Pourquoi Moïse Katumbi sera le prochain président de la RDC

Le puissant gouverneur du Katanga est un prétendant sérieux à la succession de Kabila

Les faits – Après des jours d’émeutes en fin de semaine dernière, le président Joseph Kabila a renoncé à faire adopter une disposition électorale conditionnant la tenue des prochains scrutins, prévus en 2016, à l’organisation d’un recensement. Ses opposants, qui y voyaient un stratagème du chef de l’Etat pour se maintenir au pouvoir, sont revigorés dans l’optique de la succession.

Joseph Kabila a plié face à la rue et les prétendants au trône présidentiel se voient déjà à la tête de la République démocratique du Congo (RDC), un pays grand comme 76 fois la Belgique. L’ancien Congo belge est surtout l’un des sous-sols les plus riches de la planète avec de gigantesques réserves de minerais (cobalt, cuivre, or, manganèse, diamant). Parmi les favoris à la succession, l’opposant historique, Étienne Tshisekedi, l’ex-président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, et surtout le gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi, qui vient d’achever mercredi un double déplacement très discret à Londres et à Paris. Sa province détient 40 % des réserves mondiales de cobalt et 3 % de celle de cuivre, et lui-même a fait fortune dans les mines.

Président du Tout Puissant Mazembe, un club de football de Lubumbashi, cet homme d’affaires prospère a beaucoup investi dans le social. « Il est le plus populaire des hommes politiques congolais, explique un analyste qui suit le pays. S’il se présente à la présidentielle, son seul nom lui permettra de rafler de nombreux suffrages dans toutes les provinces ». Il bénéficie aussi du soutien des Américains qui ont toujours joué un rôle important dans les changements de régime en RDC. A l’époque de la guerre froide, Washington avait fait renverser Patrice Lumumba pour installer le maréchal Mobutu afin d’empêcher que ce pays très riche ne bascule dans l’orbite de Moscou. En 1997, les Etats-Unis appuyèrent discrètement Laurent Désiré Kabila, père de l’actuel chef de l’Etat, dans le renversement du même Mobutu. Cette fois, John Kerry a été le premier à signifier l’année dernière à Kabila fils qu’il ne devait pas changer la constitution.

Appétits pour le sous-sol congolais. De Londres, Moïse Katumbi a relayé les aspirations des investisseurs étrangers. « Il est préférable d’avoir le code minier ancien avec 200 milliards de dollars d’investissements que le nouveau avec 5 milliards de dollars », a-t-il expliqué, lançant une pierre dans le jardin du Premier ministre qui souhaite accroître les royalties sur les mines. Outre Washington, Katumbi compte sur le soutien du 10 Downing Street. La Grande-Bretagne est un important donateur de la RDC et ses compagnies minières lorgnent le sous-sol congolais avec appétit alors que Londres est une place pour la levée de fonds de ces sociétés.

Jusqu’à récemment, Katumbi roulait pour Joseph Kabila puisqu’il appartenait à l’écurie présidentielle en tant que chef provincial du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Mais, le 23 décembre, il a déclenché les hostilités contre le chef de l’Etat. Ce jour-là, devant une foule acquise à sa cause, il a appelé ses partisans à envahir le terrain si, après deux faux penaltys contre l’équipe nationale de football, un troisième était sifflé… Une métaphore lourde de sens à l’intention de Kabila qui voulait modifier la Constitution, après deux mandats et 13 ans au pouvoir, pour se représenter. Depuis, Katumbi est la cible des médias proches du pouvoir qui l’attaquent régulièrement. Preuve que Kabila n’a pas perdu toute ambition de rester à la tête de la RDC, il fait de Katumbi son adversaire principal. Le 27 janvier, le pouvoir a fait marcher ses partisans à Lubumbashi, chef-lieu du Katanga d’où est également originaire Kabila. Dans les prochaines semaines, les conseillers du président pourraient tout faire pour retirer à Katumbi son poste de gouverneur. Ce dernier aura besoin du soutien des Américains et des Européens alors que le président congolais mise sur la fidélité de Joseph Eduardo Dos Santos et Jacob Zuma, ses homologues angolais et sudfaricain, qui lui ont récemment rendu visite.

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