Exclusif. Mobutu, à l’orgine de « l’idée » des coups d’Etat en Afrique?

Les pairs des indépendances Africaines avaient voulu voir l’Afrique accéder à sa souveraineté internationale et vivre dans la réelle dignité. Telles étaient les thèses chères à Kwame N’Krumah et bien d’autres encore; Jomo Kenyatta; Haïlé Sélassie; Patrice Lumumba, etc. Tous ces leaders politiques pour la plupart ne finirent point leurs missions d’État en Afrique en général et dans leurs pays respectifs en particulier. Certains sont morts tout naturellement mais beaucoup d’autres sont morts assassinés au cours d’un coup d’État militaire.

L’exemple des coups d’État militaires en Afrique indépendante semble avoir été un mal qui a été initié au Congo/Kinshasa et cet exemple connut des retentissements ou des ramifications ailleurs dans beaucoup d’autres pays Africains. Ce fait continu encore et demeure. Le dernier coup d’état militaire à date est celui qui a vu le général Robert Gueï renverser le président Henri. Konan Bédié par un coup d’État militaire, en Côte d’Ivoire, c’était le 24/12/1999. Le modèle est un tort majeur qui ravage actuellement l’Afrique dans sa globalité. En effet, depuis les années 65 date du coup d’État de Mobutu au Congo, sans arrêt, – nous assistons constamment devant un nombre croissant de coups d’État militaires sans commune mesure en Afrique. Ils vont croissant.

Petit registre des coups d’État militaires en Afrique depuis 1965 à 1980

Le retentissement de coup d’État de Mobutu au Congo/Kinshasa face à Kasa-vubu eut d’échos de partout en Afrique. Le modèle fut copié très rapidement, notamment dans un bon nombre de pays que nous verrons sous-dessous. L’historiographie politique de l’Afrique en ce domaine est extrêmement riche et exceptionnelle.

D’emblée notons très rapidement que l’Afrique dispose des 53 États indépendants aujourd’hui. Mais à la fin des années 80, avant la grande vague démocratique, plus des 2/3 des gouvernements en Afrique, étaient dirigés par des militaires! Et plus des 12 conflits militaires déchirent les pays Africains aujourd’hui.

Sans trop entrer en des détails, ce qui serait plus fastidieux pour le lecteur, passons très rapidement en revue quelques cas jugés dignes de mémoire aux fins d’illustrer notre propos.

Au Togo. D’abord notons que le tout premier coup d’État militaire en terre Africaine a été signalé au Togo en 1963. Le président Olympio Sylvanus a été destitué et puis assassiné par les militaires de façon atroce. Remplacé par Nicholas Grunitzky, ce dernier sera à son tour chassé aussi du pouvoir par le lieutenant colonel Etienne Eyadema ,le 13 janvier 1967. Eyadema est ainsi au pouvoir depuis cette date jusqu’à aujourd’hui! Plus tard, tout le système politique togolais s’inféoda au Mobutisme. À tel point que Eyadema fut et est le sosie de Mobutu au Togo jusqu’à aujourd’hui.

Au Ghana. Alors qu’il se trouvait en mission officielle en Chine, le présidentNkrumah réputé communiste a été écarté du pouvoir par suite d’un coup d’État militaire dirigé, par le général Joseph A. Ankarah. C’était le 24 février 1966, soit quatre mois après la prise du pouvoir par la force au Congo par Mobutu. N’Krumah était proche de P. Lumumba au plan de philosophie politique. Par compassion certainement, le président Sékou Touré nomma alors Nkrumah, co-président de la Guinée, jusqu’à sa mort! Le combat que mena Sékou Touré pour faire rétablir Nkrumah dans ses fonctions au Ghana ne connut guère de succès. Depuis, le jeu des coups d’État militaires a continué au Ghana jusqu’à aujourd’hui. L’actuel président, Jerry Rollings, est un militaire.

Au Bénin. (Ex-Dahomey), le président Apithy Migan a été renversé du pouvoir, le 22 décembre 1965, soit un mois seulement après le coup d’État de Mobutu au Congo/Kinshasa. Ce ballet des coups d’État militaire a continué au Bénin jusqu’en 1991. Le colonel Matthieu Kérékou s’y est emparé du pouvoir depuis 1972 jusqu’en 1991. Depuis 1996, Kérékou est à nouveau retourné à la tête du Bénin après avoir battu M. Soglo aux élections libres et démocratiques. Au total, le Bénin a déjà connu plus de cinq coups d’État militaires.

