Le gouvernement congolais a exprimé “sa vive préoccupation et ses regrets face au discours teinté de menaces ” de certains pays de la communauté internationale sur la situation politique en République démocratique du Congo.

Dans une mise au point, mercredi, le ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Raymond Tshibanda, qui estime ce discours « non seulement moralement peu défendable, parce qu’à géographie variable et d’application sélective dans la région, mais aussi et surtout contraire au droit international”

Il relève que “des représentants de certains pays multiplient ces derniers temps des déclarations, de plus en plus assorties de menaces de recours à des sanctions, sur notamment une ‘tentative de rétrécissement de l’espace politique'”, indiquant que la RDC étant un Etat de droit, son gouvernement a l’obligation de veiller au respect de la loi et des règlements de la République en vue de garantir l’ordre public, la tranquillité et la sécurité pour tous qui sont indispensables à l’exercice d’autres droits fondamentaux.

Et le ministre congolais des Affaires étrangères de souligner que le gouvernement veille à ce que la lutte contre l’impunité soit « la règle » en toutes circonstances, « quels que soient les actes de délinquance ou la qualité de leurs auteurs », avant prétendre que la RDC est « l’un des pays les plus avancés en matière de respect et de promotion des libertés publiques, notamment la liberté de la presse, la liberté d’expression et d’autres droits civiques et politiques collectifs et individuels ».

Déconnecté des réalités

L’encre n’avait pas encore séché que les policiers congolais ont quadrillé les rues à travers la RDC, dans le but de contrer les manifestations pacifiques de l’opposition. Un cinglant camouflet pour le chef de la diplomatie congolaise, totalement déconnecté des réalités de son pays et qui ignorait que la RDC ne peut prétendre être “l’un des pays les plus avancés en Afrique en matière de respect et de promotion des libertés publiques”.

Concernant la lutte contre l’impunité, le ministre n’était sûrement pas au courant du fait qu’à peine quelques jours auparavant, le mercredi 20 avril au Parlement, le député national Gilbert Kiakwama Kia Kiziki avait déjà épinglé le traitement sélectif de la Justice congolaise qui, au contraire “renforce l’impunité”. Accusant le Premier ministre Matata Ponyo et son équipe gouvernementale de « porter l’opprobre de n’avoir pas organisé les élections », le député du Bas-Congo avait traité l’Exécutif congolais de « gouvernement des passifs pour n’avoir pas puni les gens ».

Même son de cloche pour le député Henri-Thomas Lokondo, pourtant de la majorité présidentielle, qui a appelé à la même séance le Premier ministre Matata Ponyo à sanctionner le détournement de 20 millions USD opéré sous le mandat du directeur général de la Gécamines, simplement révoqué par le chef de l’État congolais mais non poursuivi par la Justice qui, précise-t-il, « peut se saisir d’office » de ce dossier lié au détournement des fonds publics au moment où Kinshasa clame à qui veut l’entendre qu’il n’a pas d’argent pour les élections. « Quand il y a impunité, quand on ne sanctionne pas, on va faire du surplace », a précisé ce député de la Majorité.

La liste de faits impunis est très longue, qui contredisent les propos du ministre congolais des Affaires étrangères, qui a loupé là l’occasion de se taire, à moins qu’il ne soit totalement déconnecté des réalités de son propre pays. On peut citer, parmi tant d’autres, la plainte déposée par le président Kabila contre des mandataires et de hauts cadres de l’État pour détournements et corruption, qui n’a jamais connu de suite, comme le détournement de fonds à la SNEL pour lequel un politicien avait été révoqué de ses fonctions, question de jeter la poudre aux yeux des Congolais, avant de retrouver de se voir gratifier un grade plus alléchant encore

Mais le ministre congolais des Affaires étrangères et coopération, Raymond Tshibanda, n’est pas à son ballon d’essai. Fin mars devant le Conseil de Sécurité de l’ONU, à New York, il avait répété sa phrase magique qui énonce que “L’espace politique en RDC est le plus ouvert de toute la région” , croyant discourir devant des enfants du primaire.

Et comme le ridicule ne tue plus en RDC, il avait soutenu, devant ce public médusé, “l’existence, en RDC de plus de 400 partis politiques, mais aussi de centaines de chaines privées de radio et de télévision, qui fixent en toute liberté leur ligne éditoriale, et dont plusieurs appartiennent à des acteurs politiques connus comme faisant partie de l’opposition”. Mais il avait pris le soin de ne pas informer le Conseil de sécurité que le président du MSR, celui de l’UNAFEC comme le condidat déclaré Moïse Katumbi ont été interdits de réunion au Katanga, que la télévision de Gabriel Kyungu est également interdite, comme celle de Lutundula au Kasai, depuis qu’ils sont tous passés dans l’opposition.

Il ne dit pas non plus que la RTNC est devenue pire que sous le régime du parti-État, avec en vedette un présentateur troubadour, habillé tel un clown et qui injurie les leaders de l’opposition en toute quiétude, malgré toutes les mises en demeure du Conseil supérieur de l’audiovisuel. Ou que nulle part on a déjà appris qu’une manifestation du PPRD a été dispersée avec du gaz lacrymogène. De quel “espace politique ouvert” et de quelle “lutte contre l’impunité” parle-t-il ? La politique en plein 21ème siècle ne peut-elle se limiter qu’à l’art de mentir ?