Grincements de dents au gouvernement Matata

Adieu la dolce vitae au frais de l’Etat. Voyages de complaisance et frais de mission plantureux notamment, jeu favori de leurs « excellences » ministres, pour gaspiller l’argent public et s’enrichir en même temps, sont désormais très encadrés par le premier ministre Augustin Matata qui vient d’opérer un tour de vis financier en soumettant toutes les dépenses des membres de son gouvernement à son autorisation préalable.

Hormis les dépenses relatives au fonctionnement-plafonnées à 15.000 USD $ par cabinet ministériel chaque mois- et celles relatives aux rémunérations, toutes les autres dépenses sont désormais soumises à l’approbation préalable de Matata. Le mécontentement est général au sein du gouvernement où beaucoup des ministres projetaient de tirer leur épingle du jeu, financièrement parlant, en organisant des séminaires par ci et des forums par là. L’explication de cette réduction drastique des dépenses publiques se trouve dans une correspondance datée du 20 avril 2015, que la rédaction de 7SUR7.CD s’est procurée.

Dans cette missive, le chef du gouvernement s’adressant à tous ses ministres dit ceci : « les évolutions récentes de l’économie mondiale ainsi que certains facteurs conjoncturels endogènes ont entrainé une baisse drastique de nos recettes qui requiert du gouvernement la responsabilité d’ajuster ses dépenses et d’observer davantage de circonspection et de rigueur dans l’affectation et l’utilisation des ressources, surtout face aux impératifs de la mise en place et d’installation de nouvelles structures et entités ainsi qu’aux échéances politiques à venir ».

Matata poursuit dans sa lettre en disant que « toutes les dépenses, en dehors de celles relatives aux rémunérations et fonctionnement, devront être soumises à mon appréciation et obtenir préalablement mon aval. Il en est ainsi notamment des dépenses liées aux déplacements, à l’organisation des manifestations, forums, séminaires, etc. ». On comprend aisément pourquoi cette décision fait autant mal aux membres du gouvernement. A y regarder de près «  le malheur » des membres du gouvernement ne provient du premier ministre Matata. Mais plutôt de l’ancien premier ministre Adolphe Muzito, qui après trois tribunes de haute facture sur le processus de découpage, a démontré l’absurdité de ce projet en suggérant qu’il soit reporté à 2021.

Avec un personnel politique de près de 50.000 âmes qu’il va engendrer et la multitude des nouvelles institutions, le découpage territorial est extrêmement budgétivore. Il va accaparer tous les crédits disponibles pour la rémunération de son personnel pléthorique et le fonctionnement de ses nouvelles institutions (organes délibérants et exécutifs).  Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas les pertinentes tribunes d’Adolphe Muzito, 3 au total jusqu’ici, et celle de Christophe Lutundula, ont démontré l’infaisabilité du découpage, en l’état actuel des finances publiques, que le président Kabila a fait pourtant sa priorité des priorités. Mais bien avant, les deux cadres de la famille politique du chef de l’Etat, Vital Kamerhe, patron de l’UNC, était le premier à avoir dénoncé le projet de découpage territorial.

Du coup, dans un régime où le président ne peut avoir tort, il fallait absolument faire mentir Muzito et consorts en dégageant des ressources pour le financer. C’est là que Matata a été prié par « la haute hiérarchie »  de trouver l’argent pour ce processus controversé. C’est alors que Matata a décidé de tailler dans les dépenses de ses ministres qu’il sait souvent fantaisistes. Pas sûr que ce coup de rabot suffise à combler le déficit, chiffré en centaines des millions dollars, qui découlera de la mise en œuvre du découpage. Outre le découpage, Matata doit trouver de l’argent frais pour financer le processus électoral : les locales, les municipales et les provinciales.

L’heure est donc à la diète, on verra si les élections à venir ne vont pas perturber le cadre macroéconomique comme celles de 2011 à cause de l’absence de planification rigoureuse. Les dirigeants rd-congolais n’apprennent pas de leurs erreurs ce qui fait que l’Histoire est un perpétuel recommencement en RD-Congo. C’est peut-être cela que Matata veut éviter. Il finit sa lettre en demandant à ses ministres du budget et des finances, de veiller au strict respect de sa directive. Une directive qui s’apparente à celle d’il y a une année et demi lorsqu’il avait instruit aux membres de son premier gouvernement d’expédier les affaires courantes.

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