Virunga, le pétrole de la mort?

Le dossier du pétrole dans le parc de Virunga, dans l’Est de la République démocratique du Congo, a été de nouveau rélancé après que le gouvernement ait attesté la présence de pétrole dans le sous-sol de cette réserve naturelle, la plus vieille d’Afrique. Dans une région déjà traumatisée par plusieurs années de guerres autour des ressources naturelles, doit-on s’attendre à d’autres boulversements?

Le feuilleton trouble du Parc national des Virunga, en République démocratique du Congo (RDC), convoité par les compagnies pétrolières étrangères vient de connaître un nouveau rebondissement, vendredi  06 novembre 2015.

Depuis 2010, l’État congolais avait attribué plusieurs permis d’exploration pétrolière sur des concessions à cheval sur de larges portions des Virunga.

Les résultats de l’étude sismique réalisée au sein de ce parc, très riche en ressources naturelles et ravagé par plusieurs guerres civiles, attestent la présence de pétrole dans le sous-sol de cette réserve naturelle, la plus vieille d’Afrique, a-t-on indiqué vendredi de source officielle à Kinshasa.

La société britannique Soco a « remis […] les résultats des analyses sismiques » et ceux-ci sont toujours à l’étude, mais ils « sont positifs » a déclaré à l’AFP le ministre des Hydrocarbures congolais, Aimé Ngoi Mukena.

A la question « est-ce qu’il y a un champ [pétrolier] ? » les résultats indiquent que « oui », a ajouté le ministre, joint par téléphone par l’Agence France Presse, sans donner plus de détails.

Situé dans la province du Nord-Kivu, le parc national des Virunga abrite plusieurs espèces animales menacées, parmi lesquelles le gorille des montagnes, et offre une diversité de paysages exceptionnelle. Il est classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco (dans la catégorie « en péril » depuis le milieu des années 1990).

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Depuis que l’on soupçonne la présence de pétrole dans le sous-sol du parc, l’Unesco a fait savoir à plusieurs reprises que l’exploration et l’exploitation pétrolières étaient « incompatibles » avec le règlement du Comité du patrimoine mondial.

A l’issue d’une intense mobilisation internationale et locale, la RDC a suspendu ces permis mais a associé Soco à une « étude » destinée à estimer les effets d’une éventuelle exploitation pétrolière sur l’environnement.

Titulaire de la licence sur le « bloc V », zone de prospection qui englobe la majeure partie de la moitié sud du parc, Soco a réalisé en 2014 des tests sismiques dans lesquels les opposants au forage ont vu un programme d’exploration pétrolière caché.

Plusieurs ONG congolaises et internationales ont accusé l’entreprise de corruption et d’intimidation. Soco a réfuté ces allégations mais elles ont poussé l’Église anglicane à se débarrasser cette année de l’intégralité de sa participation de 1,6 million de livres (2,2 millions d’euros) dans le capital de l’entreprise, quand bien même Soco eût annoncé qu’elle ne comptait plus être « impliquée d’aucune façon » dans le bloc V.

Selon M. Ngoi Mukena, Soco a demandé au gouvernement de pouvoir « se retirer du bloc V ». Interrogé par l’AFP, un porte-parole de l’entreprise a indiqué que Soco ne souhaitait plus parler d’une affaire qui ne la concerne plus.

Son site internet indique désormais que Soco « ne détient plus la licence du bloc V », le groupe n’ayant pas demandé son renouvellement à son expiration, fin septembre.

M. Ngoi Mukena n’a pas indiqué ce que l’État comptait faire de la licence sur le bloc. Certains opposants à l’exploitation pétrolière dans le parc craignent que le gouvernement cède ce permis à un autre opérateur.

Par le passé, Kinshasa a mis en avant la nécessité d’exploiter le pétrole qui pourrait se trouver dans les Virunga au nom du développement économique de la RDC, dont l’immense majorité de la population croupit dans la misère.

Les opposants au forage arguent que dans une région en proie à une violence chronique, cela ne feraient qu’attiser les conflits armés qui déchirent le Nord-Kivu depuis plus de vingt ans. Ils proposent un modèle de développement économique alternatif pour les populations riveraines du parc autour du tourisme, de la pêche et de l’énergie hydraulique.

« Si le gouvernement tente d’exploiter ce pétrole, pour nous ce sera la mort », a déclaré à l’AFP Bantu Lukambo, président d’une ONG locale de défense de l’environnement joint par téléphone à Goma, la capitale du Nord-Kivu, « est-ce en détruisant les Virunga qu’on va faire disparaître la pauvreté au Congo ? »

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Le Kivu, à l’instar de l’ensemble de la RDC, est l’illustration exemplaire de la « malédiction des matières premières » dénoncée par maintes ONG. La guerre, l’exploitation des ressources naturelles et la corruption s’auto entretiennent. Le secteur minier du Kivu a été dominé par la production de cassitérite, jusqu’à l’effondrement du marché de l’étain en 1985. Un brutal regain d’activité minière a suivi l’explosion de la demande mondiale de tantale à la fin des années 1990. Ce métal se trouve en effet en abondance dans le sous-sol du Kivu sous la forme d’un minerais composite, la colombo-tantalite, en abrégé coltan. Il se trouve que la fièvre du coltan a correspondu à la période d’occupation du Kivu par les militaires rwandais et ougandais, période durant laquelle toutes les ressources naturelles, bois, or, coltan ont fait l’objet d’un pillage systématique, dénoncé à partir de 2001 par un groupe d’experts mandatés par l’ONU.

Créé en 1925 et classé parmi les plus anciens parcs d’Afrique, le parc national des Virunda représente un vaste poumon d’oxygène contre le réchauffement climatique.

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L’Institut congolais pour la Conservation de la Nature, l’ICCN, est le gestionnaire des aires protégées en RDC qui s’emploie à réduire les risques multiples qui menacent le Parc national. Le braconnage, l’agriculture abusive, la pêche illicite et destructive dans le lac Édouard, la destruction des forêts par la carbonisation et la présence d’une dizaine de groupes armés sont déjà dans le collimateur de cet institut.

Quel que soit l’objectif poursuivi par le gouvernement congolais dans la recherche de pétrole, il reste néanmoins claire que dans cette région du monde, les ressources naturelles, encore moins leurs exploitations, n’ont jamais apporté la paix aux populations, ni le développement d’aileurs.

Benjamin Litsani Choukran,
Direct.cd, avec AFP et Partenaires.

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