Depuis quelques années, la musique dite chrétienne amorce un virage dangereux qui l’écarte des allées de la spiritualité profonde. Cette musique a, au fil de temps, perdu de son aura jusqu’à intégrer les tares de la mondanité.

Ce qui l’a fragilisé davantage au point de lui faire perdre tout prestige, toute considération. Et pourtant, les précurseurs de cette musique dont le frère Mente, n’avaient d’autre préoccupation que la conversion des âmes par la chanson. Et cette dimension transparaissait nettement dans leurs œuvres plus portées vers la méditation et l’introspection. Sans trop de fioritures artistiques, cette musique était limpide, simple et pure. Seul le message importait. Face à ce qui était perçu alors comme une nouveauté, d’aucuns ont vite fait de restreindre cette musique en la confinant à l’agrémentation des veillées mortuaires.

Longtemps, cette musique dite chrétienne a évolué sous ce prisme jusqu’au moment où elle suscitera des émules en son sein avec la vague amenée par le frère Paul Balenza.

A la différence de ceux qu’on pouvait taxer des indépendants, le frère Paul évolua sous le label de l’église catholique qui finança ses premières oeuvres. Avec un peu plus de rythme dans l’orchestration, Paul Balenza révolutionna cette musique en ajoutant à l’aspect purement adoration, la dimension louange à travers des cantiques endiablées.

La musique chrétienne prenait alors un tournant décisif suscitant d’autres vocations surtout lorsque plusieurs s’aperçurent qu’elle pouvait nourrir son homme. Des producteurs se jetèrent à corps perdu dans l’aventure en révélant de nouveaux talents. Un nouveau business était né.

La génération de Matou Samuel, Denis Ngonde, couple Buloba, Marie Misamu, Charles Mombaya et autres, apporta une touche particulière à cette musique où prime désormais la dimension purement commerciale.

Les producteurs misent gros, font entrer leurs ouailles dans des studios à l’étranger, leur offrent de quoi meubler leur apparence, assurent la promotion des œuvres à tous les niveaux (clips, concerts live, tournées européennes, etc.).

C’est un peu l’âge d’or de cette musique qui fait recette surtout avec la montée des églises de réveil dans une communauté spirituelle longtemps emprisonnée par le monopole des églises traditionnelles. Les musiciens chrétiens s’appuient alors sur ces églises pour se crédibiliser davantage en garantissant le succès de leurs œuvres.

Mais la disparité entre la piété qu’ils voulaient refléter à travers leur être et leurs œuvres, la marge ne faisait que se dilater. De plus en plus, cette musique commençait à rivaliser du point de vue rythmique avec celle profane de sorte qu’on avait difficile à situer la ligne de démarcation.

Lorsque Thomas Lokofe (un ancien sociétaire de Zaïko convertit musicien chrétien) lança son premier opus, I’indignation était a son comble. La cadence, le tempo, l’arrangement, les mélodies et même laconception musicale s’inspiraient de la musique mondaine.

La compénétration entre ces deux styles de musique était non seulement symbolisée par le recours aux mêmes arrangeurs, mais aussi, par les rapports affectifs qu’entretenaient les musiciens de deux bords en terme de featuring, cas du duo Marie Misamu–Debaba.

Paul Balenza non plus n’hésita pas à faire appel dans l’un de ses opus à une brochette des artistes mondains à l’indignation générale. La tendance a persisté jusqu’au moment où l’une des figures de proue de cette musique, en la personne de feu Charles Mombaya s’affichera aux côtés des artistes profanes dans l’Amical des musiciens congolais (Amc).

La vague des Makoma fit également sensation au point de briser les tabous et les interdits. Avec un look très branché et une musique aux confins du rap et Hip Hop, ces jeunes ont révolutionné le mental en faisant sauter les derniers verrous de la piété qui caractérisait la musique chrétienne.

Nathalie Makoma poussa même l’outrecuidance jusqu’à chanter en duo avec Werrason, une star de la musique profane. La coupe était bien remplie. Entre les deux styles de musique, rien ne les séparait plus désormais.

Les mêmes artistes s’étaient trempés récemment dans le phénomène « Ngulu » en souillant de plus belle leur réputation à cause du goût effréné du lucre. En somme, les musiciens chrétiens ont, au fil des années, laissé entrevoir l’hypocrisie ayant couvert leur carrière. Grâce à l’effet d’usure, ils ont été démystifiés et désacralisés pour redescendre au niveau du commun des mortels.

Leur musique non plus ne captive plus les consciences au regard des thèmes diversifiés exploités au-delà du carcan spirituel. A l’image des musiciens profanes, ils s’interposent comme censeurs de la société au lieu d’évangéliser par la chanson. Les mêmes artistes s’étaient trempés récemment dans le phénomène « Ngulu » en souillant de plus belle leur réputation à cause du goût effréné du lucre.

Ces viles pratiques ont discrédité la carrière de plusieurs d’entre eux qui en ont payé les frais par le biais d’emprisonnement. Dans leurs orchestres, ces musiciens s’affublent des titres et se magnifient, incorporent des danseuses et des « Atalaku », et affichent les mêmes frasques que leurs collègues de l’autre rive de part leur propension au luxe.

Tenez par exemple un leader de la musique chrétienne vient de scandaliser récemment la communauté chrétienne en entretenant une relation extraconjugale au sein de son église, laquelle a accouché d’une grossesse non désirée.

Des cas similaires sont légion (sans oublier des idylles informelles que des leaders développent avec leurs musiciennes) et traduisent le côté pervers qui gangrène actuellement la musique chrétienne. Ceci explique la montée en première ligne des conjointes des leaders des groupes musicaux chrétiens – et vice versa – qui s’affichent désormais aux côtés de leurs maris, question de mieux les contrôler. De plus en plus des couples s’affichent sur les planches des spectacles ou des concerts, ou même sur les supports vidéo et autres. Souvent à la base des divorces, ces musiciens chrétiens constituent véritablement une peste pour nombre des couples, au pays comme à l’étranger.

Cette pratique n’est certainement pas innocente et traduit plutôt le malaise des couples vivant dans une situation d’instabilité permanente. A cela il faut ajouter les tiraillements sur fond des querelles que développent certains musiciens chrétiens, eux qui sont censés prêcher par l’exemple. Plus grave, ces différends débordent du cadre privé pour être étalés sur la place publique. Sans gêne. Cerise sur le gâteau, c’est le côté mystique qui entoure ces carrières qu’on croit exemptes des pratiques fétichistes.

Une rumeur folle a récemment fait état des incartades d’une chanteuse sur la tombe d’un collègue artiste ! Certitudes ou présomptions, évidences ou conjectures, une chose est vrai, c’est que les musiciens chrétiens sont loin d’être des saints. D’autant plus qu’on retrouve dans leur comportement et attitudes, le même déviationnisme observé dans l’autre camp. Cet état des choses résulte, pensons-nous, de l’incursion des opportunistes et autres profiteurs qui se sont engouffrés dans ce créneau musical non par conviction mais parce que appâtés par le gain facile.

Ces musiciens chrétiens d’occasion sont facilement repérables de part leur façon d’être et leur approche musicale. Chrétien musicien ou musicien chrétien, il est temps d’établir le distinguo afin de purifier l’espace musical chrétien en remettant Jésus sur son piédestal.