Au Nigeria.  Le président Abubakar Balewa a été écarté du pouvoir et puis assassiné, le 17 janvier 1966, soit deux mois après l’accession de Mobutu au pouvoir par la force au Congo/Kinshasa. Son bourreau était le général Aguiyi-Inrosi. En juillet 66, Inrosi a été à son tour assassiné, et le général Yakubu Gowan accéda au pouvoir. Depuis, le théâtre des coups d’État militaires a continué sans cesse au Nigeria, jusqu’à plus tard qu’en 1999 passée.

Au Burkina Faso. (Alors Haute-Volta). En 1966, le président Maurice Yameogo a été déposé par suite d’un coup d’État militaire dirigé par le colonel Sangoule Lamizana. En 1983, le capitaine Thomas Sankara s’empara du pouvoir et écarta Lamizana. En 1987, alors qu’il était son meilleur ami d’enfance, Blaise Campaoréassassina Thomas Sankara et s’empara dès lors du pouvoir jusqu’à aujourd’hui.

République Centre AfricaineEn janvier 1966, le président David Dacko, a été chassé du pouvoir par son oncle Jean Bedel Bokassa. Dacko est retourné à nouveau au pouvoir vers les années 80. Battu aux élections démocratiques, Ange Patassé a remplacé Dacko à la tête de ce pays jusqu’à aujourd’hui. Depuis, toutefois, à maintes reprises les militaires ont tenté de reprendre le pouvoir par la force mais en vain!

Au Congo Brazzaville. En 1966, le président Alphonse Massamba-Debat, a été déposé par un coup d’État militaire. L’homme était pro-communiste Sino-Soviétique. Depuis lors le ballet des coups d’État militaires se sont poursuivis jusqu’à aujourd’hui. Le président en place actuellement est issu d’un coup d’État militaire : Denis Sassu N’Kwesso, qui auparavant avait été à la tête d’un putsch qui avait assassiné le président Marien Ngouabi. Depuis 1998, Kwesso a chassé le président Lissouba élu démocratiquement du pouvoir suite à une guerre qui déchire le Congo Brazzaville jusqu’à aujourd’hui.

En Sierra Leone. En 1967, le président P. Stevens, a été renversé par un coup d’État militaire dirigé par le lieutenant colonel Andrew Juxon-Smith. Dans ce pays, le ballet des coups d’État militaires a continué à une cadence effrénée jusqu’à aujourd’hui. Le pays est en proie de guerre civile depuis 1991.

Au Mali.   En 1968, le président Modibo Keita, a été chassé du pouvoir par le lieutenant Moussa Taoré, soit trois ans après l’accession de Mobutu au pouvoir au Congo/Kinshasa. Reprochant à Modibo Keita d’avoir instauré la dictature au Mali; Taoré, lui, même, instaura aussi une autre dictature au Mali du modèle Mobutiste jusqu’à la fin des années 1992. Écarté par suite d’un coup d’État militaire dirigé par le général Toumari Touré, aujourd’hui le Mali est retourné à l’ordre civil, car Toumari ayant abandonné le pouvoir. Il est tant cité en modèle dans quantité de pays. Et Taoré, lui, a été mis aux arrêts et demeure en prison pour kyrielle des crimes.

Au Burundi. En 1966, alors que le roi Ntare V était en visite à Kinshasa, capitaineMicombero s’empara du pouvoir au Burundi. Le roi était pro-communiste aimant la Chine. En 1976, Jean-Baptiste Bagaza, un autre militaire réalisa un putsch et chassa Micombero du pouvoir. Micombero s’en ira mourir en exil en Mogadiscio en 1983. Et le ballet des coups d’État partit de plus bel en ce pays jusqu’à aujourd’hui.

Attardons-nous un peu sur ce cas Burundais.

Tenez! En 1985, alors qu’il se trouvait en mission officielle au Canada, le président Bagaza fut destitué du pouvoir au Burundi, par Pierre Buyoya. Le coup avait été préparé par Mobutu à partir du Congo/Zaïre. L’exécuteur de ce plan de déstabilisation du Burundi a été Atundu Liongo, outre quelques militaires zaïrois Mobutistes, qui travaillèrent avec Buyoya pour finalisation de coup. Atundu était un agent de sécurité Mobutiste. À titre de récompense, Atundu connut de promotion inattendue à la Gécamines (PDG), cadeau de Mobutu. Et Buyoya, lui, même a été invité à Mbuji Mayi par Mobutu, ce dernier lui remit presque une dame jeanne des diamants en guise des remerciements et d’encouragements pour une mission accomplie. Le président Habyarimana en était témoin. Et l’ancien ministre des affaires étrangères du Congo, M. Nguz en sait quelque chose. Il était à Mbuji Mayi.

À Mbuji Mayi, un ami, ex-chef de l’usine centrale de triage des diamants à la Miba (Minière de Bakwanga), aujourd’hui décédé, nous témoigna le fait. Il s’agit de Kompany Mpoyi Pascal.

