Félix Tshisekedi: « Papa a fixé l’ordre du jour du Dialogue ! »

Selon Félix Tshisekedi Tshilombo, fils d’Etienne Tshisekedi, le Président de la République en exercice, Joseph Kabila, n’a pas le droit de convoquer le Dialogue national, ni d’en fixer l’ordre du jour, au motif que « cela relève de la médiation internationale ».

Il oublie cependant que dans une« feuille de route »qu’il brandit à tout bout de champ avec un zèle passionné et que son père avait rendue publique dix mois auparavant, ce dernier avait décrété, unilatéralement  et sans titre, ni droit du tout sur ce forum : de sa convocation au lieu des assises, en passant par la taille et la composition des délégations et même l’ordre du jour (contentieux électoral, définition d’un processus électoral consensuel, restructuration de la CENI, fichier électoral, traçabilité des résultats, modération étrangère et patati et patata…). Là où le Président de la République Démocratique Congo propose, le ‘lidermaximo’ d’un parti de l’opposition, l’UDPS impose ! Démonstration.

Feuille de route du 12 février 2015 du leader de l’Udps

  1. Configuration politique

Les élections de 2011 ont eu le mérite de reconfigurer politiquement la classe politique congolaise et de recadrer la ligne de démarcation claire entre ceux qui soutiennent le système en place et leurs alliés, d’un côté, et ceux qui réclament la vérité des urnes, de l’autre. Deux tendances se dessinent clairement entre les tenants du statut quo et ceux qui militent pour le changement. Ainsi, le contentieux électoral de 2011 se trouve être la cause essentielle de la crise politique actuelle en République Démocratique du Congo.

Il va sans dire qu’un dialogue pourra mettre autour d’une table :

– Monsieur Etienne Tshisekedi et ses alliés pour le camp du changement ;

– Monsieur Kabila et les siens pour le camp du statut quo ;

– La modération sera assurée par l’Envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations unies en RDC et chef de la Monusco, conformément à la Résolution 2147 du Conseil de sécurité de l’Onu qui dispose : « Autorise la Monusco à appuyer, en coordination avec l’équipe de pays des Nations unies et d’autres acteurs, y compris par l’intermédiaire des bons offices du Représentant spécial du Secrétaire général, les efforts des autorités de la République Démocratique du Congo pour mettre en œuvre les réformes prévues par l’Accord-cadre et pour stabiliser l’Est du pays et, à cet effet, à : promouvoir la consolidation de la paix et un dialogue politique transparent et sans exclusive entre toutes les parties prenantes congolaises en vue de favoriser la réconciliation et la démocratie et encourager l’organisation d’élections crédibles et transparentes, conformément au cycle électoral et à la Constitution (…)».

  1. Lieu de la tenue du dialogue : Kinshasa, capitale de la RDC
  2. Taille et composition : 40 participants répartis équitablement entre les deux tendances politiques en présence et leurs alliés respectifs, soit 20 membres par délégation.
  1. Ordre du jour :

Premier volet : Règlement du contentieux électoral de novembre 2011 et son corollaire qui est la crise de légitimité. Pour cela, il faudra alors :

– Identifier les responsables de la fraude électorale des élections organisées en 2011;

– Que les responsables à l’origine de la fraude soient écartés de la gestion du pays à tous les niveaux et du déroulement du processus électoral en cours.

Deuxième volet : définir un processus électoral consensuel

  1. Calendrier électoral :

– Définir un nouveau cycle électoral de manière consensuelle, sachant qu’on a eu deux cycles électoraux incomplets et entachés d’irrégularités ;

– Organiser premièrement la présidentielle qui pourra être couplée aux législatives dans le délai constitutionnel, conformément à l’article 73 de la Constitution, au plus tard le 19 septembre 2016.

– Les autres scrutins devront être organisés après les élections présidentielle et législatives.

  1. Restructuration de la CENI

Se référant aux expériences passées, notamment les élections de 2006 et 2011, où les membres de la Ceni ont été instrumentalisés, l’Udps exige la mise en place d’une Commission électorale dont les membres seraient choisis de manière paritaire, à savoir : 12 membres à raison de 6 par camp politique.

En plus, la Ceni devrait avoir une présidence collégiale (2 présidents représentant chaque camp).

  1. Contentieux électoral :

Prenant acte de la promulgation de la loi organique portant organisation et fonctionnement de la Cour constitutionnelle, le parti d’Etienne Tshisekedi fustige cependant une désignation aux couleurs politiques ou sur la base d’appartenance ou affiliation politique de ses membres. Car, fait-il savoir, cela aura des conséquences inéluctables quant à leur indépendance et autonomie.

  1. Fichier électoral :

L’Udps réclame sa fiabilisation. Elle exige un audit externe du fichier afin de garantir la transparence et la crédibilité du processus électoral. Pour cela, un consensus devra être trouvé quant aux modalités de cet audit (choix du prestataire, date…).

En outre, le fichier électoral devra être inclusif et nettoyé en tenant compte de nouveaux majeurs, des Congolais de l’étranger, des non-inscrits, et des doublons.

  1. Traçabilité des résultats:

Outre la présence obligatoire des témoins dans les bureaux de vote, et la mention de leurs observations sur les PV, avec copie à chacun d’eux., M. Tshisekedi propose une solution consensuelle en vue d’éviter la fraude de même que le renforcement du mandat de la Monusco et la création d’un observatoire chargé de la certification des résultats.

