Le parti d’opposition historique en République démocratique du Congo a annoncé vendredi que son vieux chef, Étienne Tshisekedi, était prêt à rentrer au pays pour participer au “dialogue national” en vue d'”élections apaisées” voulu par le président Joseph Kabila.

A un peu plus de 13 mois de la fin du mandat de M. Kabila, à qui la Constitution interdit de se représenter, l’Église catholique, qui a joué un rôle majeur dans l’ouverture démocratique du début de la décennie 1990, a appelé vendredi tous ceux qui prendraient part à cette table ronde au “respect absolu” de la Constitution.

Octogénaire, M. Tshisekedi est en convalescence à Bruxelles depuis août 2014. Il “conditionne son retour au pays à la fixation de la date du dialogue”, et est prêt à y participer s’il se tient “sous l’égide de la communauté internationale”, a déclaré Bruno Tshibala, porte-parole de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), de retour à Kinshasa après un séjour à Bruxelles.

L’UDPS avait fait de cette médiation internationale une condition à sa présence au “dialogue national” dès le début des consultations entamées en juin par le chef de l’État en vue de rassembler le plus largement possible pour une table ronde sur l’organisation et du financement des élections à venir.

En septembre, cependant, un communiqué de M. Tshisekedi avait annoncé l'”échec” des discussions avec le pouvoir sur les modalités de la participation de l’UDPS.

M. Kabila a fait part lundi aux diplomates accrédités à Kinshasa et aux élus du Parlement de sa volonté de convoquer le “dialogue national”. Selon plusieurs élus le président a assuré qu’il restait “ouvert à une médiation étrangère”.

Opposant au régime du maréchal Mobutu (1965-1997), M. Tshisekedi a été le rival malheureux de M. Kabila à la présidentielle de 2011, dont il n’a jamais reconnu les résultats, allant jusqu’à se proclamer “président élu” de la RDC, et à dénier toute légitimité à M. Kabila.

La participation de M. Tshisekedi et de l’UDPS – premier parti de l’opposition à l’issue des élections de 2011 – au “dialogue” voulu par M. Kabila serait un atout politique majeur pour ce dernier, alors que le reste de l’opposition rejette majoritairement l’idée de ces discussions, qu’elle voit comme une manœuvre dilatoire du président pour se maintenir en poste au-delà de décembre 2016.

– ‘Recensement général’ –

Le scénario est cependant loin d’être écrit. L’état de santé de M. Tshisekedi reste sujet à caution. Il faut aussi que l’UDPS et le pouvoir s’entendent sur l’identité du médiateur étranger, et il apparaît fortement improbable que l’intégralité du parti – miné depuis des mois par des dissensions internes – suive.

Interrogé par l’AFP, Valentin Mubake, qui se présente comme le conseiller politique de M. Tshisekedi a assuré que celui-ci “ne sera jamais présent à ce dialogue”. “Le dialogue tel que conçu par M. Kabila c’est (…) pour se maintenir au pouvoir”, a-t-il ajouté.

M. Kabila dirige la RDC depuis 2001. Le pays traverse une crise politique profonde depuis les élections de 2011. En janvier, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées lors d’émeutes contre le pouvoir à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes du pays.

Depuis septembre, l’incertitude règne sur la tenue de la présidentielle après l’invalidation du calendrier électoral par la Cour constitutionnelle.

Un des enjeux majeurs pour parvenir aux élections libres et transparentes, dans le respect des délais constitutionnels pour lesquelles le Conseil de sécurité de l’ONU a de nouveau plaidé cette semaine, est la question de la révision du fichier électoral hérité des élections de 2011 et de l'”enrôlement” sur les listes électorales de tous les Congolais devenus majeurs depuis lors.

Jeudi, André-Alain Atundu, porte-parole de la Majorité présidentielle, a déclaré qu’un “recensement général de la population” risquait de s’imposer pour l’obtention d’un fichier électoral fiable. Selon plusieurs experts, un tel décompte des habitants pourrait prendre jusqu’à trois ans dans un pays parmi les plus grands et les moins développés au monde.

Dans son message de vendredi, la conférence des évêques catholiques du Congo (Cenco) a rappelé “son point de vue” sur la nécessité que soient respectés “les délais constitutionnels concernant l’organisation des scrutins”.