Joseph Kabila, début du compte à rebours

L’année 2015 s’annonce décisive pour la RDC qui se trouve à la croisée des chemins, à une année jour pour jour de la fin du mandat constitutionnel du locataire du Palais de la Nation à Kinshasa. Le peuple Congolais, durant cette période, compte rester vigilant pour veiller contre au respect scrupuleux de la Constitution de 2006.

Les violences, qui avaient embrasé une bonne partie du pays ces derniers jours, se sont apaisées hier mercredi à Kinshasa, au terme d’une troisième journée d’émeutes contre un éventuel maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, durant lesquelles au moins 11 personnes ont été tuées et plus de 300 arrêtées dans la capitale congolaise, dont un opposant politique.

Signe d’un retour au calme, le Premier ministre Augustin Matata Ponyo s’est rendu dans l’après-midi au campus de l’université de Kinshasa, où de nombreux affrontements ont opposé étudiants et forces de l’ordre ces derniers jours faisant de nombreux dégâts.

Dans la matinée, un poste mobile de police y avait été détruit par un groupe de jeunes scandant des slogans hostiles au chef de la police de Kinshasa, le général Célestin Kanyama, et au président Kabila.

«Onze personnes dont un policier et dix pillards ont été tués (depuis lundi) dans les troubles», a déclaré mercredi le porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende aux médias. Un bilan qui atteint 28 morts, selon une organisation congolaise de défense des droits de l’Homme…

Ce climat délétère et tendu que connaît Kinshasa depuis le lundi 19 janvier a conduit l’église catholique à réagir face à cette spirale de violences. L’archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo, a appelé les autorités congolaises à ne pas «tuer» leurs concitoyens.

«Nous (…) lançons vivement cet appel: arrêtez de tuer votre peuple», écrit l’archevêque dans un communiqué qui nous est parvenu. «Certains hommes politiques, avec les forces de l’ordre, sèment la désolation et créent l’insécurité générale», accuse le prélat.

L’archevêque Monsengwo a condamné dans le même communiqué le projet de révision de la Loi électorale, point de départ des émeutes. «Nous désapprouvons et condamnons toute révision de la Loi électorale» qui prolongerait «illégalement les échéances électorales de 2016», a assuré le cardinal congolais.

Les causes de la contestation
Kinshasa qui s’apprêtait à recevoir le président Do Santos dans la matinée de lundi 19 janvier a été plongée dans des scènes de violences qui ont occasionné des pertes en vies humaines et matérielles.

Les émeutes ont débuté dans la matinée du lundi 19 janvier pour protester contre l’examen par le Parlement d’une nouvelle Loi électorale controversée, qui pourrait entraîner un report de l’élection présidentielle et permettre ainsi au président Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du terme de son mandat en 2016. Ce que les adeptes de la politique qualifient de glissement, c’est le nouveau vocable politique en vogue à Kinshasa. Le peuple dit non au glissement, c’est-à-dire laisser le président Kabila aller au-delà de son mandat.

Des émeutiers ont incendié mardi une mairie à Kinshasa, et de nombreux pillages ont eu lieu. «343 pillards vont être présentés à la justice. Ils ont été arrêtés sur le terrain en flagrant délit», selon le porte-parole du gouvernement.

A Goma, la capitale de l’est de l’immense pays, la police a dispersé mercredi à coups de gaz lacrymogènes une centaine d’étudiants qui avaient dressé une barricade sur la route.

Internet était toujours coupé mercredi, les services 3G et les SMS indisponibles, et la plupart des écoles de Kinshasa étaient fermées. Il était également impossible de capter la radio française RFI ainsi que la station catholique Elikya réputée hostile au régime Kabila.

Immense pays frontalier de neuf autres, la République démocratique du Congo est l’un des plus pauvres du monde. L’ex-Zaïre a été ravagé par deux guerres entre 1996 et 2003 après trois décennies de dictature de Mobutu Sese Seko et de pillage généralisé des richesses nationales.

(La suite à lire dans le prochain numéro 308 à paraître le 29 janvier)

PAR RODRIGUE FÉNELON MASSALA, GRAND REPORTER, ENVOYÉ SPÉCIAL À KINSHASA

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