On aura remarqué que sur deux points au moins, ceux relatifs à la CENI et à la Cour Constitutionnelle, le projet du vieux ‘lidermaximo’ de l’UDPS implique inévitablement la révision de la Constitution. Comme si lui pouvait se permettre ce qu’il passe le plus clair de son temps à dénier à son adversaire vainqueur de l’élection présidentielle de 2011. Comprenne qui pourra…

Message du Président Joseph Kabila

Le Chef de l’Etat, dans son message du 26 novembre 2015, rappelle les points évoqués dans son discours du 29 juin 2015, s’agissant du processus électoral, notamment le fichier électoral, le calendrier électoral, la sécurisation du processus électoral et le financement du scrutin.

Au sujet du fichier électoral, il dit : « Autant rien ne garantit à ce jour que tous les Congolais en âge de voter sont inscrits sur les listes électorales, comme en témoigne notamment la problématique de nouveaux majeurs, des Congolais de l’étranger, des déplacés ou réfugiés retournés dans leurs milieux de résidence, autant rien n’atteste que tous ceux qui sont inscrits le sont légitimement ou même détiennent la nationalité congolaise. La levée consensuelle de certaines options à ce sujet s’impose : aller aux élections en se basant sur un fichier imparfait, avec pour conséquence, des contestations prévisibles qui en résulteront, ou régler ces imperfections en amont de tout processus et réduire au maximum, en conséquence, les risques redoutés ».

En ce qui concerne lecalendrier électoral, il rappelle qu’:« il en existe un, certes, voulu global, incluant l’organisation des élections à tous les niveaux. Seulement, il est rendu non opérationnel à ce jour suite aux multiples voix discordantes au sein de la classe politique. Les divergences, à ce propos, n’ont jamais été réglées également, au point que les premiers scrutins prévus en octobre dernier n’ont pu avoir lieu ».

Avec une certaine suite dans les idées, le Président Kabila a également abordé la problématique de la sécurisation du processus électoral :« Il est de notoriété publique, déclare-t-il, que les élections de 2006 tout comme celles de 2011 ont été émaillées de beaucoup de violence dans quelques circonscriptions électorales ». Il rappelle l’incendie de la Cour suprême de justice, la guerre qui avait opposé à les forces régulières à la milice de son challenger Jean-Pierre Bemba Gombo à Kinshasa en 2007, , peu avant que ce dernier ne soit appréhendé par la justice internationale pour des crimes de guerre commis par sa milice en République Centrafricaine ainsi que la reproduction ou presque en 2011 des mêmes incidents, avant de relever qu’« au-delà donc de la sécurisation physique et matérielle des candidats et des électeurs, le problème qui se pose à ce niveau, est celui du rôle que devrait jouer la classe politique et chacun de nous dans la promotion d’un environnement favorable à un processus électoral apaisé ». Et de poser quelques questions de bon sens élémentaire : « Dans quel état d’esprit doit-on, aller aux élections ? Doit-on bruler le pays parce qu’on a perdu une élection ou l’exposer à des revendications violentes, du reste condamnables, de la part de ceux de nos compatriotes qui se retrouveraient privés injustement de l’exercice de leurs droits civiques et politiques ? ».

Il a en outre abordé la quadrature que constitue lefinancement des opérations électorales en observant que : «  la CENI a communiqué à toutes les parties prenantes au processus électoral un budget équivalent en Francs Congolais à un milliard deux cents millions de dollars américains pour financer l’ensemble du processus électoral. Pour l’année 2016, le Gouvernement a prévu dans le projet de loi des Finances, une enveloppe équivalant à cinq cents millions de dollars, soit moins de la moitié du budget précité et avec pour contrainte de débloquer plusieurs dizaines de millions de dollars par mois. Ce que la capacité de mobilisation actuelle des recettes ne permet pas. Comment résoudre un tel dilemme ? Ne peut-on pas engager, dès à présent, une réflexion sur un système électoral avec des modalités de vote peu couteuses, comme c’est le cas dans d’autres pays ? ».

Il suffit de comparer objectivement les éléments de la feuille de route du 12 février 2015 d’Etienne Tshisekedi pour le compte de son UDPS avec ceux du message adressé à la Nation par le Président Joseph Kabila en date du 26 décembre 2015 pour se rendre à une évidence qui crève les yeux : contrairement aux jérémiades de Félix Tshisekedi Tshilombo, c’est bien son père qui s’est arrogéde manière tout à fait arbitraire et irrationnelle des prérogatives qui, dans une logique républicaine propre à l’Etat de droit que la République Démocratique entend devenir, relèvent de la souveraineté du peuple même si, enfoncés jusqu’au cou dans une culture politique extravertie qui tire ses racines du passé du père, membre sans complexe du tristement célèbre collège des Commissaires Généraux qui permit aux néocolonialistes belges de faire neutraliser le leader indépendantiste Patrice Emery Lumumba en 1960, ils tiennent mordicus à en faire un domaine réservé de la « communauté internationale » à travers une médiation que l’un et l’autre semblent allègrement confondre avec le schéma avilissant de substitution de souveraineté dans lequel les Congolais ont vécu depuis la disparition de Lumumba et d’où Kabila tente de les émanciper.

Ntumba Mvemba

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