Témoignages et images d’une journée meurtrière en RDC

De violents affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont éclaté dans plusieurs villes de RD Congo lundi, moins de 48 heures après l’adoption du projet de loi électorale à l’Assemblée nationale. Voici les témoignages à chaud et les images de nos Observateurs sur place.

Plusieurs partis de l’opposition avaient appelé la population à se rassembler lundi 19 janvier, afin de s’opposer à ce texte législatif qui pourrait, selon eux, permettre au président Joseph Kabila de prolonger son mandat au-delà de 2016. Des violences ont éclaté à Kinshasa et à Goma, mais aucun bilan des morts n’a pour l’instant été officiellement établi.

Photo de Felix Kabena, prise ce matin dans la commune de Matete, à Kinshasa.

KINSHASA : « Les policiers ont tiré à balles réelles »

Felix Kabena est informaticien et membre du club des auditeurs de RFI à Kinshasa. Il était présent ce matin à Matete, une commune de Kinshasa où des heurts ont éclaté.

Les partis de l’opposition avaient appelé la population à occuper le Parlement aujourd’hui. Mais la police a investi la plupart des espaces publics tôt ce matin pour empêcher tout rassemblement. Aucune manifestation n’a donc été possible.

Des manifestants brûlent des pneus, ce matin, dans la commune de Matete, à Kinshasa. Vidéo prise par Felix Kabena.

Ça a néanmoins commencé à chauffer vers 8h. Des gens ont brûlé des pneus et mis en place des barrages dans plusieurs rues de la commune Matete. Ensuite, des habitants s’en sont pris aux chauffeurs de bus et de taxis, car il n’y avait pas de transports en commun ce matin.

La police est intervenue et je les ai vus utiliser des armes à feu et tirer à balles réelles. Ceux qui tiraient portaient des gilets pare-balles et des casques, on les appelle ici les « robocops ». Mais je n’ai pas vu de policiers « classiques » tirer. Des manifestants répliquaient en jetant des pierres en direction de la police.

Des magasins ont également été pillés et saccagés par la population. J’ai vu un homme blessé, mais je ne peux pas affirmer avec certitude qu’il ait été blessé par balles.

Vidéo prise ce matin, dans la commune de Matete, à Kinshasa, par Felix Kabena.

Du côté de l’Université de Kinshasa (UNIKIN), ça a également chauffé. Un bus aurait été brûlé là-bas, mais je ne me suis pas rendu sur place. Des hélicoptères militaires ont survolé la ville toute la matinée.

Désormais, en fin de journée, c’est plus calme, mais il y a beaucoup de policiers dans les rues.

Vidéo tournée par Fatim Kaba à Kinshasa, dans la commune de Kasa-Vubu, dans le quartier Lodja, au croisement de la rue Popokabaka et de l’avenue Éthiopie, le 19 janvier 2015. Dans cette vidéo, on entend des tirs résonner au loin.

GOMA : « Je n’ai pas vu de policiers tirer »

Gaïus Kowene est un journaliste vivant à Goma.

La manifestation devait se tenir aujourd’hui, mais le maire de Goma l’a interdite il y a quelques jours. Les partis de l’opposition avaient donc appelé les gens à ne pas sortir et à manifester leur mécontentement en faisant du bruit chez eux, avec des casseroles et des sifflets, à 12h.

Mais vers 9h, les élèves de certaines écoles ont commencé à faire du bruit dans plusieurs endroits de la ville et à jeter des pierres un peu partout. Ils ont été rejoints par des enfants des rues. La police est alors venue pour les disperser. Les jeunes jetaient des pierres en direction des policiers, quand ceux-ci se trouvaient assez loin. Mais ils fuyaient dès que ces derniers se rapprochaient. À l’endroit où j’étais, près du rond-point Instigo, les policiers n’ont pas tiré ni utilisé de gaz lacrymogène.

Photo prise par Gaïus Kowene, à Goma, dans la matinée.

Deux agents de la Monusco ont été blessés, mais je ne sais pas comment exactement. Leur véhicule a été pris à partie par des manifestants. Il y a aussi des manifestants blessés, mais nous n’avons pas de chiffre fiable pour l’instant.

Des responsables de partis d’opposition ont été arrêtés ce matin à Goma, tandis que d’autres sonr restés cachés. Certains ont demandé à la Monusco d’intervenir pour les aider. Dans la matinée, des policiers ont aussi interpellé le journaliste Guylain Balume et lui ont pris son appareil-photo. Mais je crois qu’il a pu récupérer son matériel un peu plus tard.

Des gens ont manifesté jusqu’à 16h environ dans les quartiers Birere et Himbi, vers l’entrée Président, puis ça s’est calmé.

Lambert Mendé, porte parole du gouvernement, confirme que l’ordre avait été donné aux policiers de bloquer les accès au Parlement, à Kinshasa, lundi matin. Il indique qu’ils avaient pour consigne d’utiliser des armes non létales contre les manifestants, tout en précisant que les forces de l’ordre sont habilitées à faire feu si elles sont attaquées, pour se défendre. Il indique par ailleurs que deux policiers ont été tués à Kinshasa lors des affrontements.

En fin d’après-midi, Vital Kamerhe, le président de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), l’un des principaux partis d’opposition, a annoncé un bilan provisoire de 13 manifestants tués. Lambert Mendé a refusé de commenter ces chiffres, précisant attendre le rapport des forces de l’ordre dans la soirée pour s’exprimer de manière officielle.

Jeune grièvement blessé à Kinshasa. Photo publiée sur Twitter par @JacquesKini.

Le projet de révision de la loi électorale avait été voté par les députés réunis en séance plénière samedi soir, après plus de dix heures de débats. Sans surprise, le texte avait été approuvé à la majorité des voix (337 voix pour, 8 contre, 24 abstentions), sans amendement. De nombreux députés de l’opposition avaient toutefois boycotté la séance, organisée un jour férié et dans un Parlement bouclé par des dizaines de policiers.

Selon l’article 8 de ce texte – le plus controversé – les… lire la suite ici

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