Après les émeutes sanglantes de Kinshasa, qui ont démontré que les rapports de force politiques sont largement en faveur de l’Opposition, à la Majorité présidentielle, pris de court par ces événements, l’heure est à la recherche de la parade. Et la Majorité présidentielle (MP), comme en désespoir de cause, a sorti la grande artillerie politique. A la manoeuvre, Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale et Secrétaire général de la Majorité.

Le patron de la Majorité est allé à Paris pour assister à la réunion des parlementaires francophones. Sur le chemin de Paris, Minaku a fait un crochet par Bruxelles pour y rencontrer les proches d’Etienne Tshisekedi, président l’UDPS, qui passe pour le moment comme le seul dans l’Opposition à être le plus disposé à composer avec le Pouvoir. Droit au but, Minaku a proposé un deal politique inédit aux proches de Tshisekedi : la primature et la moitié des membres du gouvernement à former. Contre quoi l’UDPS s’engagerait à soutenir la candidature que présentera la MP en 2016. Cette candidature serait celle d’une personnalité que la MP choisirait à sa discrétion. Ce deal alléchant type accord AMP-Palu de 2006, a été rejeté par les proches de Tshisekedi que le président de l’Assemblée a rencontrés dans la capitale belge.

Le refus était tellement catégorique et ferme que Minaku a laissé entendre à ses interlocuteurs que la Majorité présidentielle était prête à faire encore plus de concessions. Lesquelles ? Minaku, comme gardant une autre carte à abattre dans les négociations, ne l’a pas révélé aux proches de l’Opposant historique. Minaku aurait bien voulu rencontré Tshisekedi personnellement, mais cela n’a pas été possible. L’offre de Minaku a trouvé un certain écho dans certaines sphères de l’UDPS qui continue à prôner le dialogue. Kabila clamant toujours que sa disposition au dialogue est intacte avec sa politique de la main tendue.

La balle est désormais dans le camp de l’UDPS. A ce propos, Félix Tshisekedi et Maman Marthe, respectivement fils et épouse du sphinx de Limete, font l’objet des pressions amicales de la part du pouvoir pour amener le patron de l’UDPS à conclure une alliance politique avec Joseph Kabila. Les ténors de la Majorité n’existent pas à lâcher çà et là que Félix Tshisekedi pourrait bien occuper la primature si l’accord est conclu et la conserver après 2016. Message auquel sa maman est sensible. Faut dire que la MP n’y est pas allé de main morte. De quoi à donner des insomnies à un parti qui se fait toujours coiffer au poteau lorsqu’il s’agit d’exercer le pouvoir. Pour l’heure, aucun accord formel entre la MP et l’UDPS. On s’en tient au refus catégorique des proches de Tshisekedi.

Mais les négociations continuent car la Majorité présidentielle est prête à faire des concessions importantes pour ne pas laisser échapper le pouvoir qui lui file inexorablement entre les mains. La MP fragilisée par les départs de ses ténors, le populaire gouvernement du Katanga Moise Katumbi notamment, passe à son tour à l’offensive en tentant de déstabiliser l’Opposition unifiée et ragaillardie par le succès politique des émeutes de Kinshasa.

La MP joue donc le tout pour le tout. Son avantage c’est d’avoir encore l’impérium que l’UDPS cherche désespérément depuis 2011. Une partie de cet impérium semble maintenant se diriger vers l’UDPS avec l’offre de Minaku. Que fera donc l’UDPS ? Encore une fois ce parti phare de l’Opposition est à la croisée des chemins. Son choix déterminera l’avenir politique de Joseph Kabila et de la Majorité présidentielle et même au-delà de la RD-Congo. L’heure de grandes manoeuvres politiques a donc commencé surtout que les membres du Pouvoir qualifient déjà Kengo de « pas fiable » comme partenaire politique.

PAUL MULAND
C-NEWS