Les jeux politiques en RD-Congo sont loin d’être faits ! La présidentielle de novembre 2016, élection phare car Joseph Kabila, le sortant, ne sera plus en lice, s’annonce de plus en plus indécise.

En cause notamment le mode de scrutin majoritaire à tour unique, un monstre politique pondu en 2010, qui ne correspond pas à un pays aussi vaste géographique que varié sociologiquement et idéologiquement. Comme pour ne pas arranger les choses voilà que le découpage territorial s’invite à la fête électorale avec le passage imminent de 11 provinces, très mal adminis-trées, à 26 provincettes dont on promet qu’elles vont rapprocher les administrés de l’administration. Dont acte ! Et que dire du calendrier électoral lui-même, très serré, à cause de 7 scrutins y prévus.

Il contient 23 contraintes dont la principale et budgétaire. C’est dans cette confusion politique que le sénateur Jean-Pierre Bemba vient de crier ne m’enterrait pas trop tôt ! Confortablement assis dans le trio de tête, la mouvance Kabiliste, les pro-Katumbi et les pro-Kamerhe, voient déjà leurs plans de succéder à Kabila
contrariés avec la perspective, très imminente, de la sortie du sénateur Jean-Pierre Bemba de sa cellule de la Haye. Signe avant-coureur la plupart des cad-res MLC ont le voyage de Bruxelles pour assister à l’audience de la CPI (Cour pénale internationale) du 15 mars.

A en croire, Me Aimé Kilolo, avocat du président du MLC, Bemba y sera élargi. Sur les antennes de TV5, le conseil de l’ancien vice-président de la République,
confiant, a même donné des gages sur l’attitude que le « Chairman » va adopter une fois dehors. Kilolo au cours de cette interview a parlé d’un Bemba qui prône le pardon et la réconciliation nationale. Il ne sera pas question d’avoir à faire à un seigneur de guerre ou à un homme revanchard. Il faudra quand même beaucoup
d’énergies morales pour que Bemba passe l’éponge sur ses bourreaux congolais qui l’ont mis à l’ombre 7 durant pour des crimes commis hors du territoire national et qui plus est pas par lui. La violence de ce drame a emporté Bemba père (Jeannot Bemba Saolona).

Faut croire en tous cas que Kilolo dit vrai sur les bons sentiments qui animeraient Bemba fils. Mais une chose est certaine la sortie de Bemba s’il est advenait comme prévue le 15 mars, elle rabattrait les cartes politiques en RD-Congo dont la fièvre électorale gagne peu à peu les états-majors politiques. Le premier à se faire du souci est bien entendu Joseph Kabila, son bourreau politique et judiciaire. Déjà qu’il a du mal à se trouver un dauphin, Joseph Kabila avec l’élargissement de Bemba aura des difficultés politiques supplémentaires.

Bemba ne sera certes pas revanchard, si l’on croit Kilolo, mais il en demeure pas moins que le patron du MLC sera un adversaire politique farouche et implacable pour la Majorité présidentielle et son autorité morale. Dans cette guerre politique annoncée, Bemba va s’attirer facilement la sympathie des rd-congolais qui le perçoit comme une victime de la machination politique made in Kabilie. Son fort ancrage à l’Ouest de la RD-Congo va compliquer les calculs de la Majorité présidentielle.

Bemba peut canaliser facilement l’électorat de l’UDPS, de plus en plus désemparé par un parti miné par des crises intestines in-terminables. Il l’avait déjà fait lors de la présidentielle de 2006 avec le boy-cott d’Etienne Tshisekedi. Si la Majorité se mord déjà les doigts dans la perspective de l’élargissement de Bemba, il n’y a pas de quoi pavoiser non plus pour les états-majors de deux favoris à la présidentielle de 2016 que sont Katumbi et Kamerhe. Le gouverneur du Katanga et l’ancien président de l’Assemblée nationale auront aussi du souci à se faire pour s’imposer dans le fief bembiste : notamment à l’Equateur. L’opposition qui est traversée par plusieurs courants, convoités par les uns et les autres, ces courants peuvent se rallier facilement à Bemba qui a déjà fédérer autour de lui en 2006 une large coalition anti-Kabila. Bemba a donc l’expérience du rassemblement.

Bemba va gêner tout le monde car il a aussi des atouts à l’est de la République. Les généraux que sa milice ALC fondu dans les FARDC a donné à la nation les plus valeureux officiers militaires reconnus pour leur haut faits d’armes à l’est. Le général Baguma d’heureuse mémoire, tombeur du M23, notamment. Bemba avait une bonne réputation à l’est. Elle fut gâchée avec les accusations de cannibalisme, sorties à la veille de la présidentielle de 2006 par le RCD-KML quand Mbusa après avoir été défait par le MLC rejoignit Kinshasa.

Histoire montée de toutes pièces et à laquelle la communauté internationale avait prêté foi avait fini par ruiner la crédibilité de Bemba en province orientale où on l’accusait de « manger des pygmées ». Comme une trainée de poudre la propagande se répandit dans tout l’est. Bemba y fut battu à plate couture par Joseph Kabila. Mais sur les 11 provinces que comptent la RD-Congo, Bemba fut vainqueur dans 6. Tous les fiefs de l’Opposition lui étaient acquis (Kinshasa, Equateur, Bandundu, les deux Kasaï et le Bas-Congo).

Bemba a donc des atouts certains pour compliquer la donne politique. Le popu-laire gouverneur du Katanga Moïse Katumbi, candidat non déclaré, aura donc fort à faire. Kamerhe aussi, l’enfant terrible du Kivu, dont le leadership s’est incontestablement et considérablement élargi notamment à Kinshasa, devra batailler dur pour conserver son nouveau leadership dans la capitale. Si la sortie de Bemba se confirmait on assisterait alors à un combat politique homérique dont le gagnant ne sera pas forcément le plus populaire mais c’est lui qui fera preuve d’une capacité exceptionnelle à rassembler et à fédérer autour de lui. Faut-il encore le rappeler, il n’y a pas de deux tours pour que les forces politiques en présence se talonnent au premier tour avant de s’ajuster pour le second tourde la présidentielle. Quel monstre ! Cette révision constitutionnelle de 2011.

PAUL MULAND