Jaynet Kabila: ce qu’il faut (vraiment) savoir sur la soeur jumelle du Président congolais

De son vivant, le président Laurent-Désiré Kabila n’a jamais présenté les membres de sa famille biologique. C’est au lendemain de sa mort non élucidée à ce jour que les Congolais ont découvert une “veuve inconsolable” nommée Sifa Mahanya. Si “Joseph” était plus ou moins connu depuis la chute de Kisangani en mars 1997, “Jaynet” n’est sortie de l’anonymat qu’au lendemain des obsèques de Mzee, mi-janvier 2001. “Zoé”, lui, a été vu pour la première fois en public lors de l’élection présidentielle de 2006. C’est en décembre 2002 que les Congolais ont pris connaissance, sous la forme d’une dépêche de l’AFP, du Curriculum Vitae de leur nouveau Président. Un CV lacunaire, truffé de zones d’ombre. Selon les “mauvaises langues”, l’Etat congolais est régenté par la fratrie “Kabila”. “Tout se décide entre Joseph, Jaynet et Zoé, entend-on dire. Le trio fait et défait des carrières”. Le drame? Les trois sont très mal connus. Ils n’ont aucune attache psychologique avec le pays. Le passé de chacun d’eux demeure une énigme pour les 70 millions des Congolais. Nul ne sait les détails sur leur parcours respectif jusqu’au moment du lancement de la guerre dite de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre) en octobre 1996. Osons nous attarder sur un aspect méconnu de la jeunesse de “Jaynet”. Contrairement aux rumeurs répandues depuis 2001, celle-ci n’a jamais fréquenté le Lycée français de Dar es-Salaam, la capitale tanzanienne.

“La première de toutes les forces qui mènent le monde est le mensonge”, a écrit le regretté philosophe français Jean-François Revel dans son ouvrage “La connaissance inutile”, édité chez Grasset.

Dès le lendemain du 26 janvier 2001, date de l’investiture de “Joseph Kabila”, on a assisté à l’émergence d’une vaste entreprise de propagande voire de manipulation. Le but était de “gommer” les aspérités générées au niveau de l’image du nouveau “raïs” par les informations parues dans certains médias occidentaux. Des informations selon lesquelles, le successeur de Mzee était de mère tutsie rwandaise.

Les initiateurs de cette “campagne” voulaient faire d’une pierre deux coups. D’une part, injecter dans l’imaginaire populaire que le nouveau Président était bel et bien “congolais de père et de mère”. Et de l’autre, préparer la même opinion sur le fait que pour des prétendues “raisons de sécurité”, le nouveau chef de l’Etat a eu à porter d’autres patronymes – c’est le cas notamment de Kanambe, Mtwale, Hyppolite, Christophe – avant d’emprunter celui de “Joseph Kabila”.

En février 2002, le politologue congolais Célestin Kabuya-Lumuna Sando publie en catastrophe, aux éditions Secco & Cedi, son livre intitulé “Histoire du Congo – Les Quatre premiers Présidents”. Lors de la présentation dudit bouquin dans une salle située dans la Galerie d’Ixelles à Bruxelles, l’auteur de remercier avec chaleur “Joseph Kabila” pour le “soutien moral et matériel” qu’il lui avait accordé. Il en est de même de Jean-Claude Masangu Mulongo, alors gouverneur de la Banque centrale du Congo.

Dans le chapitre consacré à Laurent-Désiré Kabila, l’auteur rapporte avec une certaine complaisance les “confidences” d’un certain Bienvenu Mwilambwe. Celui-ci est présenté comme étant l’ancien secrétaire particulier de LD Kabila durant les années d’exil en Tanzanie. A la page 186, on peut lire : “Le 8/1/1979, nous sommes allés accompagner les enfants du camarade président à l’école française”. “(…). Les enfants dont question étaient Jenny Kyungu Mtwale et Hyppolite Kabange Mtwale, les jumeaux de Laurent-Désiré Kabila”.

Dans une interview accordée à la journaliste Colette Braeckman du “Soir” de Bruxelles daté du 2 juin 2006, Mama Sifa Mahanya y déclare que LD Kabila “avait tenu à inscrire Jaynet et Joseph à l’école française de Dar es Salaam”. Cette information est reprise d’ailleurs par le journaliste François Soudan à la page 37 de la Revue de l’Intelligence, édition n°3 juillet/août 2006 avec sur la couverture le titre : “Portrait: Le vrai Kabila”. On peut gager que Soudan a dû recourir au principal intéressé pour obtenir la documentation nécessaire. “Joseph et Jaynet qui n’ont jusque là connu que l’école de brousse du parti, note-t-il, sont inscrits sous des noms d’emprunt (Kabange, puis Kanambe) dans un collège francophone de Dar es-salaam”.

Mystification

Selon un document officiel – daté du mois de septembre 2011- que l’auteur de ces lignes a pu consulter, la nommée “Jaynet” Desire Hildegonde Kyungu “Kabila” n’a jamais passé un seul jour de sa vie au Lycée français. Elle n’a pas fait non plus ses études primaires dans le maquis de Hewa Bora mais au “Green Valley Primary School” en Ouganda. Elle aurait obtenu son certificat de six ans primaire en septembre 1984. Elle aurait terminé ses études secondaires en mai 1992 à Irambo Secondary School en Tanzanie.

Ce séjour prolongé en Ouganda d’un enfant mineur intrigue. A preuve, dans une interview accordée au journal “Le Soir” daté du 31 octobre 1997, Laurent-Désiré Kabila déclarait notamment :”J’ai dû voyager à travers la Tanzanie. En Ouganda, j’y allais moins. Au Burundi, à peine une ou deux fois”. Etrange.

Depuis janvier 2001, “Jaynet” est incontournable. Aucun investisseur ne foule le sol congolais sans aller lui présenter les “civilités”. Elle serait devenue immensément riche et puissante au plan politique.

Présidente de la Fondation Mzee Laurent-Désiré Kabila, “Jaynet” que des flagorneurs gratifient du titre de “vénérable” ou “Dada” (grande soeur en swahili), est propriétaire du site Internet Digital Congo et d’une chaîne de télévision. En 2005, Ban Ki-moon, alors ministre sud coréen des Affaires étrangères, lui a attribué le grade de consul honoraire de la Corée du Sud à Kinshasa. Lors des législatives de novembre 2011, “Dada” a été “élue” – ses détracteurs disent “nommée” – députée nationale à Kalemie au Katanga où elle n’a aucun domicile connu.

Qui est réellement cette dame qui porte officiellement le nom de “Jaynet” Desire Hildegonde “Kabila” Kyungu”? Quels sont les liens qu’elle a gardé avec l’Ouganda? Quels sont les métiers qu’elle a exercés avant de mettre les pieds au Congo-Kinshasa? Mystère. Comme “Joseph”, elle est née à “Hewa Bora”, une localité qui n’a jamais existé au Congo-Kinshasa. Un analyste de s’enrager : “Il n’y a que les Congolais qui tolèrent ce genre de mystification. Comment voulez-vous que notre peuple ne soit pas pris pour ’l’idiot du village’ tant en Afrique centrale que dans la sous-région des Grands Lacs?”

Baudouin Amba Wetshi @ Congo Indépendant

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