Entre le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, et le Premier ministre Matata Ponyo, les relations ne paraissent pas au beau fixe. Dernier fait en date, c’est l’incident du lundi 17 août 2015 au Palais du Peuple, dont étaient témoins involontaires non seulement des membres du personnel politique de ces deux personnalités mais aussi quelques députés et sénateurs de passage par là.

On laisse entendre que Matata et Minaku s’étaient convenus d’échanger, en fin d’après- midi, autour de la problématique de la réduction drastique du budget des rémunérations et de fonctionnement de l’Assemblée depuis plusieurs mois. Il semble que les fonds destinés à la Chambre basse du Parlement auraient connu une chute libre de plus de 60 %, alors que la Chambre haute a gardé son enveloppe telle qu’inscrite dans la loi budgétaire 2015 et que la Présidence de la République serait même dans le dépassement.

La séance de clarification fixée au lundi 17 août 2015 devait permettre au Premier ministre, accompagné des ministres des Finances et du Budget, ainsi qu’au Président de l’Assemblée Nationale, assisté de ses collaborateur du Bureau, de passer au peigne fin les facteurs à la base de cette minoration des fonds destinés au fonctionnement et aux rémunérations du personnel politique et administratif, de la Chambre basse du Parlement.

Le décor d’un échange franc paraissait planté avec la présence, dans la salle des réunions, des ministres des Finances et Budget, qui avaient précédé le chef du gouvernement. Ponctuel comme d’ordinaire, le Premier ministre Matata s’est annoncé à l’entrée principale du Palais du Peuple à l’heure convenue. Mais, un langage de sourd s’est engagé entre les services de sécurité du Palais du peuple et le cortège du Premier ministre. A en croire plusieurs témoignages, la sécurité de l’hémicycle de Lingwala aurait décidé de bloquer une partie de l’escorte du chef du gouvernement, la jugeant trop longue.

Il semble que le Premier ministre n’aurait pas digéré la réduction des effectifs de sa suite. Mécontent, Matata serait sorti de son véhicule pour protester bruyamment contre ce qu’il a considéré comme une attitude discourtoise de la part du protocole de Minaku. Selon nos sources, il serait rentré peu après dans sa voiture pour ordonner le demi-tour à son escorte, pendant que le speaker de la Chambre basse du Parlement et ses deux ministres, ceux des Finances et du Budget, l’attendaient pour la réunion.

Pour bien d’observateurs, cet incident n’a fait qu’amplifier le malaise qui entre les deux personnalités de la famille politique du Chef de l’Etat, qui seraient engagés dans une guerre de leadership.

On signale que depuis la motion de défiance des députés de la Majorité dirigée contre le ministre des. Transports et Voies de Communication, considéré comme un des proches de Matata, le Premier ministre et le Président de l’Assemblée Nationale entretiendraient des relations fort tendues.

Selon plusieurs sources, le bureau de l’Assemblée nationale avait invité le ministre des Finances et du Budget pour lui fournir des explications sur le déficit budgétaire dont est frappée cette institution, alors que les bud9ets de la présidence de la République, de la Primature et du Sénat ont connu des dépassements allant jusqu’au-delà de 100%.
Informés de ces invitations, Matata aurait exigé au bureau de l’Assemblée nationale de conduire en personne la délégation gouvernementale. Il est à craindre que cette guerre de tranchées entre le chef de l’exécutif et le speaker de la chambre basse du Parlement ne se répercute sur l’ordre du jour de la session ordinaire de l‘Assemblée nationale, qui s’ouvre le 15 septembre 2015.

On parle d’une interpellation en gestation contre le ministre des Transports et Voies de Communication, pour cause d’achat à moindre- coût d’un aéronef destiné à la nouvelle compagnie aérienne nationale, CongoAirways. Un choc frontal entre les deux institutions parait de plus en plus inévitable, surtout que le ministre précité a un contentieux avec les députés nationaux membres de la Majorité, suite à une motion de défiance articulée contre lui en juin dernier et ajournée à la suite de ses vrais-faux ennuis de santé.

Par Eric WEMBA,
Le Phare