Au Burundi, Buyoya demeure au pouvoir jusqu’à aujourd’hui. Il est à la tête de ce pays par suite des deux coups d’État militaires. Il en est devenu spécialiste. Pourquoi Mobutu avait-il comploté contre le président Bagaza demandera-t-on? L’homme n’avait jamais aimé les dénonciations qui avaient été prononcées contre lui par le colonel Kadhafi en visite officielle à Bujumbura en 1985. Voilà pourquoi Bagaza qui avait accueilli Kadhafi eut les foudres de Mobutu. Voici ce qu’étaient les dénonciations de Kadhafi : “ Mobutu est un agent du capital international. Le peuple zaïrois, unissez-vous et chassez-le du pouvoir ”. En effet, les radios commentèrent l’événement dans le monde. Le discours ne plut pas à Mobutu qui avait déjà des sérieuses difficultés politiques face à l’UDPS, par exemple, au Congo.

Qui sait? En effet, au Congo, aujourd’hui, M. Kabila fait appelle des pieds à Atundu aux fins peut-être que ce dernier puisse lui venir en aide comme ce fut bien le cas à l’époque de Mobutu! Atundu est spécialiste du dossier Burundais.

Un fait historique à rappeler, en effet. En 1968, au plus fort de l’ordre Mobutiste, les relations diplomatiques entre le Congo et le Burundi avaient été rompues. Le motif? Eh bien! Burundi avait hébergé et permit aux mercenaires d’attaquer le Congo à partir de Bukavu. En clair : aujourd’hui, et avec la guerre qui se déroule au Congo, Burundi n’est pas à son premier geste d’importuner le Congo. Les relations diplomatiques reprirent entre les deux pays que lorsque les mercenaires avaient déguerpi le Congo et le Burundi. La crise dura neuf mois.

(11) En Libye.  En septembre 1969, le colonel Mouamar Kadhafi, a chassé du pouvoir le roi Idrissa. Depuis, Kadhafi est au pouvoir jusqu’à aujourd’hui. Ses relations avec Mobutu avaient été tortueuses. Mobutu est allé plusieurs fois en Libye

(12) Au Niger. Le tout premier président Hamani Diori a été écarté du pouvoir depuis 1974 par les militaires. Depuis cette date jusqu’en 1991, le Niger a été dirigé par les militaires. En 1993, un président pourtant élu démocratiquement, Mahamane Ousmane, a été renversé par un nouveau coup d’État militaire en 1996.

(13) Au Tchad . Le président François Tombal baye a été assassiné en fonction par suite d’un coup d’État militaire, c’était le 13 janvier 1975. Et depuis, ce pays sombre dans la spirale des coups d’État militaires vertigineux à décrire. En 1990, Hissène Habrè a été renversé par les forces rebelles dirigées par Idriss Déby. Déby demeure encore au pouvoir. Il a aidé Kabila avec son armée dans la guerre qui se déroule au Congo.

(14) Au Rwanda. Le 15 juillet 1973, les militaires ont chassé Grégoire Kayibandadu pouvoir. Il en mourra plus tard le 22 décembre 1976. Actuellement, il y a au Rwanda un autre régime militaire hydre à double tête : un civil d’une part est président (en carton) et d’autre part un militaire est vice-président (tout-puissant). Ce régime est en place depuis 1994.

(15) Au Soudan. Le pays sombre dans la spirale des coups d’État militaires depuis 1969, date à laquelle, le général Al-Nimeri chassa du pouvoir le président Ahmed Mahgoud, jusqu’à ce jour. La guerre qui oppose le nord musulman au sud chrétien bientôt plusieurs années remonte en 1964.

(16) En Éthiopie. L’empereur Haïle-Selasié a été évincé du pouvoir par une junte militaire le 14 septembre 1974. Le 27 août 1975, il en mourra curieusement. Depuis, le colonel Mengistu Mariam y a régné en véritable dictateur. C’est encore un autre régime militaire qui est au pouvoir en ce pays aujourd’hui.

(17) Au Comores.  Le président Ahmed Abdallâh, a été chassé du pouvoir en août 1975. En 1978, il fait à son tour un coup d’État militaire et tua Soilih qui l’avait remplacé en 1975. En 1989, Abdallâh a été tué aussi dans un autre coup d’État militaire, etc.

(18) En Guinée Équatoriale. Un coup de palais : Macias Nguema, a été écarté du pouvoir en 1979, par son neveu Obiang Ngwema, un dictateur, qui chassa un autre dictateur du pouvoir!

