Le député Jacques Mokako propose le retour à l’appellation « Zaïre »

Proposer de revenir au nom Zaïre, cela peut paraître comme une blague ou une provocation. Et pourtant, c’est du sérieux. Cet élu du peuple voudrait apporter une dimension importante au débat actuel au sujet de la destinée de notre pays. Son analyse se veut sans fond de préjugés ou de complexe de tout genre. Pour cet élu du peuple, membre du PPRD, on ne peut pas parler de l’existence d’un pays, de sa place dans le monde, sans nécessairement faire allusion à son appellation, c’est-à-dire à son identité.

Le nom, c’est ce mot plein de signification pour désigner un être ou une chose. C’est par le nom que les êtres et les choses sont distingués, identifiés les uns par rapport aux autres. Pas d’identité sans nom. Il s’agit de nom distinctif. Il en est ainsi des noms des pays comme de ceux des arbres, des hommes, des animaux, des choses.

Le nom de notre pays la « République démocratique du Congo »  n’est pas distinctif. Ce n’est d’ailleurs pas un nom. « République » signifie un régime politique dans lequel la loi s’applique à tous sans exception et où la fonction de chef de l’Etat n’est pas héréditaire. Presque tous les pays Africains sont des Républiques. « Démocratique » est un adjectif, et non un nom, qui s’applique à tous les pays qui ont choisi la démocratie comme leur mode de gestion politique. La démocratie est un nom féminin signifiant un régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté lui – même, sans l’intermédiaire d’un organe représentatif, c’est la démocratie directe, ou par représentants interposés, c’est la démocratie représentative.

Confusion entre les deux « Congo »

Ainsi, nous avons en Afrique deux « République démocratique du Congo ». L’une ayant Kinshasa comme capitale, et l’autre ayant Brazzaville comme capitale. Aucune d’elles n’est plus république démocratique que l’autre.

Il est aujourd’hui mondialement reconnu que « Congo » est le nom de la république démocratique ayant Brazzaville comme capitale. Dans des conférences internationales, le chevalier  « Congo » indique l’emplacement réservé aux délégués de la république démocratique du Congo ayant Brazzaville comme capitale. Tandis que nos délégués devront chercher où il est marqué une abréviation « RDC ». Mais cette abréviation pourrait aussi désigner tout autre pays, république démocratique, dont le nom commence par l’initial « C » comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Centrafrique, la Colombie, le Cambodge, le Canada, et tant d’autres pays. Toutes ces républiques démocratiques citées peuvent également se prévaloir de cette abréviation, qui parfois signifie aussi Rez-de-chaussée.

Il n’y a pas de nom gratuit. Ils sont puisés dans le patrimoine culturel d’un peuple. Ce qui est valable pour les hommes, l’est aussi pour les pays.

Outre l’identité particulière qu’un nom confère à un pays, il permet de le situer à tel point que par la simple consonance, on sait s’il s’agit d’un pays arabe, d’un pays européen ou d’un pays africain.

Congolais ou RD Congolais ?

Il est posé  et se pose encore en RDC un problème d’identité. Une difficulté de distinguer les deux pays appelés CONGO. De quel Congo s’agit-il lorsqu’on parle de l’Office congolais de contrôle, de Congo Airways, des Forces crmées Congolaises, de « Consommons Congolais », de l’Université Protestante au Congo, de l’Eglise du Christ au Congo, de Congolais… Et quelle est notre nationalité, Congolaise ou RD Congolaise comme certains se hasardent d’écrire ? Et qui sommes-nous, des Congolais ou des RD Congolais ?

Il est vrai que la RDC n’est pas le seul pays au monde qui partage le nom avec un autre pays voisin. On a la Guinée équatoriale, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau. On a le Soudan et le Soudan du Sud. On a la Corée du nord et la Corée du Sud…

Le problème, c’est que, ce n’est pas parce que d’autres pays partagent le même nom que les Congolais devraient s’y complaire. Car on ne sait pas les problèmes identitaires que ces autres pays rencontrent.

Même si on arrivait à démontrer que ces pays ne souffraient pas de la confusion dans leur identité. Ils répondent de leur histoire partagée. C’est le cas du Soudan qui s’est divisé en deux et de la Corée suivant les circonstances de l’histoire.

Chez nous, il s’est posé un problème. On peut ne pas partager l’idée à la base du changement du nom Congo en Zaïre par le bureau politique de l’époque, mais on ne peut pas ignorer l’évidence selon laquelle, en un moment de l’histoire, ceux qui avaient la direction du pays avaient senti le besoin d’identité par rapport à un pays voisin certes, mais aussi par rapport à la destinée que ce pays se construisait.

Il n’est pas question non plus pour le Dr Mokako de faire un jugement de valeur des raisons qui avaient poussé les dirigeants de l’époque à changer le nom du pays. La vérité, c’est que, pendant près de trois décennies, ce grand pays au cœur de l’Afrique s’est forgé une identité liée à un nom. Cette identité nous colle à la peau à tel point que beaucoup ne savent plus lier les deux identités pour bien situer notre pays.

