Le Premier ministre Augustin Matata Ponyo a achevé mardi 13 janvier sa mission de travail de 48 heures dans la province du Katanga…sur instruction de Joseph Kabila . But : faire remplacer «sans délais» tous les responsables des régies financières de cette région. En toile de fond, il y a le bras de fer entre le « raïs » et le gouverneur Moïse Katumbi Chapwe.

Il est assez surprenant que le chef du gouvernement congolais soit réduit à un rôle de haut fonctionnaire alors que c’est à lui et au gouvernement que revient la prérogative de conduire la politique de la nation. Il est également assez surprenant que Joseph Kabila , politiquement irresponsable, pose ainsi des actes de gestion alors qu’il ne rend aucun compte à la représentation nationale. Le « raïs » semble ignorer que c’est lui l’incarnation du « mal » qu’il fustige.

Analyse

Dans une déclaration faite à la presse, le « Premier » Augustin Matata Ponyo a déclaré qu’il venait d’effectuer cette visite « sur instruction du Président de la République ». Et ce dans le cadre de la « supervision » de l’ensemble des activités économiques afin de « redresser la situation de la fiscalité, après un constat de plusieurs cas de fraude, de détournement des deniers publics et de contrebande ».

Réputé obséquieux, Matata a souligné, sans rire, que « le chef de l’Etat tient à l’amélioration des conditions de vie de la population katangaise qui doit jouir des ressources minières de sa province ». Il a, par ailleurs, affirmé sa « ferme volonté de travailler pour la croissance de l’économie congolaise et d’assurer le suivi du fonctionnement de tous les services générateurs de recettes, question de donner à l’Etat les moyens de sa politique ». Le bla-bla habituel.

Le « Premier » a, par ailleurs, annoncé des « mesures d’urgence » que le gouvernement envisage de prendre « pour mettre fin à la fraude douanière et fiscale et autres anti valeurs » constatées au poste frontière de Kasumbalesa.

Lors d’une visite à ce poste, Augustin Matata dit avoir observé les chemins détournés dits « Bilanga » à travers lesquels certains contrebandiers feraient traverser frauduleusement sur bicyclette et par porteurs, des marchandises importées pour échapper à la Douane.

Bras de fer Kabila-Katumbi

« Ce qui se fait sans le temps ne résiste pas au temps », dit la sagesse populaire. Depuis « l’accueil triomphal » réservé à Moïse Katumbi, le 23 décembre, après son retour au pays, le « clan kabiliste » est dans tous ses états. Le « raïs » donne l’impression d’avoir pété un plomb. Pire, la parabole sur le « troisième penalty injuste » lancée par le président du TP Mazembe a été accueillie comme une « déclaration de guerre ».

Aussi, plusieurs mesures ont-elles été prises, sans la moindre étude préalable ou débat, plus pour « neutraliser » un adversaire nommé Katumbi que pour renforcer l’efficacité des services publics.

Le vote précipité de la loi relatif au découpage territorial en est une. Aux termes de ce texte, l’actuelle province du Katanga sera démembrée en quatre entités. Des députés nationaux, natifs de l’ex-Shaba, élèvent déjà des voix pour s’opposer au rattachement de Kolwezi à la province du Lualaba. Ce n’est pas tout.

Depuis le 5 janvier, Joseph Kabila  est occupé à « épurer » toutes les directions ou divisions provinciales des grands corps de l’Etat dans cette province. Accusés d’avoir « failli » lors de l’arrivée de « Moïse », les responsables de l’ANR (Sûreté), de la DGM (Immigration), de l’ex-Demiap (Renseignements militaires), de la police et de la garde présidentielle ont été relevés de leurs fonctions.

Il ne restait plus qu’à étendre ces actions à la tête des régies financières. C’est le sens de la mission que vient d’effectuer au Katanga le Premier ministre Matata. Il était accompagné du ministre des Finances, Henry Yav Muland. Sur instruction de celui-ci, le directeur général de la DGDA (Douane) a été invité à procéder à un vrai « chambardement » dans les structures de la DGDA au Katanga.

Homme sans foi ni loi, Joseph Kabila  confond ses intérêts particuliers et l’intérêt général.

