La Voix des sans voix pour les droits de l’Homme (VSV) a appelé mercredi, à Kinshasa, à la protection d’un témoin dans le procès en appel des policiers poursuivis pour l’assassinat de son fondateur, Floribert Chebeya, il y a plus de cinq ans.

L’ONG demande dans un communiqué “aux autorités de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la vie et la sécurité de M. Kalala Kalao et des membres de sa famille avant, pendant et après sa déposition devant la Haute Cour militaire” de la République démocratique du Congo (RDC).

Kalala Kalao est l’ancien chauffeur du colonel Daniel Mukalay, numéro deux des services spéciaux de la police en 2010, condamné à mort en première instance après avoir été reconnu coupable d’avoir orchestré l’élimination de Chebeya.

Lundi, Kalala Kalao devait témoigner devant la Haute Cour militaire. La défense avait alors évoqué des raisons sécuritaires pour justifier son absence et les juges avaient indiqué qu’ils feraient en sorte qu’il puisse comparaître à l’audience de jeudi.

M. Kalao a reçu plusieurs appels téléphoniques […] le suppliant de ne rien dire de ce qu’il savait” sur l’assassinat de Chebeya, note la VSV, évoquant aussi des menaces de “représailles” contre lui et des membres de sa famille s’il venait à témoigner.

Floribert Chebeya a été assassiné en juin 2010 après avoir été convoqué au siège de l’inspection générale de la police pour y rencontrer le général John Numbi, alors chef de la police. Son chauffeur, Fidèle Bazana a disparu après l’avoir déposé et la justice a conclu qu’il avait lui aussi été assassiné. Son corps n’a jamais été retrouvé.

L’assassinat de Floribert Chebeya, qui au fil des années était devenu de plus en plus critique vis-à-vis du président Joseph Kabila, a suscité une forte émotion bien au-delà des frontières de la RDC, où celui-ci a eu droit à des funérailles nationales.

A l’issue d’une enquête dénoncée comme bâclée par les parties civiles, des organisations de défense des droits de l’Homme et plusieurs chancelleries occidentales, quatre policiers ont été condamnés à mort en 2011, un à la réclusion criminelle à perpétuité et trois autres ont été acquittés.

Le procès en appel de l’affaire a repris en avril après près de deux ans d’interruption.

La Haute Cour a alors décidé rapidement de suspendre les poursuites en appel contre trois des policiers condamnés à mort et aujourd’hui en fuite, ce que les familles des victimes ont dénoncé, elles qui attendent du procès qu’il fasse toute la lumière sur une affaire autour de laquelle subsistent de nombreuses zones d’ombre.