Empêcher à tout prix le parlement de voter des lois susceptibles d’ouvrir la voie d’un troisième mandat à Joseph Kabila. L’exemple burkinabé a inspiré l’opposition congolaise, mais les réalités dans les deux pays ne sont pas les mêmes.

Le désir de l’actuel président de la République Démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, de briguer un troisième mandat après quasiment 15 ans de pouvoir, est un secret de polichinelle. Les députés de sa mouvance sont actuellement à pied d’œuvre à l’Assemblée nationale pour réformer la loi électorale. Le principal amendement qu’ils veulent introduire, est de lier la tenue des élections législatives et présidentielles de 2016 aux résultats d’un recensement de la population.

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Lors du XIVe sommet de la Francophonie à Kinshasa le 13 octobre 2012, le président Hollande a clairement dit à son homologue congolais, de respecter la Constitution de son pays

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L’opposition y a vite décelé un gros piège, car la RDC est un véritable pays-continent qui est cinq fois plus grand que la France. Pour compter ses quelque 67,5 millions d’habitants (chiffre de 2013), il faudra deux à trois années. Or le mandat de Kabila arrivera à échéance en 2016. Il trouvera donc une raison valable pour continuer de diriger le pays.

Une autre proposition vise à doubler le montant de la caution déposée par les candidats pour briguer les différents postes. Désormais, celui de la présidentielle pourrait passer de 55.000 dollars à 110.000 dollars (27,5 millions de Fcfa à 55 millions de Fcfa). Si un tel montant est fixé, les opposants qui peinent déjà à trouver des financements pour le fonctionnement de leurs partis, risquent de jeter l’éponge. Autre modification qui pourrait être suggérée par les députés proches du pouvoir, c’est celle liée à la nationalité des candidats. L’amendement pourrait imposer à tout candidat à la magistrature suprême d’être Congolais de père et de mère. Certaines grandes figures de l’opposition pourraient ainsi être frappées d’exclusion. C’est le cas, entre autres de Moïse Katumbi, l’actuel gouverneur de la riche province du Katanga, qui a une double nationalité congolaise et belge.

Le projet de loi électorale présenté le lundi 12 janvier dernier en plénière à la représentation nationale, a suscité un débat très houleux.

Difficile d’appliquer le scénario burkinabé

Les élus de l’opposition ont tout fait pour perturber la séance. A l’intérieur comme à l’extérieur, l’objectif était d’empêcher les travaux de se dérouler. Mais la police a chargé sans ménagement les militants de l’opposition, qui n’étaient que quelques centaines à manifester. L’une des faiblesses de cette opposition congolaise, c’est son extrême division et l’absence d’un leader charismatique.

Depuis l’éclipse de la scène politique d’Etienne Tshisékédi, malade et hospitalisé en Belgique, l’opposition congolaise est quasiment une armée sans commandant. Contrairement au Burkina où la société civile est très influente, avec des mouvements puissants comme le ”Balai citoyen” capables de faire sortir tout un peuple dans la rue, la RDC ne peut compter que sur ses opposants, mais que Kabila arrive à appâter avec l’argent ou des postes politiques.

L’Association africaine des droits de l’Homme (Asadho) qui est venue prêter main forte à cette opposition, a appelé les députés proches du pouvoir, à se désolidariser de leurs collègues qui œuvrent pour un troisième mandat du chef de l’État. L’opposition pourrait aussi compter sur les pressions extérieures, notamment celles de la France et des Etats-Unis. Ces deux puissances ont déjà conseillé à Joseph Kabila de ne pas se représenter après son deuxième mandat qui s’achève l’année prochaine. Mais apparemment, l’homme fort de Kinshasa s’est bouché les oreilles, comme l’a fait jusqu’à sa chute, son ex-homologue burkinabé Blaise Compaoré.