C’est l’un des secrets les mieux gardés aujourd’hui en RDC. Vendredi 27 février dernier, le Président Joseph Kabila et Moïse Katumbi se sont vus longuement en tête à tête. Rien n’a filtré depuis de cet entretien… ou presque.

La rencontre entre les deux hommes, loin d’avoir été prévue et préparée, a en réalité été, dans une large mesure, improvisée.

Depuis le mardi 24 février, le Gouverneur du Katanga est à Kinshasa. Il est venu participer à une réunion organisée par la Banque Mondiale sur un grand projet d’adduction d’eau concernant sa province. Profitant de sa présence dans la capitale, Evariste Boshab, le ministre de l’Intérieur, considéré comme l’un des “faucons” du régime, convoque, le lendemain dans son bureau, “l’homme le plus populaire du Katanga”. Sur les images diffusées à la télévision, avant et après l’entretien, Moïse Katumbi semble souriant et détendu. Enfoncé dans son siège, le ministre, visiblement crispé, apparaît, lui, moins à son aise. Au final, la conversation entre le Gouverneur de la province la plus riche du pays et son ministre de tutelle se déroulera sur un registre très institutionnel. La situation sécuritaire qui prévaut dans la province cuprifère, troublée par le phénomène des “Bakata Katanga”, accaparera l’essentiel de la discussion.

48 heures plus tard, c’est au tour de Joseph Kabila de “convoquer” Moïse Katumbi pour un entretien d’explication. L’entrevue a donc bien lieu à l’initiative du Président, contrairement à ce que certains se sont empressés d’annoncer sur Twitter. Elle durera, au final, une bonne heure et demie. Cela faisait plusieurs mois, en effet, que les deux hommes ne s’étaient pas entretenus en tête à tête.

Au sortir du rendez-vous, les deux camps font preuve d’un mutisme sans faille. Mais, dans les heures qui suivent, les langues se délient du côté de la Présidence où l’on semble faire la soupe à la grimace. Visiblement, la teneur de la discussion n’a pas été totalement conforme aux attentes du clan présidentiel. Selon une confidence d’un des conseillers du chef de l’État, Moïse Katumbi se serait montré inflexible en ce qui concerne le respect tant de la Constitution (qui interdit à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat) que des délais dans lesquels les élections doivent être organisées. Au grand dam du Chef de l’État.

Il fallait sans doute s’y attendre. Il y a tout juste une semaine, Moïse Katumbi, dans un entretien à La Libre Belgique, avait affirmé : « Ce qui est fondamental à mes yeux, c’est que tout le monde respecte la Constitution ». Un message qu’il a visiblement rappelé, au mot près et sans sourciller, une semaine plus tard au chef de l’État.