Simon Kimbangu : ce Héros mystique qui a osé s’opposer aux colons belges

Le 64ème anniversaire de la mort de Papa Simon Kimbangu a été l’occasion de manifestations diverses au sein de l’Eglise kimbanguiste qui est le vestige vivant du passage sur terre de ce serviteur de Dieu dont le nom restera à jamais mémorable. Cette occasion a aussi été mise à profit pour certains, de rappeler à la mémoire collective ce qu’était en réalité ce personnage mythique de « Kimbangu ». C’est cela qui a valu au Professeur Kambayi Bwatshia les quelques lignes qui suivent

L’histoire de l’Afrique centrale et plus particulièrement des Etats ayant autrefois constitué l’Empire du Congo, se présente comme une longue et écoeurante tragédie dont la toile de fond demeure, sans conteste, la volonté d’indépendance, manifeste et permanente du peuple Congolais.

Cette volonté a presque toujours, et fort curieusement, trouvé comme moyen d’expression, des revendications religieuses dont les dirigeants sont à tous les coups, tombés en holocaustes et en martyrs des mouvements déclenchés et sont devenus chacun, et à chaque époque correspondant de notre histoire, le messie attendu pour la libération du pays et même de la rédemption des peuples qu’on considère de la « race noire ».

L’espace qui couvre aujourd’hui la République Démocratique du Congo, était à l’époque de l’Etat léopoldien, c’est-à-dire l’Etat Indépendant du Congo (E.I.C), et pendant toute la période de la colonisation classique (le Congo- belge), cet espace était, voulais-je dire, le « fief » du Capitalisme, de l’administration coloniale et de l’Eglise ; la Catholique particulièrement.

Pendant toute la période coloniale, au niveau strict de l’évangélisation, si l’Eglise avait pour mission « d’aller prêcher la Bonne nouvelle à toutes les nations », dans l’espace Congo belge ce message s’est amalgame avec l’idéologie politique coloniale qui voulait que le message du Christ-Jésus soit celui que la civilisation des Blancs, en terme de race, amenait dans un monde des Noirs- Paďens où la lumière chrétienne n’avait jamais pénétré.

Par calcul politique, la Belgique coloniale a soutenu et protégé, dans cet élan, l’action missionnaire catholique exercée par ses ressortissants. C’était, selon elle, la bonne façon de favoriser l’expansion coloniale capitaliste-exploitatrice pour ainsi affermir son influence politique en Afrique centrale.

C’est ainsi qu’est née l’alliance tactique et surtout pragmatique entre l’Eglise missionnaire et l’Etat colonial. C’était une collaboration bienfaisante pour les deux partenaires. C’est une vieille histoire qui a donc débuté des 1885 et qui a laissé les scones culturelles jusqu’aujourd’hui. Le genre historiographique, appelé « Histoire des missions » au Congo, est très éloquent là-dessus. Le missionnaire catholique le « mon-père » était alors le champion de Dieu.

Conséquences inattendues : le missionnaire, convaincu de la bienfaisance de son action civilisatrice, est resté module dans sa « culture coloniale » et dans sa vision de l’évangélisation. Les Noirs eux, de leur côté, sont ainsi mis en marche, malgré eux, par la « façon coloniale » d’être homme. Leur imaginaire populaire s’est vu complètement dérouté et ébranlé. Devenus « convertis » sur un fond de l’aliénation culturelle et religieux, il sont comme morts, étant donné que leur vie authentique s’était réfugiée dans la clandestinité, où certaines pratiques et certains comportements avaient le caractère violent de frustration.

C’est dans cette restitution historique qu’il faut comprendre la chanson de Kiamwangana Verkys intitulé « Nakomitunaka », chantée en lingala et, qui connut un immense succès en 1972 à Kinshasa et au Congo et dans tout l’espace Afrique centrals. Pour le compositeur : « le christianisme est une religion des Blancs », une « religion raciste et injuste », une religion qui a « aliéné les valeurs africaines ». Les termes sont clairs et posent des problèmes complexes et profonds de l’inculturation de la foi.

Que dire ? Les Africains ont-ils accepté l’occupation blanche les bras ouverts sans brancher comme des lapins dans un clapier ? la meilleure réplique qu’on peut faire à une telle affirmation est que les peuples d’Afrique noire d’alors n’étaient pas des lapins mais des hommes vivants qui vivaient dans leurs cultures spécifiques où ils s’identifiaient, se réalisaient, s’il lustraient et surtout se défendaient à tout point de vue.

Sous les contradictions de b’exploitation coloniale, un feu vivant dormait, et de temps à autre, se réveillait avec éclat. Ce feu jaillissait du fond de la conscience d’un danger mortel pour la survie. C’est ce que l’histoire a retenu sous le nom générique de « mouvement de résistance » à l’ordre colonial.

C’est par millier qu’il faut compter des victimes. Le Congo belge, des sa rencontre avec les brutalités blanches, n’a jamais été un territoire où les populations autochtones, carré par carré, étaient corveillables à souhait. C’est ici qu’il faut souligner avec force l’action de papa Simon Kimbangu et de André Matwa et Simon Mpadi.

