Le gouvernement congolais exclut tout lien avec les manifestations de janvier

Le gouvernement congolais a exclu jeudi tout lien entre l’inhumation collective de plusieurs centaines de personnes opérée le mois dernier à Maluku, dans la grande banlieue de Kinshasa, et les manifestations meurtrières de janvier 2015 dans la capitale congolaise.

« Il s’agit de 421 corps de personnes abandonnées, d’indigents et de mort-nés acheminés à la morgue centrale de Kinshasa par différentes formations médicales de la capitale après le délai légal de trente jours et dont l’inhumation a été effectuée au cimetière Fula-Fula de la commune de Maluku par les services compétents de l’Hôtel de ville » de la capitale congolaise, a déclaré le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, au cours d’un point de presse jeudi à Kinshasa, selon l’agence congolaise de presse (ACP, officielle) reçue à Bruxelles.

Cette opération a consisté à décongestionner les hôpitaux de la capitale et principalement la morgue centrale de Kinshasa dont la capacité est de 400 corps, a précisé le porte-parole du gouvernement. « Il est (…) naturel qu’une telle information soulève des interrogations. Néanmoins, nous estimons que certaines déclarations entendues ici et là au sujet de ces inhumations collectives sont au-delà du raisonnable », a poursuivi M. Mende, qui est également ministre de la Communication et des Médias. « En effet », a-t-il précisé, « malgré les informations et les explications fournies par les autorités municipales, on va de surenchère en surenchère, il y a comme une délectation » et une envie de succomber au « Congo-bashing »: une campagne de dénigrement contre le pays.

Un décompte précis
Après la découverte de la fosse commune à Maluku, à environ 80 km à l’est de la capitale congolaise, les autorités de la ville-province de Kinshasa ont affirmé lundi que 421 corps – dont 300 mort-nés ou foetus, 23 corps abandonnés, 34 indigents et 64 personnes non identifiées – y avaient été enterrés afin de désengorger la morgue générale de la capitale. Les autorités démentaient ainsi les rumeurs disant que la fosse pourrait abriter des victimes des troubles de janvier, lors desquels plusieurs dizaines de personnes ont été tuées – essentiellement à Kinshasa – lors de manifestations contre un projet de révision de la loi électorale qui aurait permis au président congolais Joseph Kabila de prolonger son mandat, qui expire en décembre 2016.

M. Mende a donné jeudi les détails des différentes formations médicales de provenance de ces corps abandonnés ainsi que le nombre de corps, les dates et les lettres de transmission des responsables de ces hôpitaux adressées à l’autorité de la ville. Le porte-parole du gouvernement congolais a fustigé la récupération « politicienne » faite de cette inhumation tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays et appelé la communauté nationale (congolaise) toute entière – cadres politiques, société civile et parents – à se joindre au gouvernement pour amener la société congolaise à cultiver la « solidarité familiale » dont l’absence semble être à la base de l’abandon de plusieurs corps dans des hôpitaux.

Colère à l’étranger
M. Mende a par ailleurs regretté que l’ambassade de la RDC à Paris ait été la cible d’une « agression » mercredi « parce qu’on aurait enterré des gens (…) qui sont morts lors des manifestations ». Interrogé par l’AFP à Paris, l’ambassadeur de la RDC en France, Atoki Ileka, a déclaré qu' »un groupe d’une vingtaine d’individus » conduit par « un Français d’origine congolaise » avait pénétré mercredi dans son bureau. « Ils criaient : Assassin, assassin et une femme m’a aspergé de ketchup », a-t-il ajouté, « je crois que ça a à voir avec cette histoire de fosse commune découverte près de Kinshasa; j’ai porté plainte ».

La Belgique, l’ex-puissance coloniale au Congo, a demandé une enquête « crédible » et « indépendante » sur l’affaire de la fosse par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders. De nombreuses associations congolaises et l’organisation américaine de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch ont exprimé la même requête, tout comme une délégation de députés européens socialistes en visite à Kinshasa sous la houlette du chef du groupe des socialistes et démocrates (S&D) au Parlement européen, Gianni Pittella.

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