MAI 1997 – Les américains à Mobutu: «Le peuple pourrait traîner votre cadavre dans les rues de Kinshasa…»

Alors que Laurent-Désiré Kabila est aux portes de Kinshasa, Mobutu Sese seko s’enfuit vers Gbadolite, puis vers le Togo et le Maroc. Le 16 mai 1997 marque le début de la fin du Léopard, qui mourra moins de quatre mois plus tard. Cette semaine, la rédaction de Direct.cd lance une série d’articles sur les derniers jours du Marechal Mobutu et son héritage en République démocratique du Congo. 

La maladie de Mobutu et la lutte des clans mobutistes aidant, l’agonie du régime se prolonge à Kinshasa. La victoire militaire de Kabila devient certaine, mais Américains et Sud-Africains jouent le tout pour le tout afin d’éviter cette issue. Mbeki dit le 23 avril à N’Gbanda: «La fin de la guerre n’est plus qu’une question de jours. Mais notre effort est de la stopper pour trouver une solution digne et paisible pour tous».

Agissant pour le compte des Américains, Mbeki pense qu’il peut encore empêcher la victoire totale du mouvement nationaliste congolais et sauver les positions des mobutistes et tshisekedistes à la tête de l’Etat…

Le 26 avril, une délégation américaine de choc arrive à Kinshasa. Composée de Bill Richardson, l’ambassadeur des E.U. à l’ONU et envoyé personnel de Clinton, de monsieur Skotzko, directeur du Africa Desk de la CIA, de Marc Baaf, directeur Afrique au Département d’Etat et de Shawn Mc Colnick, chargé des Affaires africaines au Conseil National de Sécurité, homme du Pentagone. «C’est trop pour un simple message», dit N’Gbanda. «Il ne s’agit pas d’un simple message», réplique sèchement Richardson, «mais d’une dernière mise en garde».

S’adressant directement à Mobutu, Richardson dit: «Il est temps que vous vous retirez de la scène politique. Nous vous garantissons votre sécurité, celle de votre famille et de vos proches, nous veillerons à ce que votre famille politique et vos proches collaborateurs continuent leur activité politique dans le nouveau cadre de la démocratie qui s’installe. Nous veillerons à ce que vos biens, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, ne soient pas touchés. Nous vous garantirons votre survie avec les égards dus au Chef d’Etat. (…) Nous vous demandons avec instance de nous faciliter la tâche en coopérant à ce schéma, car nous ne voulons pas voir votre cadavre traîné demain dans les rues de Kinshasa.»

C’est en ces termes que les Américains proférèrent des menaces à un de leurs plus vieux et plus fidèles serviteurs, devenu encombrant: obéissez, sinon nous ferons traîner votre cadavre sur les routes poussiéreuses de la capitale.

Mobutu a travaillé 37 ans au service des Etats-Unis. Il a fait assassiner Lumumba et Mpolo, Mbuyi et Elengesa, Mulele et Bengila, Gabriël Yumbu et Kibwe Cha Malenga et tant d’autres grands patriotes congolais… Mobutu a ruiné et ravagé son pays en servant les Américains. Mais s’il accepte de rendre un dernier service à ses maîtres, ces derniers lui garantiront la fortune immense et les nombreux biens qu’il accumula en pillant l’Etat, ils lui accorderont tous les privilèges liés au statut d’ancien Chef d’Etat.

Comment ne pas faire de comparaison avec le sort que ces mêmes Américains réserveront à Mzee Kabila, dirigeant nationaliste qui s’est sacrifié pour la liberté et le bonheur de son peuple. Les Etats-Unis combattront Kabila dès ses premiers jours au pouvoir en le traitant d’«assassin des Hutu» et de «dictateur». Kabila était à peine depuis 14 mois à la tête du Congo, que les Américains déclencheront une guerre d’agression criminelle par Rwando-ougandais interposés. Et finalement, ils feront abattre le Président congolais le 16 janvier 2001, la veille de l’anniversaire de l’assassinat de Lumumba.
Mais revenons à l’ultimatum de Richardson. Quoique le message soit cruel dans sa clarté, Mobutu fait semblant de ne pas comprendre. Il répond: «Que faites-vous de la démocratie que vous avez soutenue dans ce pays?» Richardson s’énerve et N’Gbanda doit se pencher à l’oreille du Maréchal pour lui chuchoter: «Ils ne sont pas venus discuter, l’allusion à votre cadavre traîné dans les rues veut dire qu’ils vous présentent un ultimatum à accepter ou à refuser».

Mobutu a son amour-propre à sauver, N’Gbanda sa carrière politique future. La veille, il avait demandé à son patron: «Retirez-vous et laissez-nous avec votre famille politique nous battre démocratiquement avec les autres».

Dans la lettre de Clinton que Richardson remet à Mobutu, le 29 avril 1997, il est dit: «Les forces de l’Alliance continuent leur avance implacable sur Kinshasa. (…) Un arrangement de transition négocié représente le meilleur moyen de garantir que tous les groupes politiques, y compris votre mouvance politique, seront en mesure de participer à la transition». Les Américains, sachant que Mobutu est déjà politiquement mort, font tout, jusqu’au dernier jour, pour sauver la mouvance mobutiste et la maintenir au pouvoir.

Le fameux tête-à-tête Kabila-Mobutu, sous l’œil vigilant de Mandela, se tient le 4 mai. Le chef de l’AFDL demande à Mobutu de se retirer et annonce qu’il sera le futur Président du Congo. Dans un aveuglement pathétique, Mobutu pense qu’il peut encore décider de l’avenir du Congo. Il refuse et s’écrie: «C’est une mise en scène, c’est la comédie des Américains et des Sud-Africains. Je dois me retirer et lui laisser seul le pouvoir? De quel droit?» .Un nouveau rendez-vous «historique» est fixé pour le 14 mai, qui échouera bien-sûr.

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