Le procès de l’ex-général des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), de la rébellion du M23 et de la milice de l’UPC (Union des Patriotes Congolais), Bosco Ntaganda, s’est ouvert le mercredi 02 septembre au siège de la Cour Pénale Internationale (CPI), à la Haye, sur un constat de mi-satisfaction.

L’opinion congolaise est satisfaite en partie, dans la mesure où ses victimes et leurs familles caressent l’espoir d’une prochaine réparation morale, à travers un verdict que l’on espère sans pitié pour lui. Le fait de voir le criminel le plus redouté du district de l’Ituri et de la province du Nord-Kivu entre 2002 et 2013 afficher un profil bas devant la barre, parler bas et en une langue inexistante dans le lexique congolais, démontre que la CPI ne tient pas compte des statuts, qualités et titres de ses justiciables.

Cependant, le sentiment de déception provient du fait que la période prise en compte ne concerne que les années 2002 et 2003, alors que l’intéressé a massacré ou fait massacrer, violé ou fait violer, torturer ou fait torturé, incendié ou fait incendié, enterré vivants ou fait enterrer vivants, extorqué ou fait extorquer des centaines d’innocents jusqu’en 2013, peu avant sa surprenante décision de se rendre à la justice internationale. Pourquoi la procureure de la CPI, qui affirme poursuivre les enquêtes dans le Nord et l’Est de la République Démocratique du Congo, a-t-elle demandé à la Chambre Préliminaire II d’ouvrir le procès, alors que, manifestement, elle n’a pas encore réuni toutes les pièces de l’accusation ?

Au regard du caractère visiblement incomplet du dossier, certains observateurs pensent que l’accusation aurait dû attendre la réunion de toutes les données avant de faire fixer l’affaire. Lorsque l’on pense aux crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par Bosco Ntaganda ou sous son commandement, au sein du CNPD (Conseil National pour la Défense du Peuple) de Laurent Nkunda et du M23 (Mouvement du 23 mars) entre 2006 et 2013, Nombre de Congolaises et de Congolais sont soucieux de voir le procès Ntaganda servir réellement de signal fort dans la voie de la fin de l’impunité des seigneurs de guerre et leurs parrains, après le goût d’inachevé laissé par ceux de Thomas Lubanga et Matthieu Ngudjolo, au terme desquels aucun de leurs protecteurs congolais, ougandais et rwandais n’a été inquiété.

Malheureusement, les attentes risquent d’être déçues. Car, même si la Procureure Fatou Bensouda fait état de plus de 8.000 documents et 70 témoins pour confondre Bosco Ntaganda, le monitoring sélectif des crimes de guerre et crimes contre l’humanité à charge de l’accusé fait penser à une volonté de ne pas aller au fond des choses.

Parrains congolais, ougandais et rwandais peinards…

Le versant négatif du procès de Bosco Ntaganda se trouve être le grand flou qui entoure l’identité des personnalités politiques et militaires congolaises, ougandaises et rwandaises qui finançaient ses aventures militaires, lui fournissaient des armes, des munitions ainsi que des effets militaires, lui apportaient des vivres, mettaient à sa disposition des moyens logistiques (avions, véhicules, maisons), mettaient des troupes à sa disposition, l’aidaient à recruter des enfants-soldats, assuraient sa protection face aux mandats d’arrêts internationaux émis contre sa personne, étaient en partenariat avec lui dans le trafic illicite des minerais, etc. Une tolérance-zéro aurait dû être appliquée contre tous les parrains de ce hors-la-loi, surtout que nombre d’entre eux continuent d’exercer des fonctions officielles dans les institutions politiques, militaires et les services des renseignements, en RDC, en Ouganda comme au Rwanda.

En s’arrêtant à l’année 2003, en mettant entre parenthèses les crimes de Bosco Ntaganda commis entre cette année et 2013 mais surtout en laissant ses parrains courir librement les rues, la Procureure de la CPI donne l’impression d’avoir accompli une œuvre inachevée. Comment ne pas croire en l’impunité de ceux qui sont impliqués dans les massacres, viols, tortures, recrutements d’enfants-soldats, pillages des ressources naturelles reprochés à l’ancien homme fort de l’UPC, du CNDP et du M23, dès lors que ceux qui sont couverts aujourd’hui par des carcasses de leurs immunités politiques se la coulent douce à Kinshasa, Kampala et Kigali ?

Voilà pourquoi d’aucuns souhaitent que Fatou Bensouda accélère les enquêtes en cours dans le Nord et l’Est de la République Démocratique du Congo, afin que Bosco Ntaganda soit rapidement rejoint par ses protecteurs civils et militaires congolais, ougandais et rwandais, dans le box des accusés. Poursuivre et condamner tout seul cet ancien seigneur de guerre, c’est s’arrêter à mi-chemin dans la voie de la traque des auteurs et financiers de l’insécurité en territoire congolais.

Kimp,
Le Phare.
Le titre est de Direct.cd