Le monologue de la ferme Kashamata

Lors de son soliloque devant des notables du Katanga, dans sa ferme de Kashamata, Joseph Kabila  n’avait pas manqué de surprendre l’assistance lorsqu’il déclara que « le Katanga est la province la mieux servie en termes d’investissements surtout dans le secteur minier ». Le « raïs » avait omis d’ajouter que tous les contrats miniers sont signés non pas au Katanga mais à la Présidence de la République à Kinshasa. C’est le cas notamment de fameux « contrats chinois ».

Au lieu de s’arrêter là, Joseph Kabila , qui semble souffrir manifestement d’un dédoublement de personnalité, s’est mis à déplorer « l’état de pauvreté » de la population de l’ex-Shaba. Et dire que l’homme aura à commémorer, le 26 janvier prochain, le quatorzième anniversaire de sa présence à la tête de l’Etat.

Il n’a pas oser pousser sa logique jusqu’au bout en évoquant la mainmise de sa fratrie sur les ressources minières de l’ex-Shaba. Il en est de même de son homme d’affaires et prête-nom Dan Gertler. Dieu seul sait combien de fois le « raïs » et « Dan » ont pillé les parts de la Gécamines dans divers joints venture. A titre d’illustration, le tout-Katanga-minier parle ainsi de la mine de « Deziwa », appelée également Kulumaziba, que « Jaynet » aurait arraché à un groupe australien pour « l’attribuer » à un sujet libanais nommé Aza. En fait, les Australiens ont été sommés de « vendre » leurs parts. Montant : 187 millions $ US. Jaynet aurait perçu une « commission » évaluée à 15%.

Dans une lettre n°SR/001/2014 datée du 13 janvier 2014 adressée à Joseph Kabila  ainsi qu’au Premier ministre Augustin Matata Ponyo, des syndicalistes de la Gécamines dénoncent le « pillage systématique » des ressources minières de cette société au niveau de la mine de Lupoto, en territoire de Kipushi (groupement Inakiluba). « Nous constatons depuis un certain temps, écrivaient-ils, l’invasion de cette concession de la Gécamines par des milliers de personnes encadrées par des hommes en uniforme empêchant ainsi l’entreprise Gécamines de mettre en exécution son plan de redressement ». « Nous sollicitons votre implication personnelle pour chasser du lieu les pilleurs de nos ressources minières ». Réponse : silence.

Joseph Kabila  l’incarnation du « mal katangais »

Dans un rapport établi, début février 2014, les services de sécurité au Katanga ont attiré l’attention de « la hiérarchie » sur cette situation dramatique au plan humanitaire. Ces « services » ont cependant laissé sous silence un « détail » : l’implication d’un membre de la « famille présidentielle » dans cette tragédie. Il s’agit d’un certain Bakari Juma, de nationalité tanzanienne. Il serait l’époux de « Sissi », une des sœurs du « raïs ». « Ce couple a l’habitude d’utiliser des éléments de la garde républicaine pour assurer la sécurité de leurs affaires privées », dit-on.

Mère putative du chef de l’Etat, Mama Sifa Mahanya est suspectée de « faire des affaires » au poste frontière de Kasumbalesa. Des sources bien informées assurent que la « veuve » de Mzee ferait dédouaner, en son nom, diverses marchandises en provenance d’Afrique du Sud et de la Tanzanie. Les propriétaires de ces biens lui verseraient une commission. Les noms de Sifa Mahanya et de « Zoé » ont, par ailleures, été cités lors de l’incendie qui eut lieu au poste frontière de Kasumbalesa.

Question : Joseph Kabila  peut-il expliquer pourquoi, depuis le 5 février 2007, le même homme trône à la tête du ministère des Mines à Kinshasa? Il s’agit de Martin Kabwelulu Labilo. Compétence? Allons donc!

Les missions effectuées par le « Premier » Matata Ponyo et le ministre des Finances Henry Yav Muland relèvent de la « pure distraction », comme disent les Kinois. Joseph Kabila  constitue, en réalité, l’incarnation du « mal » dont il fait semblant de combattre au Katanga…

Baudouin Amba Wetshi (avec ACP)
© Congoindépendant 2003-2015