La planche à billets tournait sans arrêt.Chaque fois que le pays se trouvait à court de liquidités, le Président Mobutu exigeait qu’on imprime à tout va, et les gouverneurs lui obéissaient servilement, sans la moindre objection.

Les banques internationales pompes à fric. Les présentes bonnes feuilles dont « les banques internationales pompes à fric » constituent le 11ème chapitre, sont tirées du livre de Pierre Jansen intitulé : « A la cour de Mobutu ». Pierre Jansen est un témoin de première importance dans la mesure oů, mari de Yaki, née du deuxième mariage de Mobutu, il décrit des situations qu’il a vécues en personne à la cour de son beau-père.

Dans le chapitre « Les banque internationales pompes à fric », l’auteur montre comment la Banque mondiale, la Banque européenne d’investissement, la Banque africaine de développement ainsi que la Belgique ont pompé, dès le début du pouvoir de Mobutu, de l’argent – le fric – en faveur du Zaďre. Mais, constate Pierre Jansen, une petite partie seulement a été investie. Le reste est allé dans les poches du maréchal-président et surtout dans celles de hauts cadres du régime qui se retrouvent dans différents organes et à la tête des entreprises de l’Etat.

Le mari de Yaki ne s’explique pas le fait que Mobutu ait laissé impuni le gâchis financier cause au pays par son entourage. Il met également en évidence, le rôle néfaste joué par deux femmes, Yaki et sa mère Bobi Ladawa qui ont réussi à « emprisonner » le Président dans son Palais de Kawele, le coupant ainsi des réalités du pays.

Il dénonce, pour ainsi dire, l’escroquerie dont Mobutu a été victime de la part d’un certain révérend Fat Robertson qui lui soutirait des centaines de millions de dollars sous-prétexte de faire pour lui du lobbying dans des milieux juifs de New York de Washington et de Los Angeles afin de plaider la cause de Mobutu auprès du président Clinton.

L’immense majorité des gens est convaincue que, dans un attaché-case, on peut mettre des millions de dollars. C’est absolument faux. Ma propre expérience me permet de l’affirmer, dans un attaché-case de chez Vuitton – le maroquinier préféré du Président -, on peut placer huit cent cinquante mille dollars en billets de cent dollars américains. Pas un sou de plus.

A maintes reprises. J’ai eu l’occasion d’assister à la comptée des liasses et au remplissage de ces valises légendaires que Mobutu emportait avec lui lorsqu’il voyageait. Selon le nombre d’attachés-cases – le plus souvent trois ou quatre -, je pouvais évaluer, sans erreur possible, le montant des liquidités dont il disposait. Jamais je ne l’ai vu signer un cheque. Partout oů il allait, il payait en cash et en dollars.

– Je pars demain, à six heures et trente du matin, j’ai besoin de trois millions de dollars, annonçait-il parfois, devant moi, à l’un de ses conseillers, à la veille d’un départ au Cap-Martin ou ailleurs.

Le lendemain matin, les petites Vuitton étaient toutes là, sagement alignées en rang d’oignons, prêtes à embarquer dans l’avion présidentiel. Tout se faisait le plus naturellement du monde. Mobutu ne cherchait même pas à savoir oů se conseillers s’étaient procuré, en un temps record, une somme aussi faramineuse.

Une chose est sűre, ils n’étaient pas allé se servir dans les coffres de la Banques centrale du Zaďre, qui sont toujours vides. Alors que deux millions de dollars par jour sont censés y rentrer, la dernière expertise en date a révélé qu’ils en contenaient à peine deux mille…

Les conseillers avaient sans doute préféré puiser directement aux sources. A Lubumbashi, dans les caisses de la Gecamines, qui percevaient entre deux cent et trois cent milliards de dollars par ans ? Dans celles de la Miba, qui gérait les diamants ? A la Snel, à la Regideso ? N’importa quelle société d’Etat faisait l’affaire. On imaginait mal comment les dirigeants auraient pu refuser une aussi petite faveur à leur Président, compte tenu des sommes qu’eux-mêmes avaient déjà prélevées !

Si ce n’était pas suffisant, si Mobutu devait faire face à des dépenses imprévues au cours de son déplacement – au cas oů les mamas auraient été saisies d’une violente fièvre acheteuse, par exemple, il dépêchait vite fait l’un de ses conseillers en Suisse, pour aller lui chercher une petite rallonge dans l’une de ces multiples banques au secret bien gardé.

LES BANQUES…POMPES A FRIC

Le Laurent Perrier brut, rosé et millésimé, coulait à flots. L’argent aussi. Des sommes hallucinantes, avec tellement de zéros au bout qu’ils finissaient par brouiller les yeux et qu’il fallait s’y reprendre à deux fois pour les compter. Dès l’avènement du Maréchal-Président, les banques internationales, pour la plupart américaines et occidentales, avaient ouvert les vannes. Par l’intermédiaire, principalement, de trois grands organismes financiers, la Banque mondiale, la Banque européenne de développement et la Banque africaine de développement, qui subvenaient à tous les besoins potentiels du pays.

