nations unies seraient bien inspirées de poser comme condition, le refus de tout tripatouillage constitutionnel. Elles devraient tenir aux autorités de la RDC un langage de vérité et de fermeté avant de participer à tout dialogue politique dans ce pays. Seulement, en aura-t-elle le courage ?

Rien n’est moins sûr. Car,  les grandes puissances mondiales sont plongées dans une sorte de mollesse et de complicité passive vis-à-vis de Kabila qui se verra  ainsi bientôt ouvrir un boulevard devant lui. Cette attitude peut s’expliquer par deux raisons essentielles. La première est relative au fait que ces grandes puissances ne s’embarrassent pas de considérations démocratiques et éthiques quand leurs intérêts sont en jeu.

Or, il est de notoriété publique que la RDC constitue  un important réservoir de matières premières. Il y en a même qui parlent de scandale géologique en référence aux énormes richesses du sous-sol  de ce pays. Dans ces conditions, les grandes puissances préfèrent pactiser avec le diable dans l’objectif bien calculé de rester dans ses bonnes grâces, que de prendre le parti du peuple. Tout comme elles le font au Congo-Brazza, d’ailleurs. Et puis, les succès de  Sassou Nguesso et de Paul Kagamé dans leur œuvre de bricolage constitutionnel, n’ont certainement pas manqué de ragaillardir Kabila. Quant à la seconde raison de la quasi-indifférence des grandes puissances démocratiques par rapport au comportement« démocraticide » de Joseph Kabila, elle réside dans les préoccupations internationales du moment.

En effet, les puissances occidentales sont actuellement plus préoccupées à prévenir des attentats terroristes qu’à remonter leurs bretelles à des dictateurs africains. La Belgique, l’ancienne puissance colonisatrice de la RDC, a certainement d’autres chats et pas des plus dociles, à fouetter. Au demeurant, depuis quelques jours et après les attentats meurtriers de Paris, Bruxelles est en état d’alerte maximale. La capitale de l’Europe est contrainte de mobiliser toutes ses forces pour contrer une menace pressante d’attaques terroristes sur son sol. Kabila ne pouvait pas rêver d’un meilleur contexte international pour avancer ses pions dans sa volonté de rester le plus longtemps possible aux affaires.

Il appartient donc aux populations de la RDC, comme ce fut le cas au Burkina Faso, de prendre leur destin en main. Ces populations qui n’ont quasiment jamais goutté à une vraie démocratie depuis  des décennies. Seule la détermination du peuple de la RDC peut amener la communauté internationale à revoir sa copie. Les opposants comme Vital Kamerhe et les leaders des Organisations de la société civile, gagneraient à se donner résolument la main pour faire échec à cette imposture majuscule qui se profile à l’horizon et dans laquelle l’ONU est en train de se laisser piéger. En somme, le peuple de la RDC reste et demeure le premier et véritable rempart contre les velléités de Kabila à prolonger indûment son bail à la tête de l’Etat.

Le Pays

 

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