Curieuse destinée que la vie de ce Bonaparte, jeune prince français (1856-1879), fils unique de Napoléon III, exilé en Angleterre et tué à l’âge de 23 ans en pays zoulou. Si le Second Empire n’avait pas été renversé par la IIIe République, il aurait donc été empereur sous le nom de Napoléon IV.

Comment ce Bonaparte a-t-il pu finir ses jours ici ? Après la défaite de Sedan, Napoléon III se réfugia en Grande-Bretagne où son fils unique grandit et s’engagea dans l’armée anglaise. Le prince impérial débarqua à Durban le 31 mars 1879. Il était une sorte d’agent chargé de reconnaître le terrain pour les troupes Britanniques en guerre contre les Zoulous. Le 1er juin 1879, dans un endroit isolé de la vallée de Tshotshosi, à l’est de Dundee, un groupe de guerriers zoulous, caché dans les hautes herbes, attaqua le prince impérial et les deux soldats anglais qui l’accompagnaient. Le combat fut acharné. Le prince impérial succomba de 17 coups de lance.

Le mémorial du prince impérial Louis Napoléon existe toujours au cœur du Zoulouland. Je pars à sa recherche. Il se trouve à environ 70 kilomètres à l’est de Dundee, près du village d’Ukwekwe. La région offre de vastes horizons de collines couvertes d’herbes jaunies (en saison sèche). Notre guide, Pad Rundgren, parle couramment la langue zouloue. Il fait partie de ces Blancs ouverts d’esprit qui s’intéressent et connaissent la culture des Zoulous, sans préjugés. Tel le chanteur Johnny Clegg, surnommé le « Zoulou blanc ». Sur la piste de terre poussiéreuse, le véhicule tout terrain est secoué par les bosses et les nids-de-poule. Quelques arbres indiquent l’emplacement du mémorial, qui semble sorti d’un tableau romantique du XIXe siècle. Un muretin de grosses pierres entoure un petit bout de terre de forme ovale où se dresse le tombeau. Une inscription précise que la reine Victoria fit ériger cette croix en juin 1879, en hommage à « son pauvre et cher prince ». En 1880, l’année suivante, la mère du prince impérial, l’impératrice Eugénie de Montijo, vint en pèlerinage afin de se recueillir sur le lieu de la mort de son fils. Son voyage en Afrique du sud fut le parcours d’une grande dame en deuil mais aussi une incroyable aventure. Passant près de cinquante nuits sous la tente, Eugénie apparut comme une digne aventurière en crinoline !

Tous les ans, le dimanche le plus proche du 1er juin, un groupe de Français vivant en Afrique du Sud se rassemble autour du monument impérial, pour honorer la mémoire du prince. Cette journée est placée sous le signe du dialogue franco-zoulou : champagne de France, danses zouloues, bagpipes écossais et discours du consul de France. Selon la règle en pays zoulou, ce dernier doit acheter une vache et la faire tuer sur place (ça doit être moins drôle à faire qu’à dire). Tout se passe dans la bonne humeur et dans un esprit de tolérance et de réconciliation.

Je visite ensuite l’école primaire du village zoulou d’Ukwekwe, aidée matériellement par la communauté française. Je garde le souvenir d’une phrase peinte sur un mur : « Once a dream begins, it never ends. ». Quand un rêve commence, il ne s’arrête jamais.