La Banque africaine de développement a offert plusieurs milliards de dollars au Zaďre. Basée en Côte-d’Ivoire, c’est une institution internationale qui regroupe, au sein de ses actionnaires, non seulement beaucoup de pays africains, mais aussi des pays occidentaux, telles la France et la Belgique, ainsi que quelques grandes puissances, comme l’Amérique et le Japon. Entre 1969 et 1991, la Banque mondiale – une autre institution internationale et pas des moindres -, dont le siège est aux Etats-Unis, a versé plus de cinq milliards de dollars au Zaďre. Bien entendu, une partie de ces sommes phénoménales a réellement été consacrée au développement du pays. Mais tellement peu… Il suffit d’ouvrir les yeux et de constater les piètres résultats pour s’apercevoir que tout tombe en ruine. Mobutu et son entourage n’ont consacré à l’intérêt général qu’un infinie pourcentage des aides internationales. Tout le reste, ils l’ont empoché.

A LA COUR DE MOBUTU

Il aurait pourtant suffi d’un peu plus de lucidité et d’un peu moins de naďveté. Car ils n’ignoraient pas que cet argent ne leur appartenait pas, ni à eux, ni même au Zaďre. Ce n’étaient que de simples prêts, qui généraient des intérêts et qui étaient destinés à être remboursés. Un jour ou l’autre, on leur demanderait des comptes.

Avec la Belgique, c’était différent. Même s’il ne s’agit que d’une petite nation de dix millions d’habitants, elle est toujours très impliquée dans l’économie du Zaďre, l’ex-Congo belge, son ancienne colonie.

Elle lui versait entre cent et cent cinquante millions de dollars par an. A fonds perdus et sans intérêts, uniquement au titre de l’aide aux pays en voie de développement. Un Cadeau somptueux qui était censé servir à aménager des réseaux de transport, à construire des routes, des hôpitaux… Rien de tout cela n’a été fait.

Le peuple ne voyait jamais la couleur de cet argent. Ceux qui vivaient loin des grandes villes ne savaient même pas à quoi un dollar pouvait ressembler. Ils n’utilisaient que le zaďre, la monnaie officielle, dont le cours s’effondrait de jour en jour et qui ne correspondait plus à rien.

La planche à billets tournait sans arrêt. Chaque fois que le pays se trouvait à court de liquidités, le Président exigeait qu’on imprime à tout va, et les gouverneurs lui obéissaient servilement, sans la moindre objection.

A la prise de pouvoir de Mobutu, un zaďre équivalait à deux dollars. Quand je suis arrivé dans le pays, tout était déjà dégradé dans des proportions hallucinantes.

Huit cents pour cent d’inflation par an ! A la fin des années soixante-dix, un paquet de Marlboro, qui ne coulait normalement que quatre zaďres, avait atteint quatre millions de zaďres.

Si l’on voulait s’offrir une petite Mercedes d’occasion et la payer en cash, il fallait louer une camionnette pour y entreposer les milliards et les milliards de petits zaďres qu’on était allé chercher à la banque. Le dernier billet imprimé est de cinq millions de zaďres. Tout commerce devint impossible. Affamé, le peuple commença à grincer des dents. A Matadi, le marché le plus populaire de Kinshasa, le cours du sac de riz atteignit Cinq millions de zaďres. Dix ans plus tôt, il n’en valait que dix mille!

Mobutu est aux abois, accroché à sa cour, ses faux amis, qui ne lui donnent pas le choix. S’il avait coupé les vivres à ses proches, beaucoup d’entre eux se seraient immédiatement retournés contre lui, s’empressant de rejoindre les rangs de l’opposition. S’il avait, d’un seul coup, empêché les hauts fonctionnaires des entreprises d’Etat de piller les caisses, ils auraient immédiatement tourné casaque, allant chercher fortune ailleurs. Même ses sorciers et ses mages auraient été capables de passer à l’ennemi s’il avait cessé de couvrir d’offrandes leurs dieux tout-puissants ! Sans parler de l’armée, dont les régiments d’élite, qu’il entretenait sur sa cassette personnelle, figuraient parmi les mieux payés du monde. Bien avant qu’il ne monte sa juteuse banque d’organes, le général dont nous avons parlé plus haut voulait déjà s’offrir un avion prive.

Dans quel autre pays que le Zaďre un officier supérieur dispose-t-il de moyens financiers suffisants pour acquérir, à titre personnel, un Challenger qui vaut la bagatelle de quinze millions de dollars ? Selon le mot d’un expert international, Mobutu était passé maître dans l’art de pratiquer la « politique du ventre ». Graver ses pseudo-partisans, c’était encore le meilleur moyen de les tenir en laisse et de s’assurer de leur indéfectible fidélité. Tant qu’il fermerait les yeux sur leurs innombrables exactions financières, ils ne le trahiraient pas.

A suivre…