L’’UDPS face à des contradictions internes

Au cours d’un point de presse qu’il a animé jeudi 11 décembre à Goma, Rubens Mikindo, président de la fédération de l’UDPS/Nord Kivu a annoncé que l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social opte pour la participation au « Dialogue politique national inclusif » initié par « Joseph Kabila ». Selon une dépêche de l’ACP, Mikindo a tenu ces propos au retour d’un voyage à Bruxelles où il aurait participé à des pourparlers entre ce parti et une délégation du gouvernement de Kinshasa.

« Seul le dialogue reste la voie définitive pour faire sortir notre pays de l’impasse politique actuelle », a souligné le président de la fédération de l’UDPS/Nord Kivu lors de sa rencontre avec la presse à Goma.

Pour lui, « le dialogue n’est pas synonyme de glissement du nouveau calendrier électoral ». « Il reste plutôt le seul espoir pour la population congolaise », a-t-il ajouté.

Interrogé sur l’arrivée du « G7 » dans l’opposition, Rubens Mikindo a fait remarquer que « l’UDPS est et reste le seul parti politique de l’opposition qui a un cahier de charges ». Et d’asséner que les ex-frondeurs de la « Majorité présidentielle » réunis dans le « G7 » « ne constituent qu’une bande de dinosaures qui ont saigné le pays ».

Des analystes contactés dimanche soir estimaient que cette énième prise de position de l’UDPS sur le fameux dialogue a le mérite de révéler la « guerre des tranchées » qui aurait lieu entre les « différents clans » qui gravitent autour du leader de l’UDPS. « Etienne Tshisekedi wa Mulumba paraît tiraillé entre les opposants et les partisans au dialogue au sein de son entourage », confie un politologue qui a requis l’anonymat. Plus audacieux, un confrère kinois de lancer : »La cacophonie communicationnelle qui règne dans cette formation politique incline à penser que n’eut été la pression de l’opinion, au niveau de la diaspora et au pays, l’UDPS aurait déjà convolé avec Joseph Kabila dans une nouvelle transition. Ce parti s’embourbe dans des contradictions internes… ».

C’est le lieu de dire et redire que la communication de l’UDPS est loin de briller tant par sa clarté que par sa cohérence. Voici quelques faits.

Le vendredi 28 novembre, « Joseph Kabila » fait message à la nation annonçant l’imminence de la convocation du « Dialogue ». Lundi 30 novembre, il publie l’ordonnance n°15/084 du 28 novembre 2015 portant convocation du dialogue. C’est ici que le secrétaire national adjoint de l’UDPS chargé des Finances et administration, Joseph Kapika, fera sa sortie médiatique à Kananga. L’homme annonce que l’UDPS « participera à 100% » au « dialogue national ». Et d’ajouter que l’UDPS ira à ces assises avec son « cahier des charges ».

Prenant le contre-pied de ce cadre de l’UDPS, Félix Tshisekedi Tshilombo intervient mardi 1er décembre sur radio Okapi : « Nous ne participerons pas à un dialogue made in Kabila ».

Pour le secrétaire national de l’UDPS chargé des Relations extérieures, il n’est pas question de participer à un forum régenté par l’une des parties. C’est au secrétaire général des Nations Unies qu’il revient de désigner un « facilitateur ». « Felix » de préciser que « le dialogue qu’envisage son parti aura pour priorités la tenue de l’élection présidentielle et les législatives dans les délais constitutionnels ». Un avis qui est « nuancé » par le pouvoir kabiliste. Ici, les questions à débattre tournent autour de quatre problèmes liés au processus électorale : le financement des consultations politiques, le calendrier électoral, l’enrôlement des nouveaux majeurs et la sécurisation des opérations de vote.

Le même mardi 1er décembre, l’UDPS publie un communiqué daté de Bruxelles. Revêtu de la signature d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba, le texte est formulé comme suit à son premier paragraphe : « L’Union pour la Démocratie et le Progrès Social, (…), et son président national, (…), rappellent notamment que le président Etienne Tshisekedi wa Mulumba « a saisi le secrétaire général des Nations unies pour solliciter la désignation, dans les meilleurs délais, d’un Facilitateur ».

Au point 9 dudit communiqué, on peut lire : « (…)l’UDPS ne se sent pas concernée par le dialogue tel qu’annoncée par M. Kabila toutefois le parti reste disposé à examiner toute initiative émanant de la communauté internationale visant les objectifs recherchés qui sont : l’élaboration d’un calendrier électoral réaliste et consensuel, qui tient compte des délais constitutionnels; la mise à jour du fichier électoral pour l’organisation d’un processus électoral crédible et dans un climat apaisé; l’alternance en 2016 par le transfert pacifique du pouvoir, dans le respect de l’expression de notre peuple ».

Le jeudi 10 décembre, l’hebdomadaire « Jeune Afrique » annonce dans son édition en ligne que Félix Tshisekedi Tshilombo et l’ancien gouverneur Moïse Katumbi Chapwe ont conclu un accord à Paris. Objectif : « obtenir une élection présidentielle sans participation du président sortant, Joseph Kabila, et dans les délais constitutionnels ». L’hebdomadaire de préciser que les deux parties ont rejeté toute idée de participation au « dialogue ». Vrai accord ou simple coup médiatique?

Des observateurs sont d’avis qu’en l’absence de l’UDPS, le dialogue convoqué par « Joseph Kabila » est « sans objet ». Au motif que l’aura de cette formation politique pourrait « minimiser » le boycott de ce forum par le « G7 » et la « Dynamique de l’opposition ». Les mêmes observateurs suspectent certains membres de l’entourage de Tshisekedi wa Mulumba de batailler pour une « participation sans conditions » au dialogue. Qui? Personne n’ose avancer un nom.

Le pouvoir kabiliste a dépêché plusieurs émissaires dans la capitale belge où réside Etienne Tshisekedi en convalescence. C’est le cas notamment du gouverneur de la ville de Kinshasa André Kimbuta Yango et de Barnabé Kikaya Bin Karubi, conseiller diplomatique à la Présidence de la République. Sans omettre She Léonard Okitundu et Kalev Mutond;

Au cours d’un point de presse qu’il a tenu le samedi 5 décembre à Bruxelles, le député national Jean-Pierre Lisanga Bonganga, un des alliés de l’UDPS, a semblé jouer à fond la carte des « durs » de la « garde rapprochée » du leader de l’UDPS : « Nous ne voulons pas de Concertations nationales bis ». Quelle est l’élément nouveau qui est intervenu depuis la publication par le président de l’UDPS du communiqué daté du 1er décembre 2015?

B.A.W (avec ACP

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