(19) En Ouganda. Le président Milton Obote a été chassé du pouvoir en 1971 par une junte militaire dirigée par Idi Amin Dada. En 1980, Obote encouragé par la Tanzanie Chassa Idi Amin du pouvoir. Ce jeu a continué jusqu’en 1986, date à laquelle M. Museveni un rebelle, aidé par Mobutu, s’empara du pouvoir face à M. Obote. Depuis, M. Museveni est alors au pouvoir jusqu’à aujourd’hui : un dictateur! Dans son roman, Ngbanda raconte de l’aide logistique que Mobutu accorda à Museveni aux fins de réaliser le renversement du pouvoir en Ouganda.

(20) En Mauritanie. Le président Mokthar Ould Daddah a été chassé du pouvoir en 1978 par un coup d’État militaire. Et il en mourra plus tard.

(21) Au Liberia. Depuis les années 80, le sergent Samuel Doe, assassina le président en exercice et se proclama président de la République. Le 9 septembre 1990, Samuel Doe a été à son tour exécuté et dépiécé à l’instar d’un chien, par de rebelles deCharles Taylor. Et depuis, le Liberia sombre et ne s’est jamais relevé des guerres civiles jusqu’à aujourd’hui.

(22) En Tunisie. Alors premier Ministre, le général Ben Ali, déclara le présidentBourguiba inapte de gouverner, il s’empara du pouvoir en 1987.

(23) En Algérie. Un coup d’État militaire a été dirigé par le colonel Boumediene et déposa le président Ben Bella. C’était en 1965. Depuis la mort de Boumediene, l’Algérie traverse des moments d’intenses instabilités politiques et des violences constantes.

(24) Au Maroc. Le général Oufkir tenta un putsch et il en échoua face au roi Hassan II. C’était le 21 février 1966. Il en fut condamné à prison à vie.

(25) En Somalie. Le 15 octobre 1969, le président Shmarkete a été assassiné par suite d’un coup d’État militaire. Le général Said Barre, qui l’avait remplacé, a été à son tour écarté du pouvoir depuis 1911.

Entre-temps, la Somalie est plongée dans le feu et sang suite des guerres fratricides sans fin.

(26) En Angola. Depuis l’accession de ce pays à l’indépendance en 1972, Mobutu fut acharné à voir le président Neto quitté le pouvoir à la tête de ce pays. Il en fut de même avec De Santachos qui est en place au pouvoir. Il en a vu de toutes les couleurs.

En conclusion: De cette étude, quelques enseignements rapides se dégagent et méritent l’attention, notamment:

1) Un grand nombre des chefs d’État Africains des années 60, beaucoup sont morts assassinés au cours d’un putsch militaire. La génération de tous ces chefs d’État Africains, les pairs des indépendances Africaines, n’ont pas du tout joui de l’autonomie de l’Afrique indépendante, pour laquelle ils s’étaient tant et pourtant battu face au colonisateur. Et, tous pour la plupart, étaient des civils.

2) Par contre, la deuxième génération des chefs d’État Africains remontant vers les années 65, furent des militaires pour la plupart. Tous ont usé de la force pour s’emparer du pouvoir. Le détonateur semble avoir été déclenché au Congo/Kinshasa par Mobutu. Sa méthode est connue : S’emparer du pouvoir par la force et tenter par des amalgames diverses pour y demeurer éternellement! Voilà une contre-valeur démocratique qui caractérise l’Afrique. Et comme une traînée de poudre, la politique en Afrique est dès lors devenue un club ou une affaire exclusivement militaire. Au Congo, Dungia nous brosse le tableau de tous ces chefs d’État militaires, lorsqu’ils venaient rencontrer Mobutu. Tous, à en croire Dungia, ils avaient presque le même discours : “Grand-frère, j’ai besoin de…” Dungia cite quelques noms : Micombero, Idi Amin, Habyarimana, Bokassa, etc. Aujourd’hui encore, l’auto proclamé président du Congo Kabila est sur ces traces de Mobutu. L’histoire du Congo se répétant, hélas! Le Congo fut pillé par Mobutu et l’est encore plus aujourd’hui avec Kabila. Kabila a ravagé le Congo en 3 ans de pouvoir, là où Mobutu avait mis 32 ans!

3) Bref, l’Afrique Australe, qui, elle a accédé un peu plus tard à l’indépendance, le jeu des coups d’État militaires, y semble inexistant sinon nul. À l’inverse, le Nord, le Centre, l’Ouest et l’Est de l’Afrique, demeurent des gros fiefs des coups d’État militaires permanents.

4) Accédés tous au pouvoir soit pour endiguer la dictature ou soit pour apporter le bonheur à leurs peuples respectifs, les militaires Africains n’ont rien apporté d’original comme solution aux multiples problèmes socio-économique et politiques dont souffre l’Afrique post coloniale. Au contraire, sont tous des nouveaux colonisateurs des leurs peuples respectifs. C’est pire!

 

Commenter

Cliquez-ici pour commenter

Laisser un commentaire