La nouvelle vient de tomber, les « frondeurs » ont été exclus de la Majorité présidentielle (MP). Au cours d’une réunion tenue dans la concession Procoki (ex Bureau de feu Katumba Mwanke) ce mercredi 16 septembre 2015, la MP vient de décider de se séparer des 7 signataires de la lettre qui a mis le feu aux poudres dans le camp présidentiel. Ainsi, José Endundo (PDC), Olivier Kamitatu (ARC), Gabriel Kyungu (UNAFEC), Mwando Simba (UNADEF), Dany Banza (ACO), Yves Mobando (MSR) et Christophe Lutundula (MSDD) ne font plus partie dorénavant de la famille présidentielle.

Présidée par Aubin Minaku, Secrétaire général de la MP et président de l’Assemblée nationale, le Bureau politique constate que « les 7 sept signataires du memo anti-Kabila se sont auto-exclus de la famille présidentielle ». « Les signataires ont quitté la Majorité présidentielle pour rejoindre l’opposition » selon le Bureau Politique de la MP. La formule de l’auto-exclusion, juridiquement contestable, chère à l’UDPS vient d’être adoptée aussi par la MP après le MLC. La décision que vient de prendre la MP est lourde de conséquences, car théoriquement la MP ne dispose plus de majorité à l’Assemblée nationale pour gouverner (251).

Logiquement le gouvernement Matata II doit se déclarer démissionnaire. Et un informateur doit être nommé pour identifier une nouvelle majorité parlementaire. Le dialogue politique va débuter plus tôt que prévu car Joseph Kabila a vu sa majorité volé en éclats.

Il en porte une grande part de responsabilité pour avoir entretenu le flou sur ses réelles intentions quant à la présidentielle de 2016. Que lui aurait-il coûté de dire de manière solennelle qu’il ne briguera pas un 3ème mandat conformément à la Constitution. Sur cette question, il est resté muet comme une carpe. Cela n’a pas permis à ses alliés d’exprimer leurs ambitions politiques légitimes et de se départager notamment autour des primaires internes.

Aujourd’hui, Kabila paie le prix le plus fort pour son mutisme. Logiquement donc, on devra voir les démissions d’Olivier Kamitatu (ARC) du ministère du Plan. C’est le seul signataire membre du gouvernement. Les autres partis ex alliés de la MP concernés par l’exclusion sont aussi représentés au sein du gouvernement, à part le MSDD et l’UNAFEC.

Le MSR occupe le ministère des Affaires foncières. Le PDC a le ministère de l’environnement. Mais, il y a lieu de nuancer, en attendant le communiqué final de la MP, car ce sont les individus qui ont été exclus et non leurs structures (partis politiques). Dès lors, les stratèges de la MP vont sûrement travailler à susciter des dissidences dans les partis frondeurs pour en prendre le contrôle comme ils l’avaient fait avec le parti de Kyungu. Mais sans succès car Bijou Kat qui siège au gouvernement pour le compte de l’Unafec n’est qu’une illustre inconnue sur la scène politique. Elle ne fait pas le poids avec un baobab comme Kyungu. Donc cette stratégie de la division n’est pas efficace car les partis en RDC sont fortement dépendants de leurs initiateurs. Il faudra aussi s’attendre à la recomposition du Bureau de l’Assemblée nationale où le lion du Katanga, Mwando Simba, est 1er vice-président.

Pas sûr qu’en cas de nouvelles élections la MP puisse l’emporter. Plus on s’approche de la présidentielle de 2016, plus l’autorité de Kabila et sa stratégie sont mis en doute par ses alliés. D’autres alliés de Kabila le pensent aussi mais ne l’assument pas. En tous les cas, une nouvelle page politique est en train de s’écrire en RDC où plus que jamais la posture des hommes providentiels a été rejetée. Même Tshisekedi a failli se faire huer au meeting de l’Opposition hier quand Joseph Olengakoy citant son nom voulait développer sur son combat pour la démocratie avant de se reprendre vite face au mécontentement de la foule. Le patriarche Antoine Gizenga a lui aussi été désavoué par la base à Kikwit après la suspension de l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito, incriminé pour ses pertinentes tribunes. Ironie de l’Histoire, au lieu de l’inanition de la RDC, c’est l’inanition de la MP à laquelle nous assistons.

Qu’il eût cru ?