Apollinaire Malu-Malu: les dessous de sa démission!

A treize mois de la présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), les autorités de Kinshasa ont annoncé, samedi 10 octobre, la démission du président de la commission chargée d’organiser ces élections que, soupçonne l’opposition, le pouvoir voudrait retarder.

Le père Apollinaire Malu-Malu a présenté sa démission de ses fonctions de président de la CENI » (Commission électorale nationale indépendante) « pour raisons de santé », et le président, Joseph Kabila, en « a pris acte », selon un communiqué officiel lu à la télévision publique.

Cette démission est « un nouveau coup de tonnerre dans le paysage » politique congolais, a rapidement réagi sur son compte Twitter Olivier Kamitatu, un des dirigeants du G7, groupe de sept partis passés à l’opposition en septembre.

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Quelques jours après la fronde du G7, c’était le puissant gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, qui démissionnait à son tour du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) du président. Le 29 septembre, il accusait le pouvoir à Kinshasa de « dérives inacceptables ».

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Kabila, bientôt candidat à un troisième mandat ?

M. Kabila dirige la RDC depuis la mort de son père en 2001 et la constitution lui interdit de se représenter en 2016, mais il entretient depuis des mois le mystère sur ses intentions, et l’opposition le soupçonne de manœuvrer pour se maintenir au pouvoir au-delà de la fin de son deuxième mandat, qui s’achève à la fin 2016, soit en modifiant la loi fondamentale, soit en retardant les échéances électorales. Le ministre de l’information, Lambert Mende, a affirmé à plusieurs reprises que le président Kabila entendait respecter la constitution.

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De violents affrontements ont éclaté à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), le 15 septembre, faisant plusieurs blessés. Quelque trois mille personnes étaient réunies à l’appel d’un collectif d’opposants, pour exiger la tenue dans les temps prévus de la prochaine élection présidentielle fin 2016, à laquelle la Constitution interdit au chef de l’Etat de se présenter.

De violents affrontements ont éclaté à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), le 15 septembre, faisant plusieurs blessés. Quelque trois mille personnes étaient réunies à l’appel d’un collectif d’opposants, pour exiger la tenue dans les temps prévus de la prochaine élection présidentielle fin 2016, à laquelle la Constitution interdit au chef de l’Etat de se présenter. Crédits : John Bompengo / AP

Pour Samy Badibanga, chef du premier groupe parlementaire d’opposition (UDPS et alliés) à l’Assemblée nationale, la démission de l’abbé Malu-Malu, « va compliquer les choses » alors que le temps est compté pour organiser la prochaine présidentielle dans les délais prévus par la Constitution et que le fichier électoral issu de la présidentielle et des législatives de 2011 est jugé totalement « corrompu » par l’opposition.

Depuis 2011, aucun des scrutins prévus ne s’est tenu

Soigné à l’étranger pour une maladie non rendue publique, l’abbé Malu-Malu était absent de la scène publique depuis des mois. Il avait fait une brève apparition en avril pour une conférence de presse où il était apparu fort affaibli. Compte tenu de ce que l’on savait de son état de santé, « tout laisse à croire qu’on a voulu gagner du temps » en le maintenant en place, estime M. Badibanga.

Malu-Malu, un prêtre catholique, a dirigé la commission électorale nationale indépendante lors du scrutin présidentiel de 2006, remporté par Kabila, et il l’a dirigée de nouveau après l’élection de 2011, entachée de graves accusations de fraude.

La RDC traverse une grave crise politique depuis la réélection contestée de M. Kabila en 2011. Aucun des scrutins qui devaient être organisés depuis lors ne s’est tenu. En septembre, une décision de la Cour constitutionnelle a rendu caduc le calendrier électoral de la CENI qui prévoyait la tenue d’une succession de scrutins jusqu’à la présidentielle de novembre 2016.

Le climat politique est très tendu en RDC à l’approche de la fin du mandat de M. Kabila. Mercredi, l’ONU, qui dénonce depuis plusieurs mois une multiplication des arrestations d’opposants, a exhorté Kinshasa à permettre la tenue d’élections législatives et présidentielle « crédibles » en novembre 2016.
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