Non, il ne s’agit pas de la prestation des Léopards, l’équipe nationale du Congo-Kinshasa face à la Zambie lors de son premier match de la CAN 2015, mais d’un autre match, moins sportif que politique celui-là, qui déchaîne tout autant les passions de Kinshasa à Lubumbashi, en passant par Kisangani et Goma : l’adoption d’une nouvelle loi électorale dont l’objectif, aux yeux des observateurs avertis de la vie politique congolaise, est de permettre à l’actuel Président Joseph Kabila de prolonger son mandat au-delà du terme fixé par la Constitution (fin 2016), en conditionnant la tenue du prochain scrutin à un recensement de la population qui pourrait prendre au bas mot entre… 24 et 36 mois.

Vendredi 16 janvier 2015, au micro de RFI, Lambert Mende, le porte parole du Gouvernement, l’a avoué implicitement. L’élection présidentielle peut, selon lui, « se tenir en 2016 comme elle peut se tenir en 2017. On a déjà vu ça aussi bien en 2006 qu’en 2011. Nous n’avons pas vu le ciel tomber sur nos têtes ».

La tentative d’adoption aux forceps de cette nouvelle loi électorale constitue en réalité le dernier volet de la stratégie déployée, depuis un mois, par le clan présidentiel visant à permettre à Joseph Kabila de jouer la montre, à l’instar d’un Laurent Gbagbo qui, en son temps, avait pu effectuer un quinquennat plein (2005-2010) au mépris de la Constitution. Une stratégie marquée par plusieurs étapes.

1ère étape : mettre son Gouvernement en ordre de bataille

Le 7 décembre 2014, le Gouvernement d’« union nationale », longtemps attendu, est finalement nommé. Celui-ci consacre la perte d’influence du Premier ministre, le « technocrate » Matata Ponyo, qui perd le portefeuille des Finances, et la montée en puissance des proches du Président Kabila, à l’instar de Henri Yav Mulang, son ex-directeur de cabinet adjoint, qui récupère le ministère des Finances (auparavant dévolu à Ponyo), ou d’Evariste Boshab, le Secrétaire général du PPRD, nommé au poste très stratégique de ministre de l’Intérieur et de la Sécurité avec rang de Vice-premier ministre. Ce dernier qui occupait déjà le poste en 2011 – date de la dernière élection présidentielle dont le processus et les résultats furent très contestés – et qui est l’un des plus fervents partisans d’une révision constitutionnelle, aura ainsi la charge d’organiser les prochains scrutins électoraux.

2ème étape : (tenter d’) écarter ses plus sérieux concurrents

Quelques jours plus tard, le 23 décembre 2014, le très populaire Gouverneur du Katanga, est de retour à Lubumbashi, après une absence prolongée en Europe pour raison de santé. Devant la foule nombreuse venue l’acclamer – son cortège mettra près de 4 heures pour parcourir les 16 km menant de l’aéroport à la Place Moïse Tshombe –, celui qui est aussi président du Tout Puissant Mazembe sème la panique dans les rangs de la majorité avec une métaphore footballistique : celle d’un match de football avec deux penalties injustes avant que le troisième ne mène le public à descendre sur le terrain.

La riposte du clan présidentiel est immédiate. Celui-ci décide de porter le fer dans la province même du Katanga, dont est également originaire Joseph Kabila. Evariste Boshab, le ministre de l’Intérieur, y part en éclaireur, avant d’être rejoint par le Président et plusieurs personnalités issues des rangs de la majorité. L’objectif est clair : tenter de soustraire la Province à l’influence de l’actuel Gouverneur et de rallier la notabilité katangaise à la cause du Président Kabila. Mais l’exercice s’avère plus difficile que prévu en raison de la popularité de Moïse Katumbi, dont le bilan est largement vanté au-delà des frontières du Katanga. Du coup, aux grands maux, les grands remèdes : la majorité présidentielle décide de déployer la panoplie « anti-Katumbi ». De la loi sur le redécoupage des provinces – aux termes de laquelle le Katanga serait divisé en quatre – examinée au pas de charge par le Parlement aux remerciements de hauts responsables de l’administration jugés trop proches de l’actuel Gouverneur (le chef de la police locale et ses deux adjoints, mais aussi, à l’initiative du tout nouveau ministre des Finances, Henri Yav Mulang, les responsables de la DGDA – douanes –, de la DGDI – impôts –, de la DGRAD – recettes administratives), tout y passe ou presque.

Car les choses pourraient ne pas s’arrêter là. Dans ses vœux pour 2015, le Président Kabila a annoncé la tenue, dans l’année, des élections provinciales (normalement prévues en… 2012) qui contraindront l’ensemble des gouverneurs à quitter leur poste. En outre, certains caressent toujours le vœu d’introduire dans le projet de loi électorale (en lecture au Sénat), un amendement visant à exclure de l’élection présidentielle les citoyens congolais de père ou de mère étrangers. Ce qui est le cas de… Moïse Katumbi. Enfin, l’administration fiscale vient de décider de porter une attention toute particulière aux entreprises détenues par l’actuel Gouverneur du Katanga.

3ème étape : aplanir le terrain législatif

Lundi 12 janvier, l’opposition tente de marcher vers l’Assemblée nationale pour protester contre l’examen du projet de loi électorale par les députés. Les militants de l’UNC de Vital Kamerhe, du MLC de Jean-Pierre Bemba, du MLP de Franck Diongo, de l’ADT de José Makila et de l’Ecide de Martin Fayulu sont venus en nombre. Ils sont rejoints par d’autres personnalités, à l’instar des députés Samy Badibanga, Delly Sessanga et Jean-Claude Vuemba. La manifestation est très violemment dispersée. Dans l’enceinte de l’Assemblée nationale, les débats ne sont pas moins houleux. À peine l’examen du texte a-t-il débuté que les députés de l’opposition, munis de sifflets d’arbitre de football, perturbent l’examen du texte au grand dam de l’occupant du perchoir, Aubin Minaku.

Mais la majorité… Lire la suite sur Afrik.com