Dans les coulisses de la victoire du TP Mazembe!

Il leur avait promis « sept jours de fête » en cas de victoire. Et si les supporteurs du Tout Puissant Mazembe n’ont pas suivi à la lettre la volonté de Moïse Katumbi, le président du club, le triomphe des « Corbeaux » en Ligue des champions de la Confédération africaine du football (CAF) a animé la ville de Lubumbashi comme rarement. La joie était à la hauteur du succès arraché sur le terrain du stade Mazembe. Une finale retour remportée 2 buts à 0 face à l’USM Alger, champion d’Algérie en titre, déjà battu à domicile par les joueurs congolais la semaine précédente, 2 buts à 1.

Ce résultat, le club le doit à Patrice Carteron, arrivé à Lubumbashi en 2013 à l’issue de la Coupe d’Afrique des nations en Afrique du Sud, où il avait atteint la troisième place à la tête du Mali. En moins de trois ans, l’ancien coach de Dijon a ramené le TP Mazembe au sommet du football africain en s’appuyant sur des joueurs qui avaient fait la force de l’équipe en 2009 et 2010, comme Robert Kidiaba, gardien de but devenu célèbre pour ses manifestations de joie d’après-match, mais aussi de jeunes talents, recrutés aux quatre coins du continent, comme l’Ivoirien Roger Assalé ou le Tanzanien Mbwana Samatta.

La victoire est une aubaine pour le président du club, Moïse Katumbi, qui, à l’issue de la finale retour, n’a pas caché sa joie : « Quand j’ai pris le club, il n’avait plus disputé de Ligue des champions depuis dix-huit ans. Aujourd’hui, on remporte la cinquième. Et les supporteurs en quittant le stade m’ont dit “vous avez eu une vision” », s’est félicité l’homme d’affaires katangais. Une sortie qui n’a pas étonné Thierry Michel, documentariste et réalisateur de L’Irrésistible Ascension de Moïse Katumbi. « Il dirige le club par passion, vit passionnément les matchs. Le football lui permet d’entretenir une aura qui le rend presque intouchable. »

Une aubaine pour Katumbi

Sous la férule de « papa Moïse », le Tout Puissant Mazembe s’est imposé en une vingtaine d’années comme une institution dans le paysage du football africain. Arrivé en 1997 à sa tête, le richissime chef d’entreprise devenu gouverneur du Katanga en 2007, a fait du club une quasi-anomalie dans la région. Des infrastructures modernes, semblables à celles dont bénéficient certaines équipes européennes. Le club possède même un avion privé pour ses déplacements, en plus d’un centre de formation, la Katumbi Football Académie, qui recrute majoritairement dans la région de Lubumbashi et dont la quatrième promotion sera connue en septembre 2016.

« On voit énormément d’hommes d’affaires et d’hommes politiques diriger des clubs de football, constate Carole Gomez, chercheuse chargée des questions liées à l’impact du sportà l’Institut de relations internationales et stratégiques. En cas de succès, ils peuvent aisément s’attribuer les mérites des victoires et, en cas de défaite, faire retomber la responsabilité sur les joueurs ou l’entraîneur. »

Probable candidat à l’élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), prévue en 2016, Moïse Katumbi pourra capitaliser sur cette victoire en Ligue des champions. Le businessman, qui a démissionné de son poste de gouverneur de la province du Katanga en septembre et quitté le parti au pouvoir, se pose en effet dans l’opinion comme l’un des principaux rivaux de Joseph Kabila, l’actuel président de la RDC. « Le football fait partie de sa stratégie, estime Thierry Michel. En cela, il reprend un peu lesrecettes de Mobutu, qui avait cherché à s’appuyer sur le sport et notamment la participation de l’équipe du Zaïre à la Coupe du monde de football en 1974. Katumbi se montre ainsi au milieu des supporteurs. »

Lire aussi : RDC : Moïse Katumbi entretient le flou sur sa candidature à la présidentielle en 2016

« Le football permet de mobiliser toute une population, ajoute Carole Gomez. En particulier les jeunes, qui constituent la base des fans de football, mais également un contingent non négligeable d’électeurs dans les pays d’Afrique. »

« Le football a montré l’exemple à la politique »

La finale organisée à Lubumbashi a également été l’occasion pour l’ancien gouverneur du Katanga de se poser en rassembleur. La ville est d’ailleurs devenue pour une journée le centre de la RDC. Les personnalités politiques se pressaient dans les tribunes du stade Mazembe, comme le ministre de l’intérieur, Evariste Boshab, ou en ville pour y rencontrerKatumbi, comme ce fut le cas de Vital Kamerhe, figure de l’opposition à Joseph Kabila.

Un signe important dans un pays qui attend de savoir si l’élection présidentielle se tiendra bien en 2016 et si Joseph Kabila briguera un troisième mandat alors que la Constitution le lui interdit. Quant à Moïse Katumbi, la finale de la Ligue des champions lui a surtout permis de se poser un peu plus en figure incontournable, lui qui déclarait il y a un peu plus d’un mois qu’il souhaitait « travailler pour renforcer la démocratie avec les forces vives du pays et en finir avec le flou qui entoure l’interprétation de la Constitution ».

 

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