La confusion est  telle que sur certains sites et domaines internet qui donnent la liste des pays pour permettre au souscripteur de s’identifier, on ne trouve que le nom de la République du Congo. Finalement, lorsqu’on donne le code postal, on constate qu’il s’agit du code 242. La RDC ne figure pratiquement plus sur certaines listes.

Pour démontrer que ce n’est pas un faux problème que celui de vouloir donner au pays un nom qui lui donne une identité propre, on a suivi des compatriotes qui, déjà, pour faire la différence entre les habitants des deux Congo, ont demandé à ce que les habitants de RDC s’appellent désormais « rdcongolais ». Ce néologisme n’est pas sans difficulté dans son application dans la mesure où on ferait la liaison entre l’abréviation et le nom dont est issue l’abréviation. Cela ne répond à aucune règle grammaticale, estime avec raison le député national Dr Jacques Mokako.

Plaidoyer pour « Zaïre »

Dans beaucoup de pays du monde, pour s’épargner cette confusion, on se contente de désigner les habitants de la RDC « Zaïrois ». Que faire ? D’aucuns estiment que l’on puisse choisir un autre nom, un nouveau nom qui ne serait ni le Congo ni le Zaïre. Ce qui signifierait un troisième changement qui, au lieu d’apporter la lumière que l’on recherche, risquerait d’apporter davantage de confusion.

Il serait, de l’avis du PPRD Mokako, de revenir purement et simplement à l’appellation « Zaïre ». Cette proposition est faite en connaissance de toute la charge émotive que provoquerait ce nom. Pour les uns, le Zaïre renvoie à la dictature. Militer pour ce nom, serait aux yeux de certains, une revendication de l’héritage mobutien. Il est vrai que l’on ne peut pas de sitôt enlever de la tête des compatriotes congolais le souvenir du Zaïre. L’élu de Bumba partage leur sentiment, mais estime qu’il est question de dépassionner le débat.

Pour ce faire, il faut se mettre en tête que ce ne sont pas les Congolais qui se sont donné souverainement le nom Congo. Il a été imposé par le colonisateur. Puisque militer pour le nom Congo ne veut pas dire revendiquer ou être nostalgique du colonialisme, on ne voit pas pourquoi ce ne serait pas la même chose pour ceux qui revendiquent le retour au nom « Zaïre ».

Nzadi, une réalité nationale

Le débat sur la signification du mot Zaïre, une altération du mot ne Kongo Nzadi, n’est pas fini, certes, mais a-t-on commencé et terminé le débat sur le mot « Congo » qui, d’ailleurs écrit avec la consonne « C » ne signifie rien. Il nous renvoie au mot Kongo qui désignait non pas tout le pays dans ses 11 provinces actuelles, mais un royaume qui s’étendait sur l’actuel Congo Brazzaville, sur le Congo Kinshasa et sur l’Angola. On ne comprendrait donc pas que du Katanga, au Kasaï en passant par le Kivu et l’Equateur on puisse s’identifier à ce royaume Kongo. Par contre on peut s’identifier au « Nzadi » en Kikongo, « Nzale » en mongo, pour désigner le fleuve ou la rivière d’autant plus que si le fleuve Congo ressemble à la colonne vertébrale, ses différents affluents ressemblent aux nerfs qui convergent vers cette colonne vertébrale. La réalité « Nzadi » est plus nationale que « Kongo ». C’est pour dire que le jugement fait sur le nom Zaïre ou encore sur le nom Congo est plus émotif que rationnel. Ce qu’il faut, c’est de prendre conscience de la confusion réelle entre les habitants des deux Congo souvent obligés de s’expliquer parce que le fait de se dire Congolais ne suffit pas. Il faut dire on est du Congo Kinshasa ou du Congo Brazzaville.

Lorsqu’on propose de laisser le nom Congo au voisin qui ne manifeste pas le besoin de changer, certains Congolais de Kinshasa ont le sentiment d’être perdants, d’abandonner un patrimoine commun à un voisin. Ne peuvent se mettre dans cette position que ceux qui pensent qu’on serait en compétition pour garder ou perdre le nom Congo. Bien au contraire, il n’y a pas une lutte. Il s’agit d’un abandon volontaire et souverain.

En plus, on a le sentiment de perdre parce qu’on pense qu’il y aurait plus davantage ou de prestige à être Congo. Et pourtant, à voir les choses de plus près, les valeurs qu’on a, le prestige qu’on a, on peut le mettre dans n’importe quel nom qu’on se choisirait. C’est encore une question plus émotive que rationnelle. Tout un pays, toute une génération, la nôtre, nous aurions tort de nous laisser aller à l’émotion.

Maintenant que va s’ouvrir le dialogue national sur la problématique des prochaines élections dans notre pays, il s’offre à nous l’opportunité de penser aussi à l’identité de ce pays, c’est-à-dire à son nom. C’est peut-être le moment ou jamais de résoudre une fois pour toutes cette question identitaire afin que l’on ne soit pas obligé d’y revenir demain.