Des doutes sur la volonté de Kinshasa d’attaquer les rebelles rwandais du FDLR

Le chef de la Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (Monusco), Martin Kobler, s’est réjouit mercredi que Kinshasa ait donné son « feu vert » pour attaquer les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), dont des chefs sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda – qui fit 800 000 morts selon l’ONU – avant de se réfugier dans l’est congolais. « Je suis convaincu [que] maintenant, on a la volonté politique » de mener une offensive, a-t-il souligné.

Alors bientôt la fin des rebelles hutus rwandais ? Un diplomate occidental en doute. « C’est de la gesticulation pour calmer la communauté internationale, et en particulier les Etats-Unis. Le gouvernement subit de fortes pressions pour attaquer les FLDR mais sur le terrain, on ne s’attend à rien. Pas d’accrochage ou de combats significatifs. En revanche, on peut s’attendre à des redditions monnayées pour faire apparaître les FARDC (arméecongolaise) comme victorieuses. »

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Fidel Bafilemba, chercheur pour l’ONG américaine Enough Project, qui lutte contre les crimes contre l’humanité et le génocide, prédit des « attaques de façade ». « Je doute que quiconque soit intéressé à mettre fin à la présence des FDLR, qui sont un véritable fonds de commerce pour tout le mondeimpliqué dans cette crise », dit-il, accusant notamment la RDC et le Rwanda d’instrumentaliser les FDLR pour leurs intérêts.

Kinshasa a souvent affirmé que le Rwanda prenait pour prétexte les FDLR pour entrer en RDC mais, en 2013 notamment, « certaines unités des FDLR ont cohabité et/ou collaboré avec des troupes des FARDC », souligne un rapport d’experts de l’ONU. Une proximité qui, selon certains, laisse àpenser que les FDLR ont des taupes au sein de l’armée qui les préviendront en cas d’attaque.

Des « réserves » sur les opérations annoncées

La décision de traquer les FDLR a été annoncée le 29 janvier, après l’échec d’un processus de reddition initié par les rebelles, qui seraient entre 1 500 et 2 000 combattants, surtout disséminés dans les provinces des Nord et Sud Kivu, où ils commettent de graves exactions contre les civils (meurtres, viols, enrôlement d’enfants, pillages…) tout en se livrant à de très lucratifs trafics d’or et de charbon de bois.

La Mission de l’ONU (Monusco) a officiellement apporté son soutien « tant sur le plan opérationnel que logistique » à l’offensive. Mais en coulisses, elle émet des « réserves », indique un haut responsable de l’ONU. « Nous souhaitons que les troupes de la Monusco puissent intervenir en appui… à condition que les conditions soient réunies. C’est-à-dire que les objectifs tactiques soient clairs », précise-t-il.

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Les FDLR, qui comptent désormais un grand nombre de Congolais, sont mêlées aux civils dans des régions parfois enclavées. Difficile de les attaquer sans faire des dommages collatéraux. Mais « seuls les combattants seront visés dans ces opérations »et « nous ne ménagerons aucun effort pour protéger les populations civiles », insiste dans un communiqué Martin Kobler.

Sur Twitter, le mouvement de jeunes Lutte pour le changement (Lucha), basé à Goma (est), souligne que pour résoudre « durablement la problématique » des FDLR, il « faut presser le Rwanda d’ouvrir son espacepolitique et régler son passif de « réconciliation » ». Les FDLR plaident pour l’ouverture d’un dialogue dans leur pays mais Kigali, dirigée depuis 1994 par Paul Kagame, qui mit fin au génocide, refuse d’en entendre parler.

Habibou BangréKinshasa, République démocratique du Congo

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