De tous les trois, Simon Kimbangu m’intéresse dans le cadre de ce forum. Le mouvement religio-révolutionnaire qu’il a inauguré doit être bien connu des Congolais en particulier et des Africains en général. Plusieurs livres, thèses et mémoires ont été écrits sur lui et sur ce qu’on a pu appeller « phénomène Kimbangu ».

De famille très modeste, mais mystique, cet ancien boy, d’un missionnaire est né à Nkamba non loin de la mission Baptiste Missionary Society de Ngombe Lutete, le 24 septembre 1889. Vite il devient catéchiste chez lui après avoir exercé quelques petits métiers à Léopoldville et à Matadi. Son histoire hautement mystique commence en mars 1921 lorsque, par une vision miraculeuse, il se sentit touché par l’Esprit Saint de Dieu. Il opère des miracles en guérissant des malades. On le nomme Ngunza qui veut dire prophète. Curieusement, je le dis en passant, la signification de son nom coďncide avec l’action qu’il mène. En effet on kikongo, « kimbangu » veut dire « celui qui révèle les choses cachées » ce qui semble d’ailleurs correspondre beaucoup au caractère de la mission qui l’attend.

Son village natal Nkamba, terroir de sa vision devient vite la « Nouvelle Jérusalem », ville de paix. De village en villages, papa S. Kimbangu, entreprend, en prêchant, la destruction des pratiques contraires à l’enseignement évangélique. S’adressant d’abord au sein de la société kongo donc, agissant au nom de Dieu seul, il voulait très vite ne pas recevoir l’ordre de personne en matière de l’enseignement du Christ Jésus ; ni des missionnaires catholiques, ni encore moins des vieux du village. Partout il a prêché l’amour du prochain tout en s’opposant farouchement à la domination coloniale, car selon lui, « inhumaine et anti-évangélique ». L’Evangile était le socle de son action.

Il lit le livre d’Israël avec les yeux d’un Noir souffrant parce que, estime-t-il, son peuple est sous l’oppression coloniale de laquelle il doit se défaire coűte que coűte. Par papa S. Kimbangu et son message évangélique, l’Evangile lui-même, finit d’être une propriété exclusive de Blancs.

Le Christ devient un patrimoine divin, vivifiant et vivant de l’humanité. Le Noir était donc admis à la table du Seigneur au même titre que les autres hommes. En quelque sorte, avec Simon Kimbangu, le rêve de Dona Béatrice et autres prophètes Congolais va se trouver réalisé.

Voilà, pour les Belges coloniaux, un indigène qui offense la morale coloniale. On le traque ; on cherche à l’abattre, il dérange « l’action civilisatrice ». Vite il est taxé d’être anti-blanc résolument révolutionnaire insoumis, fauteur des troubles, incitateur à la haine et à la rébellion. Et le 12 septembre 1921, il fallait s’y attendre, il est arrêté à Thysville.

Condamné à mort le 3 octobre de la même année, il verra cette peine commuée à perpétuité le 19 novembre. Il sera déporte loin à Elisabethville où il moura le 12 octobre 1951 dans une prison ferme à l’âge de 64 ans. Il est resté en prison pendant 32 ans. Son corps sera d’abord enterré sur place dans la capitale du cuivre.

Et le 3 avril 1960 Son corps repose dans un Mausolée érigé en son honneur à Nkamba point de départ de son acton. Pendant l’année 1921, plus de 20000 Noirs adeptes de Simon Kimbangu furent déportés dans des conditions inhumaines rien que pour la ville de Léopoldville.

A Nkamba même, les convertis furent arrêtés en masse. Beaucoup se sont déclarés solidaires et ont demandé l’emprisonnement et ont été placés dans des camps de concentration. Les témoignages disent que les arrestations se sont poursuivies pendant une trentaine d’année. Il y aurait au total prés de 38 000 personnes déportées vers l’Est du pays. La majorité d’entre elles seraient mortes avant l’amnistie de 1960.

Simon, Kimbangu est démolisseur de l’ordre colonial. C’est pour cela qu’il est arrêté, et condamné à mort. Un tel jugement se passe de tout commentaire. Il s’agit d’une monstruosité juridique à l’égard d’un homme aussi innocent. Il est impensable que là où le sang n’a pas coulé, que là où aucune violence n’a été perpétuée, des juges, mais des hommes avant tout, aient osé consciemment condamner à mort, sans appel, un autre homme sous prétexte le plus vulgaire et le plus fallacieux que la prétendue atteinte à la sűreté de la nation.

Il est temps qu’une telle histoire soit connue. Loin de parler de l’inactualité de l’oeuvre de papa Simon Kimbangu, il nous faut plus que jamais parler et surtout penser de l’actualité de cette oeuvre. Son histoire n’est pas finie. S. Kimbangu est à l’origine de la prise de conscience du peuple Congolais. La libération religieuse qu’il a prônée, a préfigurée la libération politique. Il faut que le monde apprenne à connaître S. Kimbangu et il est grand temps qu’une statue soit élevée sur une des plus belles places de la capitale. Oui, cette histoire doit être connue par les Blancs pour les aider de se soustraire du honteux complexe de supériorité.

(FP)

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