Les « bailleurs » de fonds prêts à financer les élections en RDC

Unique condition : le calendrier électoral global.

La communauté internationale semble avoir Capté cinq sur cinq le message de la rue venu de la République Démocratique du Congo, au terme de « Trois glorieuses » (lundi 19, mardi 20 et mercredi 21 janvier2015), journées marquées par de violentes manifestations populaires tant à Kinshasa qu’en provinces contre l’alinéa 3 de l’article 8 de la Loi Electorale. Cette disposition, finalement élaguée par les deux chambres du Parlement (Sénat et Assemblée Nationale), conditionnait la tenue des élections au recensement et à l’identification de la population.

Déjà présent au sein de la délégation des diplomates (Envoyés spéciaux de l’Union Européenne, de l’Union Africaine, des Etats Unis d’Amérique, de Grande-Bretagne dans les Grands Lacs) ayant rencontré plusieurs autorités congolaises au milieu de l’année 2014, après la publication par la CENI d’un calendrier partiel des élections, Martin Kôbler vient de se signaler, il y a 48 heures, par un discours entendu il y a presqu’une année. Sans mâcher les mots, le Représentant Spécial du Secrétaire général des Nations Unies en territoire congolais rappelle à la CENI que la communauté internationale attend impatiemment un calendrier global des élections pour lever des options financières de soutien.

Se voulant précis, il a souligné que ce chronogramme devrait comprendre l’ensemble du processus électoral, à savoir les élections locales, municipales, urbaines, sénatoriales, législatives provinciales, législatives nationales mais surtout présidentielle. L’on pense qu’après le retrait de la disposition conflictuelle et la promulgation de la Loi électorale par le Chef de l’Etat, Martin Kôbler ne voit plus d’obstacle à l’organisation, par la Commission Electorale Nationale Indépendante, de tous les scrutins prévus entre 2015 et 2016.

A en croire le numéro un de la Monusco (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo), c’est l’unique condition posée par les partenaires de la RDC pour participer au financement de son nouveau processus électoral.

Les bailleurs n’attendent plus que d’être fixés sur les dates exactes de tous les scrutins avant de mettre la main à la poche.

L’argent est là

Contrairement à ce que pourraient croire ou faire croire certains, les «amis» de la RDC sont prêts à participer aux frais d’organisation des élections, à la seule condition qu’elles concernent toute la chaîne, des locales à la présidentielle. Si la volonté politique d’amener réellement le peuple congolais aux urnes dans les délais constitutionnels est là, la CENI devrait avoir l’élégance d’aller dans le sens du vœu du souverain primaire exprimé bruyamment dans la rue et ayant contraint le Parlement à libérer » le processus électoral de toutes les zones d’ombre de nature à provoquer un glissement du calendrier électoral et partant des mandats des animateurs actuels des institutions de la République.

On se souvient qu’en janvier 2014, lors de la présentation de sa « feuille de route » à l’Assemblée Nationale, en pleine session extraordinaire, la CENI avait évoqué des contraintes financières et juridiques pour justifier son option pour un calendrier partiel. Le souverain primaire ayant lui- même fait le ménage pour le calendrier électoral, il ne se pose plus de problème de soubassement juridique pour la tenue des élections. S’agissant du risque de « panne financière » qui pourrait survenir suite à la précarité d Budget national, la communauté internationale vient de réitérer, par la voix de Martin Kôbler, sa disponibilité à participer à la dépense.

Oui à la souveraineté nationale … oui à l’aide extérieure

L’on entend de plus en plus des autorités congolaises évoquer la thèse de la souveraineté nationale pour émettre des réserves sur l’aide financière internationale au chapitre des élections. Pourtant, à chaque processus électoral, la participation financière et logistique extérieure a toujours été décisive. En 2006 par exemple, le gros du financement était supporté par l’étranger, dans la foulée du Dialogue intercongolais. En 2011, l’aide, financière et logistique extérieure a également pesé de tout son poids dans le, travail de la CENI.

On n’est pas près d’oublier par exemple le transport des kits électoraux et des bulletins de vote par des aéronefs battant pavillon « Monusco » d l’extérieur vers Kinshasa et de Kinshasa vers les villes, territoires, secteurs et villages de l’arrière- pays.

Au sujet de la même souveraineté nationale, elle est tout le temps mise entre parenthèses dès qu’il s’agit de rétablir avec le concours des Nations Unies et d’autres Etats étrangers, la paix troublée dans une partie de la République. A cet effet, on peut constater que les casques bleus de l’Onu sont en campagne permanente sur le territoire nationale depuis presque 16 ans (1999) sans que des avocats de la souveraineté du peuple congolais ne lèvent le petit doigt. Les mandats de la Monusco sont renouvelés mécaniquement, au grand soulagement des compatriotes soucieux de voir s’éloigner définitivement de l’environnement national le spectre de l’insécurité.

Même si l’effort financier du gouvernement congolais s’est considérablement accru, l’apport financier extérieur aux processus électoraux congolais n’a jamais empêché le pays de continuer de fonctionner comme un Etat souverain et le peuple congolais, de s’assumer comme tel. Il serait curieux qu’en 2015 et 2016, l’on se cache derrière la souveraineté nationale pour décliner l’assistance extérieure, au risque de faire imploser le calendrier électoral et provoquer des prolongations des mandats que l’on sait pourtant de tous les dangers.

Kimp
Le Phare

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