Tunda Ya Kasende : le conclave de Bruxelles est une trahison

Au sein de l’UDPS, les anti-Tshisekedi n’ont pas lésiné sur les mots. Ils ont mis le lider Maximo et les opposants concernés en accusation. Entre temps, Me Tunda, cadre PPRD, vient de qualifier, du reste, le conclave tenu à plus de 8 mille km de Kinshasa d’une réunion de haute trahison.

Rarement personnalité politique n’aura été autant soluble dans l’actualité que l’est Me Tunda Ya Kasende en ce moment. S’il est spécialiste du droit public international, s’il a été vice-ministre des Affaires étrangères, Célestin Tunda a été aussi de tous les combats de l’Opposition radicale contre le régime Mobutu.

Par rapport au Conclave de Bruxelles, c’est donc en homme triplement averti qu’il réagit. Par ailleurs, lorsque le Secrétaire général adjoint du PPRD parle de l’Est, c’est en fin connaisseur des Grands lacs. Lui qui est natif de la région et qui connaît le Grand Kivu comme sa poche.

Interview.

Maître Tunda, vous venez d’effectuer une mission dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. De quoi s’est-il agi ?

Le Secrétariat général du parti se doit, dans sa grandiose mission, de réorganiser et de redynamiser le PPRD, partout, dans tous les coins de la République. Les membres du parti souhaitent ardemment être en contact avec les dirigeants. Nous allons désormais remplir régulièrement cette mission. Et particulièrement, en cette période où les enjeux politiques pointent à l’horizon et que l’Opposition, conditionnée par certains milieux étrangers, s’apprête à rejeter systématiquement tous les projets qui devraient assurer le processus politique dans l’ordre, à savoir, tous les calendriers électoraux proposés par la CENI, le dialogue national, etc.

Pourquoi avoir seulement choisi les provinces du Nord et Sud-Kivu en cette période tumultueuse ?

Justement, c’est parce qu’il s’y développe certaines activités mystérieuses. Du personnel, visiblement étranger, recruter des jeunes congolais autour des initiatives soi-disant « mouvements citoyens », alors qu’en réalité, ce sont des officines de la mafia étrangère et du néocolonialisme chargés d’utiliser ces jeunes pour mettre en péril le pouvoir établi.

Ces prétendus « mouvements citoyens », qui ne sont pas du tout reconnus, reçoivent des fonds de l’extérieur à travers les structures des ONG congolaises ou occidentales, pour déstabiliser la RDC et préparer le chaos vers la fin de cette année. Au fait, ces trafiquants du malheur préparent, à travers nos propres jeunes en RDC, des schémas anticonstitutionnels du genre burkinabé.

Voilà la raison fondamentale du rejet de l’idée du dialogue ainsi que des prétextes fallacieux, utilisés ça et là pour priver au peuple congolais, cette précieuse possibilité de se parler et baliser les voies vers un avenir apaisé. Je me devais donc, au nom du camarade Henri Mova, attirer l’attention des jeunes de ces deux provinces face au danger qui les guette et la responsabilité qu’ils assumeraient dans l’histoire en se faisant instrumentaliser par les forces du mal contre le peuple congolais et la nation.

Quelle lecture faites-vous du Conclave de Bruxelles, qui a réuni la semaine dernière, des leaders de l’Opposition congolaise ?

La rencontre de Bruxelles est une trahison. Nous pouvons comprendre qu’en 1885, la Conférence de Berlin s’était tenue loin de la patrie, car le Congo n’avait encore aucune souveraineté. De même en 1960, les Congolais devaient parler avec les Belges chez eux, mais pour arracher l’indépendance. En 2001, le pays était divisé, les différents groupes portaient les armes et le dialogue entre Congolais était difficile à imaginer.

Voilà pourquoi nous étions allés à Sun City (Afrique du Sud), dans un pays africain, pour faire taire les armes. Mais, 56 ans après notre indépendance, voir toute honte bue, des compatriotes se faire transporter aux frais des expatriés, nourris, et logés par eux, dépassent l’entendement de tout Congolais sérieux. Aller parler, à partir de l’étranger, des réalités politiques du Congo, et surtout contester la Constitution et les décisions de nos plus hautes juridictions, constitue bien une atteinte à la sécurité de l’Etat.

Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères, a reçu dernièrement la délégation des opposants congolais présents aux assises de Bruxelles. Estimez-vous, qu’il s’agit bien là d’un complot contre la RDC?

En principe, les relations internationales sont notamment fondées sur le droit de réserve dans les actes que les officiels doivent poser concernant les autres pays, ainsi que le principe de non immixtion dans les affaires intérieures des autres Etats. La Belgique et la RDC entretiennent d’excellentes relations pour la sauvegarde des intérêts réciproques de nos deux pays.

Quelle serait, dès lors, la raison de ce tapis rouge déroulé aux opposants en Belgique ?

Des mécanismes diplomatiques appropriés existent pour mettre au clair cette question.

Face au climat tendu que l’on enregistre présentement en RDC, croyez-vous que le dialogue national est encore possible ?

Pour ma part, le dialogue national doit se tenir. Ceux d’entre nous, qui ont piloté le projet dès le départ, ont malheureusement trop insisté sur le fait qu’il s’agit d’un dialogue entre partis politiques ou d’un dialogue de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi et de la Majorité présidentielle.

Alors qu’en réalité, ce dialogue constitue bien un patrimoine du peuple congolais dans son ensemble et dans ses diversités. Ce sont les Congolais qui ont soif de se parler, pour éviter le pire par rapport au processus politique. Par conséquent, étant donné qu’il s’était déjà engagé, le Chef de l’Etat devrait favoriser la tenue de ce dialogue dans un format immense et représentatif de toutes les couches de la nation.

A mon sens, au moins 20.000 Congolais devraient y prendre part ici à Kinshasa, notamment les étudiants et autres jeunes, les territoriaux, les chefs coutumiers, les églises, les partis politiques, dont ceux qui acceptent la légalité (MSR, ARC, UNAFEC réformés), etc. Et le stade des Martyrs devrait accueillir ces assises en peu de temps, pour y prendre de hautes décisions destinées à consolider les institutions de la RDC.

Raphaël Mugaja/Forum des As

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