TV5 : Pourquoi avoir choisi le 4 juillet pour désigner la société qui va gérer la révision  électorale ?

Corneille  Nangaa : Pourquoi avoir choisi ou attendu le 4 juillet ? Pas le 4 juillet. Le contrat était signé le 29 juin. C’était à la suite d’un processus légal de l’acquisition du matériel dès lors qu’un tel marché ne pouvait pas se faire de gré-à-gré. Elle a respecté la loi et la procédure en la matière. Nous avions lancé l’appel d’offre depuis le 10 février 2016. Ce processus est arrivé à son terme le 29 avec la signature d’un contrat en bonne et due forme.

Ce qui veut dire qu’en fait lorsque vous avez lancé l’appel d’offre en février 2016, vous saviez que vous alliez prendre beaucoup de temps pour l’élection prévue fin 2016. Cela ne pouvait pas être forcément très facile. La révision du fichier électoral ne concerne que quelques 45 millions d’électeurs. Selon vous, elle va prendre entre  le 13, 16 à 17 mois. Ce qui veut dire qu’elle n’a pas encore commencé. De facto, on s’achemine vers le report de l’élection présidentielle.

Les seize mois dont vous parlez, c’est la suite de notre évaluation faite depuis le mois de décembre 2015. Et les 15, 16 mois et un jour dont on a parlé ont commencé à courir depuis le mois de mars.  Il est évident qu’avec ces éléments et avec la collecte des données qui commence de droit le 30 juillet, il se fait que nous aurons besoin d’un peu plus de temps. Ce qui veut dire qu’en 2016, il ne sera pas possible de tenir les élections. Le préalable, pour le moment, c’est d’avoir un fichier. Sans ce fichier, nous n’allons jamais avoir de scrutin.

C’est en fait la révision du fichier électoral qui s’adapte à la date prévue par la constitution.  Pourquoi en RDC, c’est le contraste qui se passe ? Pourquoi c’est la date de l’élection présidentielle qui va dépendre de la révision du fichier électoral ?

Parce que nous sommes dans une situation atypique en RDC. Il n’y a pas un registre d’état civil. Malheureusement c’est ce qui a été fait en 2005 comme en 2011 et c’est que nous répétons encore aujourd’hui. Il va falloir que dans les années à venir, la RDC se dote d’abord d’un état civil qui permettra, chaque fois, qu’il y a un délai constitutionnel, on retire les listes immédiatement. Mais aujourd’hui autant qu’en 2005 ou en 2011, nous sommes appelés à reprendre le même exercice et c’est ce qui est un problème.

Ce que vous nous annoncez aujourd’hui est qu’il y aura un grand report de l’élection présidentielle qui ne se tiendra pas en 2016. Ce qui veut dire, de facto, que le mandat du président Joseph Kabila va être prolongé.

Est-ce qu’il faut dire que c’est la prolongation du mandat du président Joseph Kabila ? Je ne pense pas. Nous sommes là seulement devant deux contraintes. Une contrainte constitutionnelle qui fait face à une contrainte technique.  La contrainte technique est que la tenue des élections est tributaire de la fiabilisation d’un fichier que nous sommes entrain de constituer. Il faut avoir constitué le fichier. C’est un préalable  sur lequel nous nous focalisons aujourd’hui. Nous espérons que dans un meilleur délai, nous allons avoir ce fichier pour passer aux activités liées aux scrutins.

Imaginez-vous bien que pour les membres de l’opposition le report de l’élection présidentielle n’est pas quelque chose d’envisageable ? Vous comprenez que c’est un signal qui n’est pas positif en terme de démocratie à l’encontre de l’opposition qui refuse ce report de l’élection présidentielle depuis longtemps ?

La démocratie se consolide, bien entendu, avec des activités  qui se font autour des élections. Aujourd’hui, il n’y a pas que l’opposition. Nous-mêmes, nous attendons les élections. Le peuple congolais attend ces élections. Cependant, nous nous trouvons devant une situation qui est telles que pour avoir ces élections, il faut que nous ayons un fichier. Nous n’en avons pas aujourd’hui. Le fichier que nous avons de 2011, celui qui est qualifié de pourri pour les uns et d’infecté pour d’autres. Aujourd’hui, le fichier est un élément qui fait plus ou moins l’unanimité aussi bien à la majorité comme à l’opposition qu’il faille procéder à la révision du fichier électoral.

TV5 – ROL/MMC