La ministre française de l’Environnement, Ségolène Royal, est la première personnalité européenne à fouler le sol congolais au lendemain de la résolution du Parlement européen invitant Kinshasa à « présenter sans délai un calendrier électoral et un budget crédible pour la présidentielle dans le plein respect du délai constitutionnel ». Dès lors, la visite de Ségolène Royal ne saurait se limiter à son objet officiel, le suivi de la Cop 21. Cette personnalité française devait sonder le Rais dans la perspective de la fin de son mandat.

Les Occidentaux ont les yeux rivés sur la République démocratique du Congo. Parce que justement « la RDC n’est pas n’importe quel pays ». Le Congo Brazzaville, le Burundi, le Rwanda ou encore l’Ouganda, pays frontaliers à la RDC, peuvent se permettre certaines libertés mais pas le grand Congo. Pour preuve, le déferlement des personnalités internationales et envoyés spéciaux reçus à Kinshasa depuis le début de l’année 2016 n’a été vu nulle part ailleurs en Afrique.

Un fait remarquable est que tous ces partenaires ont le même message pour les autorités de Kinshasa : « Organisez les élections dans les délais constitutionnels et respectez les droits de l’Homme en vue de la stabilité des institutions en RDC ».

De Ban Ki-moon à Thomas Perriello en passant par la délégation de l’Union européenne et, la semaine dernière, e Parlement européen, le message reste le même : « la RDC doit préserver l’élan démocratique amorcé en 2006 ».

Car, de la stabilité de la RDC dépend celle de toute la région des Grands Lacs africains. Surtout que la RDC est le seul pays où sévit la guerre depuis plus de 18 ans, contrairement aux autres pays de la région.

LA STABILITÉ DE LA RDC, LA PRIORITE

C’est donc dans ce contexte que la ministre française de l’Environnement, Ségolène Royal, a séjourné à Kinshasa du 13 au 14 mars 2016. Durant sa visite de 48 heures, elle a rencontré le président de la République.

L’objet officiel de sa visite étant d’obtenir de Kinshasa la présence du président de la République à Paris en avril prochain à l’occasion de la signature des accords issus des travaux de la Cap 21.

Joseph Kabila a donné son accord de principe, quant à sa participation à cette cérémonie. Au sortir de l’audience avec le chef de l’Etat congolais, Ségolène Royal, présidente de la Cap 21, a dit avoir eu un « échange intéressant » et « passionnant » avec Joseph Kabila.

Avant sa rencontre avec le chef de l’Etat congolais, la ministre française de l’Environnement a effectué, lundi 14 mars 2016, le déplacement du barrage d’Inga, au Kongo Central, où elle a découvert t apprécié le potentiel dont dispose le fleuve Congo, de même que la façon dont on peut inscrire des projets dans les priorités des réalisations de la Cap 21. Elle a souligné l’importance des potentialités de la RDC dans la lutte contre le réchauffement climatique.

La ministre française est restée dans les strictes limites de son objet de visite. Du moins dans le compte rendu fait par la chaîne publique, la RTNC. Elle n’a fait aucun commentaire sur la situation politique en RDC alors que celle- ci reste préoccupante à l’approche de la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel du président congolais.

En effet, la France, la Belgique, la délégation de l’Union européenne en RDC, le Parlement européen, les Etats-Unis d’Amérique ainsi que les envoyés spéciaux de plusieurs pays occidentaux ont unanimement appelé, ces dernières semaine, à la tenue effective des élections essentielles dont la présidentielle en novembre 2016.

MISSION ACCOMPLIE

Il est surprenant que Ségolène Royal, connue pour son franc-parler, botte en touche sur la situation préoccupante de la RDC. Cette figure importante de la gauche française n’a même pas exprimé sa compassion à l’égard des acteurs politiques de l’Opposition qui vivent le martyre juste parce qu’ils ont embouché le langage du respect de la Constitution et de l’organisation dans le délai des élections constitutionnels, notamment la présidentielle en vue d’assurer l’alternance au sommet de l’Etat.

Mme Royal n’a pas, non plus, exprimé une quelconque sympathie à l’égard des jeunes militants de la Lucha, emprisonnes, juste pour avoir revendique haut et fort le respect de la Constitution dans la perspective de la consolidation de la démocratie en RDC.

Ces jeunes étudiants, arrachés de leurs universités, croupissent dans les geôles de Goma sur la base d’un jugement que tous les partenaires internationaux de la RDC dont la France ont condamné.

Et donc, ce passage de Ségolène Royal à Kinshasa contraste avec la femme politique de gauche que tout le monde connaît. Tout porte à croire que Ségolène Royal à user de4a realpolitik.

Elle n’a même pas tenu une conférence de presse qui lui aurait permis de répondre aux préoccupations des journalistes. Sans doute, elle a évité la politique spectacle.

Des sources dignes de foi indiquent que l’ancienne candidate de la gauche française la présidentielle de 2007 a transmis un message de François Hollande à son homologue congolais. En ayant un tête-à-tête avec Joseph Kabila, la ministre française de l’Environnement a sans doute sondé la position du Raïs quant à la fin de son mandat.

Par AMEDEE MWARABU KIBOKO