3ème mandat: Joseph Kabila ne renonce pas

On croyait en avoir terminé avec la polémique relative au désir probable du président congolais, Joseph Kabila, d’aller au-delà du terme de son second mandat, fixé à novembre 2016.

On pensait que lui et les siens ont retenu la leçon des violentes manifestations populaires qui, en janvier 2015, avaient provoqué entre 13 et 40 victimes. D’autant que face au risque d’escalade que menaçait de revêtir la crise, le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, avait lui-même annoncé le retrait de l’alinéa de la loi électorale que le chef de l’Etat aurait pu exploiter pour arriver à ses fins. Mais il se trouve que huit mois après, les partisans du glissement reviennent à la charge. D’abord, à travers l’arrêt rendu le 9 septembre dernier par la Cour constitutionnelle. Ensuite, par le biais de l’espèce de milice qui s’en est prise, hier, aux opposants qui protestaient justement contre toute modification du calendrier électoral.

La République démocratique du Congo (RDC) devrait se garder de jouer avec le feu. Car la crise que les différents acteurs politiques ne cessent d’attiser par leurs contradictions peut bien se révéler désastreuse. D’autant qu’elle implique aussi bien les institutions que les hommes. En effet, c’est à une institution aussi symbolique que l’est la Cour constitutionnelle que l’on doit la reprise des hostilités qui, hier, ont débouché sur les affrontements qui ont notamment occasionné un mort. De fait, c’est par un verdict qu’ils ont rendu le mercredi dernier que les sages de la Cour constitutionnelle ont demandé à la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de veiller à l’organisation de l’élection des gouverneurs. Une recommandation que le président du Senat, Léon Kengo Wa Dendo, et plus largement l’opposition dans son ensemble, ont perçue comme une manœuvre visant à ramener le concept de glissement électoral au devant de la scène.

Dans l’entendement de l’opposition, pour respecter la limite prescrite au mandat du président Kabila, le calendrier électoral devrait plutôt privilégier les élections à délais constitutionnels, à savoir la présidentielle, les législatives et les provinciales. Il en résulte que les opposants au régime du président Kabila pensent que la prise en compte de l’élection des gouverneurs ne viserait qu’à faire passer un éventuel report de l’élection présidentielle pour une nécessité dictée par l’impossibilité de tenir tous les scrutins dans le délai imparti. En gros, l’opposition congolaise soupçonne Kabila et ses proches de vouloir surcharger le calendrier électoral de manière à imposer le report de l’élection du président de la République comme une nécessité des plus logiques.

Et les soupçons sont d’autant plus fondés que les affrontements qui ont ponctués le meeting de l’opposition d’hier, ne sont pas fortuits. Que des jeunes armés de projectiles et de bâtons sortent de nulle part pour s’attaquer à des manifestants somme toute pacifiques, n’a rien d’anodin. A défaut d’avoir été expressément commandités par l’Etat congolais, les agresseurs d’hier devaient compter sur la bienveillance de la force publique. Surtout que la police dont l’intervention aurait pu éviter le drame qui est arrivé, n’a pas bougé le moindre doigt. Elle aussi devait avoir reçu pour instruction de laisser les opposants se faire corriger pour l’exemple.

Tout indique donc que c’est de nouveau parti pour la crise politique congolaise. Malheureusement pour Joseph Kabila, il risque bien de se heurter à la même détermination que celle qui l’avait obligé à reculer en janvier.

Boubacar Sanso Barry     

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