Conformément à la position traditionnelle de Washington sur une limite constitutionnelle à deux mandats, les Etats-Unis sont opposés à un éventuel troisième mandat du président rwandais Paul Kagame à l’issue de la présidentielle de 2017.

l s’agit de la prise de position la plus ferme de la diplomatie américaine à l’égard de l’allié rwandais, même si les relations se sont dégradées depuis 2012, et qui survient dans un contexte régional de très vives polémiques sur la durée du pouvoir de chefs d’Etat africains. “Nous sommes engagés à soutenir une transition pacifique et démocratique en 2017 vers l’élection d’un nouveau dirigeant par le peuple rwandais“, a indiqué un responsable du département d’Etat à l’AFP.

La Constitution rwandaise, adoptée en 2003, limite à deux le nombre de mandats présidentiels d’une durée de sept ans et interdit donc en l’état à M. Kagame, élu en 2003 et 2010, de se représenter une troisième fois. Or le Parlement doit débattre entre le 5 juin et le 4 août d’une éventuelle réforme de la Constitution pouvant lui permettre de se représenter en 2017, en réponse à une “demande populaire“, selon des responsables rwandais.

Une sécurité pour la démocratie

Les Etats-Unis pensent que la démocratie s’améliore avec des institutions fortes et non des hommes forts“, a plaidé le diplomate américain. “C’est pour cette raison (…) que nous ne sommes pas favorables à ce que des Constitutions soient amendées au bénéfice d’intérêts personnels ou politiques d’individus ou de partis“, a argumenté ce responsable du département d’Etat, spécialiste de la région.

Changer les constitutions pour supprimer les limites du nombre de mandats et favoriser ainsi les titulaires sortants contredit les principes démocratiques et réduit la confiance dans les institutions démocratiques“, a-t-il ajouté. Les responsables rwandais nient que le président Kagame soit derrière cette proposition de réformer la Constitution et expliquent qu’il s’agit de répondre à une demande de ses partisans. Mais des décisions similaires dans d’autres pays africains ont entraîné des violences.

Plusieurs précédents

En 2014, l’ancien président du Burkina Faso Blaise Compaore a été chassé du pouvoir après avoir tenté de s’y accrocher. Et le Burundi, voisin du Rwanda, est le théâtre depuis des semaines de manifestations sanglantes et d’une tentative de coup d’Etat après l’annonce, par le président Pierre Nkurunziza, qu’il briguait un troisième mandat. Le secrétaire d’Etat, John Kerry, s’est prononcé en personne contre un éventuel nouveau mandat du président burundais.

En République démocratique du Congo (RDC), Washington plaide depuis plus d’un an pour que le président Joseph Kabila respecte sa Constitution et ne se représente pas en 2016. “Il faut en finir avec l’ère des présidents à vie en Afrique et ailleurs“, a ainsi lancé jeudi à Kinshasa le secrétaire d’Etat adjoint chargé des droits de l’homme et à de la démocratie, Tom Malinowski.

Au Rwanda, Washington soutient depuis plus de vingt ans M. Kagame, 57 ans, ancien chef des rebelles tutsis dans la guerre civile qui s’est terminée à l’été 1994 par un génocide perpétré par les extrémistes hutus. Mais l’idylle entre les deux pays, qui avait commencée sous la présidence de Bill Clinton, a pris fin à l’été 2012 et la brouille s’est amplifiée depuis pour le rôle jugé “déstabilisateur” de Kigali et les violations des droits de l’homme dans l’Est de la RDC voisine.

Belga