3ème mandat: Kabila peut surprendre!

Le centre politique a quitté Lubumbashi, après la tonitruante démission du gouverneur du Katanga Moïse Katumbi, pour Kingakati, ferme présidentielle située à l’est de Kinshasa. Les développements politiques de ces derniers temps en RDC ne pouvaient laisser le président Joseph Kabila, accusé de vouloir violer la Constitution, indifférent.

Pour ce faire, d’habitude taiseux, Kabila a convoqué le dimanche 4 octobre une réunion politique de la MP et s’est longuement étendu sur la question du non-respect de la Constitution qu’on lui prête. Il qualifie cette problématique « d’argument principal ». Jusqu’ici, il sous-traitait cette question par ses lieutenants, notamment son ministre de la Communication Lambert Mende et Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale. La tournure récente des événements avec le départ de Katumbi, précédé par la défection du G7, l’a finalement poussé à réagir personnellement. Reconnaissant que le débat politique se focalise sur le respect ou non de la Constitution, Kabila s’est exprimé là-dessus en ces termes : « Je ne me souviens pas avoir organisé une réunion avec la Majorité pour évoquer cette question de la révision constitutionnelle.

J’avais évoqué ici (Kingakati, ndlr) il y a deux ans le fait qu’il y avait un procès d’intention parce que c’était le début. Ils vont changer On n’a jamais évoqué cette question. Même si c’est le droit de tout citoyen, député et sénateur, de réfléchir et de faire des propositions. Pourquoi pas ? Je pense que la vraie raison est ailleurs. Pourquoi est-ce qu’on a peur de moi ? Je ne sais pas ». C’est par ses propos que Joseph Kabila entend apaiser l’opinion nationale de plus en suspicieuse à son égard. A travers cette prise de parole, Kabila a répondu notamment au G7 qu’il avait accusé de mener « une stratégie suicidaire ». Ses propos valent aussi pour Moïse Katumbi qu’il a indexé en déclarant qu’il mettait tout en œuvre pour que les élections n’aient pas lieu en 2016. Vital Kamerhe, premier à avoir dénoncé les velléités de la MP à vouloir réviser la constitution, peut aussi se sentir concerné par cette déclaration de Kabila car récemment encore il avait appelé le président à se prononcer solennellement sur le sujet. Ces propos présidentiels n’étant pas solennels, le patron de l’UNC, les fondeurs et la société civile seront-t-ils satisfaits ? Kabila vient de lâcher du lest sur la problématique de la révision de la constitutionnelle en avançant timidement sur la voie du respect de la constitution. Cela sera-t-il suffisant pour l’opinion ? Rien n’est moins sûr. Kabila a eu aussi cette phrase à l’endroit de ses partenaires, fidèles certes mais tout de même anxieux de leur avenir politique: « je ne vous conduirai pas au suicide collectif ».

Allusion à l’accusation formulée par le G7 qu’il a accusé de mener « une politique suicidaire ». Non seulement Kabila promet à son camp qu’il ne modifiera pas la constitution, bien qu’à demi-mot, il lui promet aussi de le conduire à la victoire à tous les niveaux lors des prochaines élections. Une fois encore à mot-couvert, Kabila annonce la tenue des élections l’année prochaine sans dire lesquelles. Doit-on comprendre par « à tous les niveaux » que toutes les élections, y compris les locales, tant décriées, auront lieu ? Mystère ! Autre information de Kingatkati, le dialogue politique aura bel et bien lieu. Kabila a demandé à ses hôtes de se « tenir prêts pour le dialogue et pour les futures élections ». Autre promesse du chef de l’Etat,il fera tout pour la sauvegarde des acquis indispensables au développement de la RDC, chèrement obtenus depuis quelques années. Taquin, il a lâché cette phrase : « ceux qui nous font une guerre injuste ne voient pas ». Sans toutefois préciser de qui il s’agissait.

Mais Kabila a aussi prévenu les siens sur une probable guerre. Pour ce faire, il a employé un langage martial en exhortant son camp « de se préparer à la guerre ». En bon moralisateur, il a recommandé à ses partenaires politiques d’observer 3 choses : la discipline, la loyauté et la vérité. La délégation de la MP était conduite par le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku. Elle comptait 362 parlementaires dont 315 députés et 47 sénateurs. A travers cette réunion, Kabila entend reprendra la main sur la situation politique en RDC. Si le mystère Kabila s’éclairci peu à peu, il reste encore des zones d’ombres. Mais dans l’hypothèse, de plus en plus probable, qu’il ne briguera pas un 3ème mandat présidentiel, cela va attiser les rivalités internes notamment entre son premier ministre (Augustin Matata Ponyo) et le président de l’Assemblée nationale (Aubin Minaku) qui se verraient bien désignés dauphin de Kabila. C’est sans doute pourquoi Kabila insiste dans ses prêches à ses ouailles de la MP « la discipline ». Gageons que l’appétit du pouvoir sera plus fort que cette vertu !

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